CHAPITRE VIII
vation personnelle ; mais c’est bien une machine, en ce sens qu’on y peut tout calculer et prévoir. En lui appliquant l’excitant sensoriel voulu nous sommes presque aussi certains de recevoir une réponse déterminée que l’organiste est certain d obtenir telle note en abaissant telle touche.
Si, maintenant, nous ajoutons les hémisphères cérébraux aux centres inférieurs, si, en d autres termes, nous prenons comme sujet de nos observations un animal intact, tout change. Nous avons encore, comme auparavant, des réponses immédiates à des excitations sensorielles ; mais, de plus, notre grenouille accomplit spontanément des actes longs et complexes, comme sous la pression intérieure de ce que nous appelons une idée. De plus, ses réactions aux excitations extérieures cessent d’être uniformes. Au lieu de faire de simples mouvements défensifs avec ses pattes de derrière, ceux que provoque tout contact chez une grenouille sans tête, au lieu de sauter une ou deux fois pour s’asseoir ensuite, comme ferait une grenouille sans hémisphères, elle fait pour s’échapper des efforts constants et variés comme si elle était mue, non par le simple contact de la main de l’expérimentateur, mais par l’idée du danger que cette main lui suggère. Conduite par la faim, elle part à la recherche d’insectes, de poissons ou de grenouilles plus petites ; et ses procédés varient selon ses victimes. On ne peut plus, en la manipulant, la faire coasser, ramper sur une planche, nager ou s’arrêter à volonté. Sa manière d’agir déroute maintenant nos calculs et nos prédictions. L’effort pour fuir reste sa réaction dominante ; mais elle peut faire toute autre chose, ne fût-ce que s’enfler et devenir complètement inerte et passive entre nos mains.
Tels sont les phénomènes communément observés et les impressions qu’ils suggèrent naturellement.
LES FONCTIONS DU CERVEAU
Certaines conclusions générales s’imposent que l’on ne peut éviter, et tout d’abord les suivantes :
Les mêmes muscles servent également à tous les centres pour l’exécution de leurs actes respectifs. Une grenouille privée de son cerveau, et qui^ essuie l’acide, fait jouer tous les muscles des pattes d’arrière que fait jouer une autre grenouille, avec moelle allongée et cervelet complets, qui se retourne de son dos sur son ventre. Mais les contractions de ces muscles sont combinées différemment dans les deux cas ; d’où les grandes divergences des résultats. Nous devons donc conclure qu’il existe des arrangements spécifiques de cellules et de fibres qui, dans la moelle épinière, rendent possible l’acte de s’essuyer, et dans la moelle allongée l’acte de se retourner, etc. Nous en trouvons de semblables dans les couches optiques pour la perception et le saut des obstacles et pour l’équilibre du corps en mouvement, dans les lobes optiques pour
la marche à reculons, etc.
Pour ce qui est des hémisphères, il est certain que leur présence n'enrichit pas d'un seul type la série des mouvements possibles, mais ne fait que modifier les
circonslances de leur produclion, qixi cesse d ebe U
conséquence fatale et automatique dune «citation extérieure. Nous n’avons donc pas à supposer en eux
ces arrangementsmécaniquesa priori qui “«^onnen
diraclemenf les contractions muscu aires. H une autre explication : quand les
mandent le mouvement d'essuyer, un courant va droit au mécanisme de la moelle épinière -