‹ Précis de sociologieChapitre 25 sur 99 · Descartes, Discours du la Mct/iode, S*" partie · texte numérisé non relu

Descartes, Discours du la Mct/iode, S*" partie

2. (juyau. Esquisses d'une Morale sans obligation ni sanction [Puis, F. Alcdin).

18 ( OMMENT LES SO< lÉTÉS SE FORMENT

La théorie de la Socialitr ou psychisme social de M. de Roberty rentre, ainsi que celle de M. Isoulet, dans le groupe des théories biologiques. M. de Roberty est préoccupé de trouver un fait (( postérieur et extérieur au fait vital, antérieur et extérieur au fait mental ' », qui serait l'objet propre de la Sociologie. — Ce fait n'est autre que la Social itf\ forme de l'énergie universelle, comme les énergies physique, chimique et phj'siologique.

L'individu social humain est le produit de trois facteurs: 1'^ l'organisme et en particulier le cerveau, 2^ la Socialité, 3'^ la conscience ou idéalité. — C'est l'union de ces trois facteurs, surtout les deux derniers, qui donne naissance aux manifestations de la vie psychique collective. M. de Roberty croit pouvoir donner par son liypothèse une interprétation de ce fait noté par Sighele (]ue le simple fait de prendre contact, de se tasser, de s'agglomérer tend à abaisser aussi bien le niveau intellectuel que l'étiage moral des unités composant le nouveau groupe, qu'il soit accidentel ou permanent. Ce fait provient de ce que l'individu psychique étant le produit de deux facteurs, le facteur biologique et la socialité, « on rétrogade quand on va du composé à ses parties, soit l'individuel biologique, soit la socialité ». Or, dans les assemblées, c'est la socialité qui agit seule; la cérébralité individuelle est momentanément abolie. (( Dans les foules, dit M. de Roberty, chaque fois (juelles agissent en véritables foules, il y a toujours, pour ainsi dire, reprise de l'élément primordial (du collectif), et prédominance de ce facteur sur le produit combiné (l'individu social). On s'en aperçoit très vite par des symptômes caractéristiques, tels que le jeu plus libre des instincts sociaux, des passions collectives, et surtout par l'absence de responsabilité. 11 en va de

1. E. de Hohcrtv , ^foraU' et Psycholofjic {Reçue philosophique, octobre 1900j.

même à Tégard des corps constitués qui remplacent irefflcace responsabilité personnelle par Tillusoire responsabilité collective ou qui échappent d'une manière ■ou d'une autre, au contrôle du savoir et de la raison. Et là se trouve aussi peut-être le secret de la supériorité finale des vagues aspirations anarchiques (ou plutôt autarchiques) sur les vagues aspirations collectivistes '. »

La théorie de M. de Roberty, si ingénieuse qu'elle •soit, ne nous parait point satisfaisante. — D'abord, elle suppose un monisme moral et social qui ne serait qu'une des faces du monisme universel. Dans ce monisme, les conflits ne seraient que passagers, le conflit •entre le psychisme collectif et le psychisme individuel ne pourrait, suivant M. de Koberty, avoir un caractère radical et définitif. — Ce monisme nous semble une pure chimère. Les faits attestent partout dans le monde social l'existence d'irréductibles antinomies. Partout il y a conflits : conflits entre cercles sociaux divers et influences sociales diverses; mais aussi et surtout conflit entre le psychisme collectif et le psychisme individuel, conflit qui au lieu de s'atténuer, semble plutôt s'ac- •centuer avec la marche de la civilisation. Ce conflit est irréductible. Il tient à la nature du psychisme collectif qui est par essence ami du conformisme et hostile à la diversité individuelle. — D'autre part, cette diversité est irréductible. On n'empêchera pas que chaque individu humain ne soit, suivant la pensée de Leibnitz, un point de vue absolument spécial et original ouvert sur le monde social ; on n'empêchera pas qu'il se dis tingue des autres moi et de l'anonyme socialité ambiante. D'ailleurs, suivant la remarque de ^L Sighele, la conscience de l'Individu représente un degré de ■clarté très supérieur chez certains à l'obscure conscience

1. E. de Robertv, Morale et P.-<i/rho(ofjie (Rerue p/dlosophique, octobre 1900i.

G. PALANTE A

sociale. Celle-ci a beau être oppressive, elle ne réduira pas l'originalité individuelle. Chaque cérébralité individuelle a sa façon de comprendre le processus social antérieur et ambiant, de le résumer et de le dépasser.

