CHAPITRE IX
mune à tous les centres nerveux : tel excitant, incapable de déterminer à lui seul une décharge dans un centre, la détermine en s'unissant à un ou plusieurs autres excitants également inefficaces s'ils agissent isolément . L’explication la plus naturelle de ces faits consiste à y voir des cas de sommation de tensions dont la masse finit par briser une résistance donnée. La première tension produit une « excitation latente » ou un « accroissement d’irritabilité » (peu importent les mots : ne considérez ici que la réalité des faits) ; la dernière est la goutte qui fait déborder le vase.
La physiologie nous donne sur ce point des preuves expérimentales que nous ne saurions analyser ici en détail ; au reste à quoi bon chercher dans les laboratoires les preuves d’une loi que nous appliquons à chaque instant dans la vie ? Tout le monde a vu un cheval s’entêter à rester immobile dans ses brancards et rester sourd aux excitations ordinaires, dont on épuise successivement et inutilement la série ; le suprême moyen de le faire démarrer, c’est de lui appliquer toute la série d’un coup. On voit alors le cocher donner des rênes et de la voix, un passant tirer la bête par la bride, un autre lui cingler la croupe, Te conducteur sonner sa cloche, des voyageurs descendre et pousser à la roue, etc. ; et généralement le cheval cède à cette sommation d’excitations simultanées et poursuit sa route d’un air satisfait. Quand nous essayons de retrouver un mot ou un fait oubliés, nous faisons appel à tous les « points de repère » possibles qui, réunis, nous rappellent ce qu’aucun ne pourrait nous rappeler à lui seul. Tel carnivore reste insensible à la vue d’une proie immobile et bondit dès qu’il la voit se remuer : sommation de la vue d’une forme et de la vne d’un mouvement, a Dans ses observations sur une poule privée de son cerveau, Brücke a remarqué que si elle ne touchait pas au grain mis sous ses
CONDITIONS GÉNÉRAXES DE l’ ACTIVITÉ NERVEUSE 167
yeux, par contre elle se mettait à le picorer dès qu’elle l’entendait tomber sur le sol, où on le précipitait avec force (1). » « Le docteur Allen Thompson fit éclore quelques poussins sur un tapis et les y laissa quelques jours sans qu’ils témoignassent l’envie de gratter... Mais à peine y sema-t-il un peu de gravier... que les poussins se mirent à gratter (2). » Ni la vue d’un étranger ni l’obscurité n’inspirent de confiance au chien (l’homme lui ressemble assez sous ce rapport) ; cependant, il se tiendra tranquille extérieurement s’il perçoit séparément ces deux épouvantails ; mais quelle affreuse défiance dès qu’il les trouve réunis et rencontre un étranger dans les ténèbres ! Enfin la loi de sommation est bien connue des petits marchands qui vous harponnent dans les rues ; ils savent sè ranger par file sur le trottoir et le passant, excédé de sollicitations, achète bien souvent au dernier ce qu’il a refusé d’acheter au premier.
Irrigation sanguine du cerveau. — Toute excitation électrique d’une région quelconque de l’écorce donne lieu à des altérations de la respiration et de la circulation ; la pression sanguine subit alors une légère élévation par tout le corps, surtout si l’excitation s’est produite dans la zone motrice. On observe également des accélérations ou des ralentissements des battements du cœur. A l’aide de son « pléthysmographe », Mosso découvrit qu’un travail intellectuel diminuait l’irrigation sanguine dans les bras et y augmentait la tension artérielle (cf. fig. 50). Il put ainsi constater, sous forme de contractions musculaires dans les bras, la légère émotion que produisit sur un de ses sujets l’entrée du professeur Ludwig dans son laboratoire. Mosso inventa également un
(1) G. H. Lewes. Physical basis of Mind, p. 479.
(2) Romanes. Mental Evolution in Animais, p. 163.