CHAPITRE IX
mine des contractions dans les muscles de la patte d’une grenouille d’abord par voie directe, en excitant un nerf moteur, puis par voie indirecte et réflexe, en excitant un nerf sensitif, on trouve que la voie réflexe est plus lente et exige un courant plus fort, mais produit aussi une contraction plus forte. Ces faits prouvent que les cellules de la moelle épinière, par où passe le réflexe, opposent d’abord une grande résistance au courant qui, une fois vainqueur, se précipite au-dehors avec d’autant plus de violence ; n’est-ce pas là, en petit, le mécanisme de la « décharge » et de r« explosion » ?
Le temps de réaction. — La mesure du temps requis pour les décharges a fourni à la physiologie expérimentale dans ces dernières années un de ses champs d’investigation favoris. Helmholtz l’inaugura par la découverte de la rapidité du courant efférent dans le nerf sciatique de la grenouille. On appliqua bientôt ses méthodes aux réactions sensorielles, et les résultats obtenus excitèrent l’admiration du public auquel on les présenta comme des mesures scientifiques de la « rapidité de la pensée ». De temps immémorial l’expression « prompt comme la pensée » éveillait l’idée de vitesses miraculeuses défiant toute mesure, et voici que la science portait sur le mystère une main sacrilège, comme au temps où Franklin, prototype d’une nouvelle race de dieux inapies, osait dérober au ciel sa foudre, eripuit cælo falmen ! Émotion un peu prématurée : rien de plus trompeur, remarquonsle en passant, que cette expression « rapidité de la pensée » ; quelles pensées voit-on se produire dans les temps mesurés ? Je n’en vois guère pour ma part. Mais j’y vois des réactions consécutives à des excitations ; c’est la durée de ces réactions qui est mesurée. Certaines de leurs conditions sont préparées d’avance ; le sujet prend !’« attitude d’attente » et les tensions
CONDITIONS GÉNÉRALES DE l’aCTIYITÉ NERVEUSE 15/
motrices et sensorielles qu’elle comporte. Mais précisément, nous ne savons pas encore ce qui, du côté des nerfs aussi bien que du côté de la conscience, vient s ajouter à ces tensions pour provoquer la décharge ; nous ne connaissons ni le côté nerveux ni le côté psychique du temps de réaction.
Le dispositif est essentiellement le même pour toutes ces recherches : un appareil enregistreur où s’inscrivent automatiquement et le signal donné au sujet, et la contraction musculaire (la vraie réaction)
exécutée sur ce signal; le temps écoulé entre les deux inscriptions marque la durée totale de la réac-
Signal. Réaction.
Ligne des réactions.
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1 Ligne des temps.
Fig. 49.
tion. Les appareils enregistreurs sont de divers types. L’un d’eux se compose d’un cylindre anime d’un mouvement de rotation et revêtu dune feuille de papier noirci à la fumée, sur lequel deux plumes électriques tracent deux lignes parallèles, l’une une ligne droite, que le signal interrompt et que la « réaction » reprend, c’est la ligne des réactions ; l’autre une ligne ondulée, c’est la ligne des temps. Cette dernière plume est fixée à une tige métallique qui lui communique des vibrations d’une amplitude connue. Chacune des ondulations de la ligne des temps possède ainsi une valeur déterminée en tractions de secondes, ce qui permet de mesurer les interruptions produites dans la ligne parallèle des