CHAPITRE VIII
sa satisfaction immédiate, suffira à le classer très bas dans l’échelle des êtres intelligents. Tels ces poissons qui, comme nos ablettes et nos chevesnes, ne sont pas plus vite détachés de l’hameçon et rejetés dans l’eau qu’ils le happent encore automatiquement; ils expieraient bientôt la dégradation de leur intelligence par l’extinction de leur race, si leur extraordinaire fécondité ne compensait leur imprudence. Aussi l’appétit et les actes qu’il détermine sontils devenus chez tous les grands vertébrés des fonctions du cerveau ; ces fonctions disparaissent lorsque le scalpel du physiologiste ne laisse intacts que les centres inférieurs : un pigeon sans cerveau mourra de faim, même si on le laisse sur un tas de blé.
Soit également la fonction sexuelle : chez les oiseaux elle dépend exclusivement des hémisphères. Lorsqu’ils sont enlevés, la femelle du pigeon ne prête plus aucune attention aux roucoulements du mâle. Pareil fait se présente, suivant Goltz, chez les chiens qui ont perdu une partie importante du tissu cérébral. Si vous avez lu la Descendance de Uhomme de Darwin, vous vous rappelez quelle importance il donne à la sélection sexuelle dans l’amélioration des races d oiseaux. Les femelles sont naturellement timides ; il faut, pour vaincre cette timidité, le superbe plumage des mâles et les prouesses de ces fanfarons toujours prêts à faire la roue et à se battre. Chez les grenouilles et les crapauds, au contraire, chez lesquels (comme nous l'avons vu à la page 119) 1 instinct sexuel dépend des centres inférieurs, nous trouvons une obéissance machinale aux instigations des sens, et une absence presque complète de la faculté de sélection. Aussi à chaque printemps périssent des myriades de batraciens et d’œufs de batraciens, victimes de cette impulsion sexuelle aveugle.
LES FONCTIONS DU CERVEAU
Tout le monde sait jusqu’à quel point tout progrès social de l’humanité dépend de la pratique de la chasteté. C’est là sans doute le meilleur critérium pour distinguer la civilisation de la harharie. Au point de vue physiologique, chasteté signifie répression des sollicitations des sens par des considérations de convenances esthétiques et morales ; les circonstances suggèrent et éveillent dans le cerveau ces considérations, qui seules ont le pouvoir de déterminer directement la conduite, en maîtrisant ou régularisant les impulsions de l’instinct.
Dans la vie psychique réservée tout entière au cerveau, on retrouve la même distinction entre les considérations de l’immédiat et celles du lointain. A toutes les époques, l’homme qui subordonne son action aux fins les plus éloignées a paru posséder la plus haute intelligence. Nous avons là un critérium qui nous permet d’apprécier la valeur des hommes, et de les ranger le long d’une échelle continue, où l’on rencontre successivement, en allant de has en } haut, le vagabond qui vit d’heure en heure, le bohémien dont la pensée ne dépasse pas le jour présent, le célibataire qui limite ses ambitions à sa vie, le père de famille qui travaille pour la génération suivante, le patriote qui pense à toute une communauté et à de nombreuses générations, le philosophe enfin et le saint qui embrassent l’humanité et l’éternité. Et chaque degré de cette échelle marque un progrès de l’indépendance des centres supérieurs et de leur domination sur les centres inférieurs.
La théorie mécaniste. — Dans la « boucle », où nous avons placé par hypothèse les souvenirs et les idées des fins éloignées, l’explication physiologique de l’action doit être conçue sur le type de l’action dans les centres inférieurs. Ayant dû parler ici de processus réflexes, il nous faut en parler là. Ici et là le