Suivant nous, ces centres de force psychique que sont les individus ne se fondront jamais dans l'harmonie amorphe de « la socialité ».

Il y a d'autres points faibles dans la théorie de M. de Roberty. Qu'entend il au juste par cette « socialité », véritable objet, suivant lui, delà Sociologie?

Cette socialité ressemble fort à une entité. Définir le psychisme individuel en fonction du psychisme collectif, c'est définir obscurum per obscui-ius. Quand M. de Roberty veut donner une idée un peu claire de sa « socialité », il est forcé de l'exprimer en termes empruntés à la psychologie individuelle.

Herbert Spencer est moniste comme M. de Roberty. Pour lui, le fait générateur des sociétés est la loi universelle de V adaptation. Spencer définit la vie sociale (( une correspondance, une adaptation constante de rapports, les uns internes, les autres externes. Mais il n'admet dans cet ajustement qu'une seule direction, celle qui plie les rapports internes aux rapports externes. L'adaptation interne est absolument subordonnée à l'adaptation externe. Ainsi les antagonismes sociaux, et en particulier le conflit de l'Individu et la collectivité ne peuvent être que passagers. Au fond et au terme des choses se trouve l'harmonie, l'unité.

Nous n'admettons pas plus ce monisme que celui ne M. de Roberty et pour les mêmes raisons. Nous croyons, à cause de la diversité — empiriquement donnée — des moi, qu'il y aura toujours lutte à quelque égard entre ces moi, et que par suite l'adaptation complète du moi à son ambiance extérieure est un pur rêve. Spencer croit que les conflits disparaîtront et qu'un jour viendra où l'adaptation intérieure ne sera que le reflet de l'adaptation externe de l'être. D'après nous,

THÉORIES SUR LE PRINXIPE DES SOCIETES 5i'

l'adaptation interne ne se laissera jamais réduire à l'adaptation externe. Au contraire, il y a souvent antinomie entre ces deux adaptations. L'Individu, surtout quand il est intellectuellement et moralement supérieur n'arrive à l'adaptation interne, — à la paix avec luimême, — que quand il a lutté contre son milieu; et il a lutté contre son milieu parce qu'il a cru que cela était bon. En ne le faisant pas, il aurait cru mutiler son être ; il aurait créé dans son être intime un état d& guerre auquel il préfère la guerre avec l'extérieur.

D'ailleurs, quand on parle de l'adaptation au milieu^ on simplifie trop la question. Autour de l'individu, il n'y a pas un milieu; il y a des milieux, des cercles^ sociaux divers et antagonistes qui s'entrecroisent et luttent les uns contre les autres. — Quel est celui quel'individu choisira pour s'y adapter?

Une seule réponse est possible. C'est celui qui s'adaptera le mieux à ses aspirations intimes, à sort individuelle volonté de vie. C'est donc l'intérieur q|ui est ici le principe de l'adaptation externe. La théorie toute mécanique de H. Spencer est encore fausse en ce qu'elle méconnaît absolument l'élément idéologiquecet élément qui « surtout en sociologie, comme le remarque Isl. de Roberty, transforme et modèle la nature au moins autant que la nature le transforme et lemodèlelui-même' ».

Nietzche a admirablement marqué ce caractère depassivité mécanique inhérent à lasociologie d'H. Spencer. En parlant de Spencer, il s'élève contre « ce mécanisme à l'anglaise qui fait de l'univers une machinestupide' ». — «On supprime déplus en plus, dit-il ailleurs, le concept fondamental, celui d'activité. On avance la « faculté d'adaptation », c'est-à-dire une-

1. E. de Robertv. Les Fondements de l'Éthique, p. 95 (Paris> F. Alcan).

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