CHAPITRE VIII
sentations éloignées ; et la différence essentielle entre l’animal qui n’a pas ses hémisphères et celui qui les a peut se résumer ainsi : l'un est déterminé par des objets absents, Vautre par les seuls objets présents.
Les hémisphères semblent donc être le siège principal de la mémoire. Les vestiges de l’expérience passée doivent s’accumuler en eux, et apparaître sous forme de représentations de biens Ou de maux éloignés lorsque des excitants présents les éveillent ; ils agissent alors par les voies motrices appropriées pour nous préserver de ces maux et nous assurer ces biens.
Si nous assimilons les courants nerveux à des courants électriques, nous pouvons comparer le système nerveux situé en dessous des hémisphères, C, à un circuit direct allant de l’organe des sens aux muscles par la ligne S...C...M de la figure 40. L’hémisphère H ajoute un long circuit, une boucle que le courant doit suivre, SI, pour une raison quelconque, la ligne directe n’est pas utilisée.
Supposons qu’un voyageur fatigué par une journée très chaude se laisse tomber sur la terre humide sous un érable. Les sensations de repos délicieux et de fraîcheur qui passent le long de la ligne directe se déchargeraient naturellement dans les muscles d’extension complète, et l’imprudent s’abandonnerait à un repos dangereux. Mais, la boucle étant ouverte, une partie du courant va vers elle et réveille les souvenirs de rhumatisme et de catarrhe, souvenirs qui l’emportent sur les instigations des sens ; et notre homme de se lever et de poursuivre son chemin vers quelque
LES FONCTIONS DU CERVEAU
endroit où il pourra goûter un repos moins dangereux. Nous examinerons dans un instant comment on peut expliquer le rôle de « réservoir » que la ligne de la boucle joue pour ces réminiscences. En attendant, je demanderai au lecteur de noter quelques corollaires consécutifs à cette fonction.
D’abord, aucun animal ne peut sans elle délibérer, réfléchir, remettre à plus tard, peser exactement deux motifs à comparer. Bref, la prudence est une vertu impossible à qui n’a pas d’hémisphères. Aussi voyonsnous que' la nature a refusé aux centres inférieurs, et confié au cerveau, toutes les opérations qui réclament de la prudence, c’est-à-dire toutes celles qui ont à se faire dans des circonstances complexes. Or les animaux supérieurs en sont là : plus se compliquent leurs conditions de vie, plus ils s’élèvent eux-mêmes dans l’échelle animale, et plus diminue le nombre des actes qu’ils peuvent accomplir sans le secours de leurs hémisphères. Beaucoup d’actes relèvent entièrement des centres inférieurs chez la grenouille, beaucoup moins chez l’oiseau, moins encore chez le rongeur, quelques-uns à peine chez le chien, et peutêtre pas un seul chez les abeilles et chez les hommes.
Les avantages de cette organisation sont évidents. Soit la préhension de la nourriture : supposez qu’elle soit un acte réflexe des centres inférieurs, et l’animal sera condamné fatalement et irrésistiblement à happer sa nourriture n’importe où et n’importe comment ; il ne pourra pas plus désobéir à son penchant que 1 eau ne peut refuser de bouillir lorsqu’on met la marmite sur le feu, et il risquera à chaque instant de payer sa gloutonnerie de sa vie. Constamment il sera expose aux représailles de ses ennemis, aux embûches d ennemis nouveaux, aux trappes, aux poisons, aux indigestions. Son impuissance à opposer la pensee d un danger aux attractions sensibles, à refuser a la faim