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CHAPITRE VIII

est infiniment probable que cette tonction, comme toutes les autres, s’est développée en vue d un usage précis. A priori, admettre qu’elle ne serve à rien, [quelle ne soit qu’un « épiphénomène »], c’est admettre une terrible improbabilité. Selon toute apparence elle sert à faire des sélections, et qui dit sélection dit action afficace. Selon qu’ils sont justes ou faux, nos états de conscience obtiennent adhésion ou contradiction. Mais adhérer à un état de conscience c’est renforcer son processus nerveux, et contredire un état de conscience c’est inhiber son processus nerveux ; comment dès lors refuser aux états de conscience toute influence sur l’activité nerveuse, sur son orientation et sa persistance à suivre les voies qui précisément agréent à la conscience? D’autant qu’en général ce que la conscience juge le meilleur est en réalité ce qu’il y a de mieux pour l’organisme. Tout le monde sait que normalement le plaisir accompagne les expériences utiles, et la douleur les expériences nuisibles ; c’est une loi qu’illustrent tous les processus fondamentaux de la vie. Il y a des douleurs associées à l’inanition, à l’asphyxie, à la privation de nourriture, de boisson et de sommeil, au surmenage, aux brûlures, aux blessures, aux inflammations, aux empoisonnements, etc., etc.; de même il y a des plaisirs associés à la satisfaction de la faim, au repos et au sommeil qui succèdent à la fatigue, à l’exercice qui succède au repos, à la possession d’une peau saine et de membres intacts. Spencer et d’autres ont émis l’idée que ces correspondances étaient le fait, non d’une harmonie préétablie, mais uniquement de la sélection naturelle, qui tuerait à la longue toute espèce animale se complaisant à des expériences essentiellement nuisibles ; un animal qui trouverait dans la sensation d’asphyxie un plaisir assez vif pour garder la tête sous l’eau n’aurait

LES FONCTIONS DU CERVEAU

qu’une longévité de cinq à six minutes. Mais si le plaisir conscient ne renforce pas la tendance, si la douleur consciente ne l’enraye pas, pourquoi les actes les plus nuisibles, les brûlures par exemple, ne nous donneraient-ils pas très impunément des crises de joie? Pourquoi les actes les plus indispensables, tels que la respiration, ne nous donneraient-ils pas des sensations d’agonie ? On ne voit pas pourquoi en effet, à moins d’en appeler à ces harmonies rationnelles a priori qui excitent la verve des « savants « champions du mécanisme. Le seul essai de quelque importance qui ait été tenté pour expliquer la réparation de nos sensations se trouve dans le suggestif opuscule de Grant Allen, Physiological Aeslhetics , et précisément toutes les conclusions y ont pour exclusif fondement le principe de l’efficacité des plaisirs et des douleurs, c’est-à-dire le principe si énergiquement nié par les partisans du mécanisme.

Ainsi, la théorie qui réduit nos actions à des causes exclusivement mécaniques vient se briser contre la logique et contre l’évidence des faits. En nons plaçant donc à notre point de vue de psychologie descriptive, nous n’avons aucune raison évidente de mettre en doute l’influence accélératrice ou retardatrice des états de conscience sur leurs processus physiologiques ; nous pouvons l’admettre sans renoncer pour cela à notre postulat (cf. page 8) que ces mêmes états de conscience ont toujours comme conditions d’existence des processus cérébraux, et comme origine éloignée des courants afférents venus du monde extérieur. Partant, je n’hésiterai jamais dans ce livre à employer le langage du sens commun ; je parlerai de la conscience comme d’une activité dirigeant les centres nerveux et les contraignant à réaliser ses fins propres ; jamais je n’en ferai un spectateur impuissant et paralysé du jeu de la vie.

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