CHAPITRE YIII
Les localisations cérébrales. — Les hémisphères, avons-nous dit, doivent être l’organe de la mémoire et garder de façon ou d’autre des traces des courants passés ; et ce sont ces traces qui rendent possible l’éveil dans la conscience, avant l'action, de « considérations » fournies par les expériences antérieures. Un premier examen superficiel des faits suffit à suggérer cette conception ; les vivisections des physiologistes et les observations des médecins lui ont donné, dans ces dernières années, des confirmations expérimentales. C’est ainsi qu’on a pu déterminer, pour les diverses circonvolutions, des fonctions spéciales qui les relient d’une part à tel ou tel organe sensible, et d’autre part à telle ou telle partie du système musculaire. Je ne puis évidemment dans ce livre me laisser aller à une étude détaillée de ces découvertes ; je vais me contenter d’indiquer simplement les conclusions qui paraissent les plus probables au moment ou j’écris ces lignes.
Eléments derniers de l’activité cérébrale et de l’activité conscientielle. — Il faut signaler tout d’abord un parallélisme très net entre les résultats de l’analyse des fonctions cérébrales, telle que la font les physiologistes, et ceux de l’analyse des fonctions mentales, telle que la font les adeptes de la « psychologie analytique ».
La phrénologie divisait le cerveau en un certain nombre d’« organes » , dont chacun offrait comme l’individualité d’un homme réduit à une seule fonction particulière. Ainsi l’organe de la « philogéniture », avec la conscience qui lui correspondait, constituait tout un homme ne faisant qu’aimer les enfants ; l’organe de la « révérence », tout un homme ne faisant que révérer, etc., etc. Le spiritualisme à son tour divisait l’âme en « facultés », dont chacune réalisait également une personnalité mentale complète à fonctions spéci-
LES FONCTIONS DU CERVEAU
fîques et limitées, [la volonté représentant un homme qui veut sans penser, Fintelligence un homme qui pense sans vouloir, etc.]. Mais ni les « organes » ne sont les éléments derniers du cerveau, ni les « facultés » ne sont les éléments derniers de la conscience. Ici et là l’analyse décompose ces prétendus éléments simples et les ramène à des éléments plus simples qu’eux.
Car le cerveau et l’esprit comportent également des « éléments « simples, tant sensitifs que moteurs.
« Tous les centres nerveux, dit le docteur Hughlings Jackson, les plus has comme les plus élevés (ceux qui sont le substrat de la conscience) ne sont faits, en fin de compte, que de combinaisons nerveuses correspondant à des impressions et à des mouvements. En vérité je ne vois pas bien de quels éléments pourrait être constitué le cerveau s’il ne l’était de ceux-là ». Telle est également l’opinion de Meynert, quand il appelle l’écorce des hémisphères la surface de projection des muscles et des organes sensoriels. Chaque muscle, chaque point sensible du corps est représenté par un point dans l’écorce; et le cerveau n’est guère que la somme de ces points corticaux, auxquels correspondent, côté conscience, un nombre égal des sensations et àé idées. — A leur tour les sensations et les idées de sensations et de mouvements sont, suivant la psychologie analytique, les éléments de la conscience. Des associations entre idées expliquent les relations des objets, et des associations entre idées et mouvements les tendances émotionnelles et les instincts. Un seul et même diagramme peut donc symboliser à la fois le monde physiologique et le monde conscientiel : des points ou des cercles représenteront indifféremment les cellules nerveuses ou les idées, et des lignes de jonction entre ces points et ces cercles représenteront les