CHAPITRE, VIII
par un exemple intéressant, combien nombreux sont les courants afférents qui sortent du cerveau par les canalisations de la parole : le courant venu de la main reste ouvert, bien que le courant venu de 1 œi soit fermé. Quand la cécité mentale est à son maximum, ni la vue, ni le toucher, ni le son ne parvien-
Fig. 46. — Schéma des fibres qui relient les centres corticaux. (D’après Starr.)
nent à guider le malade, qui tombe dans une sorte de démence appelée asymbolie ou apraxie. Il ne comprend plus rien aux objets les plus familiers ; il mettra son pantalon sur une épaule et son chapeau sur l’autre ; il mordra dans son savon et déposera ses souliers sur la table ; ou bien encore il prendra à la main sa nourriture et la jettera à terre, ne sachant plus qu’en faire, etc. De tels désordres ne peuvent résulter que d’une extension des lésions cérébrales.
Le centre de l’audition est situé chez l’homme dans la circonvolution supérieure du lobe temporal (circon-
LES FONCTIONS DU CERVEAU
volution de «Wernicke », fig. 44). C’est encore l’étude de l’aphasie qui a permis de déterminer cette localisation, — non plus de l’aphasie motrice, dont nous avons parlé tout à l’heure, mais de Vaphasie sensorielle, qu’il nous faut examiner maintenant. Il y a eu, dans l’histoire de l’aphasie, trois périodes qu’on peut respectivement appeler celle de Broca, celle de Wernicke et celle de Charcot. Nous avons vu ce que fut la découverte de Broca. Wernicke fut le premier à distinguer les cas où le malade ne peut même plus comprendre la parole, des cas où, sans toutefois pouvoir parler, il peut encore comprendre ; le premier aussi il vit dans une lésion du lobe temporal la cause de l’incompréhension des mots entendus, autrement dit de la surdité verbale, cause de Vaphasie auditive. La dernière étude statistique faite sur ce sujet est celle du docteur Allen Starr. Dans les sept cas de surdité verbale pure qu’il a recueillis (cas où le malade peut lire, causer, écrire, mais non comprendre ce qu’on lui dit), la lésion était limitée aux deux tiers postérieurs de la première et de la seconde circonvolution temporales. Chez les droitiers la lésion se trouve toujours dans le cerveau gauche, tout comme dans les cas d’aphasie motrice. Cependant l’audition brute ne serait pas entièrement abolie dans le cas où le centre gauche serait entièrement détruit, car le centre droit le suppléerait en ceci. Mais la compréhension des mots entendus apparaît plus ou moins exclusivement liée à l’intégrité du centre gauche. Cela doit tenir à ce que le son des mots est associé d une part aux choses qu’ils représentent, de l’autre aux mouvements nécessaires à leur prononciation. Chez la plupart des hommes, au dire de Wernicke, le mécanisme de la parole doit être déclanché par des images auditives ; c’est-à-dire que nos images visuelles, tactiles et autres n’excitent probablement pas directement nos