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Nietzche, La Généalogie de la Morale

l'association qui domine, et la raison en est exclusivement dans les lois naturelles darwiniennes, selon que, dans telles conditions données, l'isolement ou Tassociation offrent plus d'avantages à Tespèce en question. — Si les animaux prospèrent mieux isolés, ils vivent isolés; si lassociation leur offre des avantages, ils vivent associés... Ainsi les bétes de proie vivent généralement dans l'isolement. Le lion dédaigne la vie grégaire : c'est que la force et l'agilité du lion unies à son coup d'œii lui permettent de surprendre, de saisir et de tuer sa proie tout seul. Au contraire, les herbivores, les éléphants, etc., vivent généralement par troupeaux.

(( Leur proie ne fuit pas devant eux et la vie grégaire leur offre le très considérable avantage de les soustraire aux surprises et de leur permettre la défense en commun '. » — (( La vie sociale dans le règne animal, conclut ^L Ammon, représente une institution utilitaire, déterminée par la lutte pour l'existence, développée par la sélection naturelle et conservée par Ihérédité. »

^L Ammon parcourt les divers degrés de la vie sociale animale, jusqu'à la vie sociale humaine, dans laquelle s'accentuent la différenciation et l'individualisation des fonctions, mais qui n'est pourtant, suivant M. Ammon, qu'un prolongement du pecorisme.

La philosophie sociale de M. Ammon ressemble beaucoup à celle de Spencer et le j^rincipe spencérien de l'adaptation au milieu y tient aussi une grande place. Nous ne répéterons donc pas les raisons que nous avons invoquées pour montrer l'insuffisance de ce principe.

Il professe de plus comme H. Spencer le monisme et l'optimisme social. Sans doute, il reconnaît qu'il y a lutte contre les individus et entre les sociétés diverses.

1. O, Ammon, Les Bases naturelles de l'Ordre social, p. 40, trad. par H. Muffang (Paris, Fontemoing, 1900),

Mais, suivant lui, cette lutte est bienfaisante, car eUe profite à l'Espèce. Elle arrive au résultat salutaire de 1 "élimination des faibles, c'est-à-dire des non-adaptés. — La question serait de savoir, il est vrai, si les nonadaptés sont toujours les plus faibles. — Quoi qu'il en •soit, d'après M. Ammon, le monisme a le dernier ■mot; car au-dessus de toutes les luttes et de toutes les hécatombes de vaincus plane le génie de l'Espèce, le 'dieu de M. Ammon comme il est celui de wSpencer.

La sociologie grégaire de ^L Ammon peut expliquer •sans doute les sociétés animales et les survivances nombreuses, il faut le reconnaître, du grégarisme qui ■subsistent dans les sociétés humaines actuelles (esprit ■moutonnier des foules, esprit routinier et anti-indivi- •dualiste des corps constitués). Il n'est pas étonnant en particulier que M. Ammon, admirateur du pécorisme animal, soit à un tel point partisan de l'esprit grégaire qui domine dans le monde fonctionnaire et administratif \ Mais la sociologie de ^L Ammon n'explique pas ce qu'il y a de vraiment original dans les sociétés humaines et ce que l'Évolution sociale accentuera de plus en plus: la lutte consciente de l'Individu contre le milieu, la volonté de vie individuelle, c'est-à-dire la volonté de faire triompher un idéal social qui, suivant la remarque de Xietzche, n'est jamais que l'expression ■d'un tempérament individuel, le reflet des instincts vitaux les plus profonds, vraiment dominateurs, de l'individu. — Dans cette lutte contre le milieu, dans 'Cette âpre volonté de vie individuelle, s'affirme la vraie force, dans sa beauté triomphante, tandis que dans la lutte grégaire telle que la décrivent Darwin et Ammon, ce sont la plupart du temps le faible et le mé- <diocre, avec leurs instincts de solidarité et de lâcheté grégaire, qui l'emportent. — Xietzche l'a admirable-

1. Voir loptimisme administratif de M. Ammon dans les Bases naturelles de l'Organisation sociale.

ment montré. (( En admettant, dit-il. que la lutte pour la vie existe, — et elle se présente en effet, — elle se termine malheureusement d'une façon contraire à celle que désirerait l'école de Darwin, à celle que l'on oserait peut-être désirer avec elle ; je veux dire au détriment des forts, des privilégiés, des exceptions heureuses. Les espèces ne croissent point dans la perfection : les faibles finissent toujours par se rendre maîtres des forts. — C'est parce qu'ils ont le grand nombre; ils sont aussi plus rusés. Les faibles ont plus d'esprit. J'entends ici par esprit la circonspection. La p'itience, la ruse, la dissimulation, le grand empire sur soi et tout ce qui est mimicrij, une grande partie de ce que l'on appelle vertu appartient à cette dernière ' . »

Nous dirons un mot maintenant des théories dites économiques qui subordonnent le processus social tout entier au processus économique. Nous croyons pour notre part qu'il convient de faire une grande part à ce facteur. L'Économie sociale touche de près à la Psychologie; on peut même dire qu'elle est déjà une sorte de Psychologie en action. Car elle n'est autre chose qu'une gestion des besoins et des intérêts vitaux qui, dans la nature humaine, sont l'infrastructure de tout le développement psychologique supérieur. Anton Menger a raison de dire que le point de départ des sociétés est la force et l'usurpation économique. « Au début, dit M. Ch. Andler exposant les vues de Menger, au débutce qui détermine les rapports entreles hommes, ce sont des intérêts plus ou moins nettement aperçus et servis par une organisation d'attaque et de défense plus ou moins vigoureuse. La condition des hommes depuis qu'ils existent est d'extraire par le travail de la surface du globe les ressources qui les font vivre. Mais cette terre qui les nourrit, ils s'en emparent par force

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