II. — Les Ecoles scientifiques proprement dites
Elles constituent le deuxième affluent de la sociologie et un exemple remarquable d'évolution régulière et naturelle.
A) L'école mathématico-mécanique et physique.
Cette école représente les premières tentatives d'explication de la science sociale par les sciences les plus simples et les plus générales constituées naturellement avant les autres. Les premières interprétations de l'ordre social furent tout d'abord et pendant de longs temps démandées aux mathématiques, à la mécanique, à l'Astronomie et aux sciences physiques. Pythagore par exemple, applique aux sociétés ses théories mathématiques. De même la théorie des centres de gravité et celle des moyennes forment la base de la plupart des conceptions morales et politique de l'antiquité; les sages de la Grèce notamment les étendirent à la conception de l'ordre économique et moral, ils en firent la formule même du bonheur. Aristote place l'équilibre social dans la moyenne. Archimède, sous le nom de centre de gravité, substitue un point unique à l'ancienne conception de la pluralité des points matériels et il fonde ainsi la théorie des moyennes. Les poètes eux-mêmes, comme Horace, placent le bonheur et la vertu ainsi que la paix, l'équilibre, dans les conditions moyennes, dans VAurea médiocritas. Même au XIX*' siècle, l'américain Carey cherche à appliquer aux sociétés la loi de gravitation.
A l'école mathématique, j)liysiquc et mécanique se rattachent à des degrés divers : Fiske, Mismer, Winiarski, V. Pareto, de Marinis, etc.
AuxXVII'^ et XVIIF siècles, Leibnitz, Iluj^ghcns, Pascal, Fermât, Hudde, Halley, les frères De Witt, Euler, d'Alembert, les Bernouilli perfectionnent la théorie des moyennes et celle des probabilités. Condorcet lui-même, tout en se rattachant déjà en partie à l'école biologique appartient au groupe mathématico-ph^'sique. De môme Lavoisier, le créateur de la Chimie, étudie les faits économiques, comme to s les autres phénomènes ph3'siques, d'après les méthodes positives de sa science chimique, ainsi qu'on le voit dans son Mémoire sur la Richesse territoriale de lu France. Même son éditeur, Koederer, dit dans V Avertissement : « il est très facile de concevoir que la science de l'Economie politique ou plutôt publique, repose tout entière sur V Arithmétique politique, w C'était le titre d'un ouvrage de W. Petty un siècle auparavant.
J'ai déjà signalé les applications de la statistique, de la théorie des moyennes, du calcul des probabilités au jeu d'abord puis successivement à la loterie, aux rentes viagères, aux assurances, aux tables de survie et de mortalité ; aux phénomènes de la vie et de la mort en général. Buffon croit par exemple qu'il y a toujours sur la terre une même quantité de vie. Les mêmes théories s'étendirent à la criminalité, à la population, notamment avec La Place et Joseph Fourier. Ainsi peu à peu la détermination scientifique se substitua dans les sciences de la vie et des sociétés, comme dans les sciences antécédentes, à un providentialisme extérieur et supérieur et également au libre arbitre absolu, au hasard et au miracle.
