‹ Précis de psychologieChapitre 97 sur 348 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nommer une lettre qui passait seule. Naturellement tout homme peut mesurer la rapidité de ses associations à la rapidité de ses lectures, puisque chaque mot vu doit au moins suggérer son nom pour être lu. « J’ai constaté que pour lire à haute voix et aussi vite que possible des mots ou des lettres isolés, il faut environ deux fois plus de temps que pour lire des mots composés en phrases ou des lettres composées en mots. Lorsque les mots forment des phrases, et les lettres des mots, il y a d’abord recouvrement ou « imbrication » des processus grâce auxquels on voit et on nomme ; mais de plus le sujet peut, d un seul effort mental, reconnaître tout un groupe de mots ou de lettres, et d’un acte de volonté choisir les mouve- ments à faire pour les prononcer ; de la sorte la vitesse de lecture n’a plus pour limite réelle que la vitesse maximum des organes de la parole... Si je me prends pour exemple, voici mes vitesses maximum pour la lecture d’un mot ; en anglais, 0,138; en français, 0,167 ; en allemand, 0,250 ; en italien, 0,327; en latin, 0,434, et en grec, 0,484. Des expériences faites sur d’autres sujets confirment de façon frappante ces résultats. On ignore généralement, avant cette vérification, qu’on parle plus lentement les langues étrangères que sa langue maternelle ; et par là s’explique ce fait que les étrangers nous semblent parler si vite...

« Je déterminai de même le temps requis pour voir et nommer des couleurs et des dessins d’objets. 11 était à peu près le même (plus d’une demi-seconde) pour les couleurs que pour les dessins, environ deux fois plus long que pour les mots et les lettres. D autres expériences m’ont montré que nous pouvons reconnaître une couleur ou un dessin un tant soit peu plus vite qu’un mot ou une lettre, mais que nous mettons plus longtemps à les nommer. C’est que, dans le cas

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des mots ou des lettres, l’association entre l’image visuelle et le nom nous est tellement habituelle que le processus en est devenu automatique, tandis que dans le cas des couleurs et des dessins nous devons faire un effort volontaire pour choisir le nom (1).

Le docteur Romanes a trouvé « des différences étonnantes dans la vitesse maximum de lecture chez différents individus, tous grands lecteurs. L’écart peut aller jusqu’au rapport de quatre à un; autrement dit dans un temps donné tel individu lira quatre fois plus de texte que tel autre. Cependant les expériences ne montrent aucune relation entre la lenteur de lecture et la puissance d’assimilation ; c’est plutôt le contraire qui se produit : quand les lecteurs font tous leurs efforts pour assimiler le plus possible dans un temps donné, la comparaison de leurs résumés écrits prouve d’ordinaire que les lecteurs rapides comprennent mieux que les lecteurs lents les paragraphes où ceux-ci se sont appesantis. Je dus classer premier un même sujet pour la rapidité de lecture et pour la puissance d’assimilation. Il convient d’ajouter néanmoins qu’il n’y a pas de rapports directs entre la rapidité de lecture où de perception et l’activité intellectuelle ; différents écrivains et savants très distingués, qui s’étaient prêtés à mes expériences, se montrèrent pour la plupart des lecteurs fort lents. »

Le degré de concenlralion de 1 altention est encore un élément important dans la détermination du temps de réaction ; ce temps s’allonge pour autant qu’on est amusé ou distrait au moment de l’expérience,^ ou qu’on se laisse dérouter par quelque particularité du signal.

La sommation des excitations. — Voici une loi com-

(1) Philosophische Sladien, III, pp. 93 sq., 121 sq. — Cf. Mind, XI, pp. 33/232-3.

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