En Allemagne, cette école aboutit avec E. Kant (1724-1804) à une philosophie de l'Histoire. {Idée d'une histoire uniuerselle au point de vue de l'humanité, 1781. Voir citation dans ma Sociologie Economique p, 169) ; en Belgique, elle finit par aboutir à A. Quetelet (179G-1874) pour qui " l'homme moyen est, dans une nation, ce que le centre de gravité est dans un corps ; c'est à sa considération que se ramène l'appréciation de tous les phénomènes de l'équilibre et du mouvement. »
Les caractères distinetifs de l'école mathématico-physique
%rtnt la prédominance do l'ordre statique bien que modifiable sur rordro dynamique et aussi la predom.nanee de mterprétation mécanique des mouvements Boe.aux faut y ajouter rimpor.anoe croissante accordée aux fa.ts
'TTlmTc •lui-même est aussi un mathématicien ; lui aussi considérera la statique sociale comme fondamentale mais . réâ'ra contre les géomètres ; il se servira cependant comme Oullet de resprfssion Physique sociale, mais deja sa con- ^eTt on devient'surtout Bologique et, en ^^^-^^^^^ sociale devient plus importante que sa statuiue sociale T,triui^a Sociologie basée sur la Biologie succède en rtmé ^ômme'ormul! et comme interprétation à la rhys.qne
"tel'âftluents secondaires de l'école physico-mathématique renr?scntent une différenciation heureuse qui précisément rSc actuellement du double point do vue auquel ,1 eon-
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Js que eTio -corde la plus grande influence au m.hen^ K,le" : Le Play et son école; Demolins : la route fa.t le
'^M Vétte' ethnique. Exemple : Gumplo^'icz : le groupe
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'* Vécol'e'Ithniqne se rattache directement à l'école biologi- . mIis de même que l'école mésologique, son point de vue que. '«.f ^.^^ "p^^J^a^,,,, sans s'en douter, elles ont rendu T Te tut fe servicfde rattacher directement la science Pnne et lautre le serv constitutifs, ma,s inse-
sociale a l'étude de ses Qeux lae ^
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avec raison relègue - P'"'^ P^^ment l'école ethnique a administratives et PW^^^^^^ des races. Les
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E Lavatea" A. Coste, Kieeforo, etc. ; à la branche mesolo-
gique : Ratzel; à la branche anthropologique et ethnique : Letourneau, Vaccaro, Lapouge, etc.
B. — L'école biologique.
Nous avons déjà signalé l'apparition du point de vue biolo gique chez Aristote dont cependant la théorie politique n'est pas biologique et de même chez le communiste St Paul où ce point de vue est déjà mieux en rapport notamment avec sa conception d'ensemble de la société chrétienne ainsi qu'avec la formule communiste de la répartition des richesses par les apôtres : à chacun suivant ses besoins, formule essentiellement biologique.
Au XYII® siècle, Hobbes dit : « l'Etat, en latin civiias, n'est qu'un homme artificiel, bien que de taille et de force bien supérieures à celles de l'homme et où la souveraineté est une sorte d'âme artificielle donnant la vie à tout le corps. » Cette définition est intéressante en ce que tout en se rattachant à l'hypothèse animiste d'un double tout à fait primitive, elle est en même temps mécanique mais avec une tendance biologique. Vers la même époque Pascal assimile l'humanité à un individu qui vit toujours. Plus tard on dira plus exactement que l'ontogenèse reproduit la phylogénèse ; c'est l'individu qui reproduit l'humanité ; cette idée se retrouve chez A. Comte d'après qui chaque individu reproduit la loi des trois états qui domine la dynamique sociale.
Au XVIIP siècle, Turgot énonce la loi des trois états et il l'interprète par analogie avec le développement biologique : « tous les âges sont enchaînés par une suite de causes et d'effets qui lient l'état du monde à tous ceux qui l'ont précédé. Condorcet tire de ce déterminisme la prévision scientifique.
Au XIX® siècle, St Simon conçoit deux états, l'un organique, l'autre critique ; ils se succèdent. La société a divers âges : l'enfance, la puberté, la maturité et la vieillesse caractérisés le premier par les travaux manuels, le deuxième par l'art, le troisième par l'ambition militaire, le dernier par la science. Le D"" Burdin ajoute à l'échelle hiérarchique des sciences la phj'^siologie et montre l'influence considérable que cette nouvelle science est appelée à exercer sur toutes les autres et sur la philosophie générale en remplaçant la philosophie mathématique et physique.
Quetelet lui-même, le représentant de cette dernière école
(îompare la naissance, le développement, la vieillesse et la mort des sociétés à ceux des individus.
Avec A. Comte s'affirme la prédominance croissante du point de vue organique et fonctionnel mais avec ijersistance de la conception hiérarchique de la société sur le modèle prétendu de la structure humaine; il hiérarchise ainsi toutes les institutions sociales; il maintient le dualisme entre le spirituel et le temporel analogue à celui de l'àme et du corps; il con&idère le spirituel comme le régulateur suprême. Il subordonne le progrès à l'ordre. Le premier est un développement du second. Il parle souvent de Vorganisme social, « mais quoique les phénomènes biologiques et sociaux soient homogènes ils ne sont pas identiques ». (2^ Leçon du Cours de philosophie positive, T. I, p. 73).
Quand sous l'influence de von Baer, de Goethe, de J. Lamarck et de Geoffroy St Hilaire la biologie devint évolutionniste et transformiste, l'interprétation biologique de la science sociale se précisa surtout après que le mécanisme de de l'évolution et de la formation des espèces eût été expliqué par Wallace et Darwin par la sélection naturelle et la survivance des plus aptes. A. Comte cependant n'admit pas la variabilité des espèces dont l'application à la sociologie aurait cependant si bien éclairé la loi de la continuité historique.
H. Spencer sous ce rapport fut évolutionniste et transformiste même avant la publication de VOrigine des espèces. En outre, il n'assimile plus que formellement les sociétés aux organismes individuels; toutes les différences qu'il indique entre les sociétés et les organismes sont purement quantitatives. Chez lui le point de vue évolutif, dynamique est prédominant; la fonction forme l'organe. En réalité il ne sépare plus la statique de la dynamique. Entre sociétés et organismes, il reste, d'après lui, en dernière analyse, ces différences que les sociétés ont une structure discontinue et que leurs unités constituantes, les individus, sont conscientes. La discontinuité entre espèces que Comte avait conservé en biologie, Spencer la reconstituait en sociologie. J'ai montré dans ma Strucliire générale des Sociétés comment et pourquoi la loi de continuité, mise en rapport avec celle de limitation ne doit être considérée que comme relative; il n'y a au point
de vue de la continuité ou de la discontinuité que des différences de degré entre les organismes et les sociétés.
A. Schiiffle, P. von Lilieufeld, R. Worms ont assimilé réellement les sociétés aux organismes. Pour Lilienfeld, d'accord avec la Physiologie de l'Esprit de Maudsley, l'organisation sociale est spécialement identique à celle du système nerveux, et l'une et l'autre sont hiérarchiques. L'école biolologique aboutit ainsi naturellement à la constitution d'une école physiopsychique en sociologie ; la première née de la biologie prépare la seconde.
Les caractères communs ou plutôt les tendances communes à l'école biologique sont, malgré sa conception encore hiérarchique de l'ordre social par analogie avec celle du système biologique et spécialement nerveux : la transformation de la notion de pouvoirs sociaux en celle de fonctions sociales. Les fonctions les plus simples et les plus générales sont les plus fondamentales, les plus essentielles à la vie ; dès lors les fonctions rectrices ou plutôt régulatrices, surajoutées du reste au cours de l'évolution, ne sont-elles pas, à raison de leur spécialité et de leur complexité, plutôt au service des premières et surtout à celui de l'ensemble de l'organisme aussi bien individuel que social? Le cœur régulaiise la circulation du sang, le système nerveux régularise nos mouvements et notre sensibilité ; ils remplissent leurs fonctions dans l'intérêt général ; d'un autre côté le fonctionnement du cerveau dépend de la circulation du sang, celle-ci de l'alimentation ; il y a dépendance réciproque, donc équivalence. Tout le système nerveux n'est qu'un système de transmission et de coordination des appels lui adressés par l'organisme et celui-ci tout entier subit les impulsions des centres nerveux ; en un mot des centres supérieurs, on ne peut dire s'ils obéissent ou commandent ; ils obéissent et commandent à la fois et c'est cet aspect qui s'affirme encore plus en sociologie.
A l'école biologique se rattachent Bordier, A. Small, Vincent, etc.