C. — L'Ecole psychologique
Elle dérive en partie des écoles métaphysiques, spiritualistes et idéalistes, qui laissèrent comme résidu d'interprétation philosophique de l'histoire que Vidée gouverne les
Sociétés (Hegel et Comte) ou bien les sentiments ou la volonté (Schopenhauer et Spencer).
Avec l'école psychologique pure en Sociologie, l'étude do la Structure objective et do la vie réelle des sociétés est de plus en plus négligée ; la formation de cette école, très naturelle au point de vue de l'évolution et très utile et très scientifique comme interprétation spéciale, menace malheureusement de finir dans une simple littérature.
Lotze, Lazarus, Steinthal, etc., en Allemagne fondèrent la psychologie collective ou Volkcrspsychologie. La Sociologie de H. Spencer fut déjà en grande partie psychologique ; en France, A. Fouillée, G. Tarde, Izoulet, G. Lebon et en Italie, Sighele, Carie, suivirent ; en Amérique, L. Ward en est le représentant le plus éminent, de même Giddings et Tonnies.
Seulement avec Tarde, par exemple, la sociologie ne s'occupe plus que de rapports et communications entre cerveaux. La structure générale si complexe, à la fois anorganique, organique et psychique, est perdue de vue bien que les écoles issues de K. Marx et de Le Play et de même Brentano et Patten réagissent en insistant spécialement sur le caractère économique fondamental de la structure des sociétés et que d'autres comme Ardigo, Fouillée, Durkheim, Simmel, etc. en fassent au contraire ressortir le caractère éthique et juridique.
En réalité, toutes les écoles issues directement ou indirecment de Comte se rattachent à des points de vue spéciaux, plus ou moins exclusifs. Ces diflérenciations furent utiles au progrès de la science sociale ; elles exigent seulement maintenant d'être coordonnées. Le psychisme social peut être considérée comme aj'^ant atteint son expression ultime avec de Roberty. Par lui, la sociologie est non seulement rapportée à la jjensée sociale, mais considérée comme une dérivation de celle-ci; la base de la pensée sociale estlasocialité ; la psychologie ne se produit que dans le milieu social créé par l'action et la réaction des cerveaux et leur pénétration réciproque ; la sociologie n'est pas un chapitre de la psychologie, au contraire la psychologie est un résultat, un effet de la socialité. Celle-ci même est un mode spécial de la vie organique ; elle se manifeste, cette socialité, successivement dans le savoir, la philosophie, l'art et l'action. En
réalité pour de Roberty la Sociologie est la Logique sociale. Il a poussé les théories de l'école psj'cliologique jusqu'à leurs conclusions dialectiques les plus radicales.
L'Ecole psychologique est le dernier terme de l'évolution naturelle de la Sociologie qui s'est ainsi successivement basée dans l'interprétation des faits compris dans son domaine sur la série entière des sciences qui lui sont antécédentes et cela conformément à l'ordre hiérarchique de ces sciences. Toutes les théories sociologiques ont ainsi tour-à-tour approfondi les rapports de la science sociale avec toutes les sciences de la nature ; toutes les écoles ont lutté entre elles mais surtout toutes ont coopéré, par leur différenciation préalable et nécessaire, à la synthèse sociale qu'il s'agit de constituer et dont le caractère essentiel qui se dégage précisément de l'évolution théorique parcourue me paraît consister dans la considération fondamentale que de même que la science sociale est le prolongement et le couronnement de toutes les sciences antécédentes, de même le phénomène social doit être considéré comme étant à la fois anorganique, organique et psychique, c'est-à-dire comme le produit de toutes les forces combinées de la nature.
D. — Les Ecoles de spécialistes :
a) les théoriciens de l'Economique : physiocrates, A. Smith, Ricardo, de Sismondi, J,-St. Mill, Rodbertus, G. Schmoller, A. Wagner, K. Marx, de Laveleye, Biicher, etc. ;
b) les théoriciens de la Génétique : Bachofen, Morgan, Engels, Westermarck, Kovalewskj', Starckc, etc. ;
c) les théoriciens de l'Art : Fromentin, Taine, Proudhon, Guyau, etc. ;
d) les théoriciens de la psychologie collective : Tylor, Max Muller, Renan, Baldwin, etc ;
e) les Moralistes : A. Fouillée, Guyau, Iloffding ;
f) les théoriciens du droit : Mommsen, von Ihering, S. Maine, etc. ;
g) les théoriciens politiques : Proudhon, de Laveleye, A. Loria, etc. ;
h) les historiens proprement dits : Maspero, Grote, Mommsen, Lamprecht, Fustel de Coulanges, Th. Rogers, etc. ;
/) les auteurs de monographies méthodiques en usage depuis Le Play et son école ;
j) les statisticiens : Levasseur, Mayr, Bodio.
Ces deux dernières catégories de préparateurs de la science sociale rattachent précisément celle-ci aux deux facteurs constitutifs de toute société : le territoire et la population. Par ces facteurs, la sociologie se relie à l'ensemble des sciences antécédentes. De même le territoire et la population se rencontrent à la base do chacune des sciences sociales particulières bien que d'une façon plus directe dans l'Economique et la Génétique lesquelles embrassent les propriétés et les rapports les plus généraux auxquels donne naissance la combinaison des deux facteurs originaires des phénomènes sociaux.
Tous les spécialistes accroissent la quantité et perfectionnent la qualité des matériaux que la Sociologie utilise dans ses constructions générales. Grâce à eux, l'analj^se sociale s'est de plus en plus complétée ; on a atteint les éléments les plus simples des sociétés, les plus profonds, ceux à partir desquels on pénètre dans les domaines des sciences antécédentes. Dès lors une synthèse nouvelle et supérieure doit être le complément méthodique des progrès réalisés par les procédés empiriques qui étaient au contraire partis des couches les i)las superficielles de la science sociale avant de pénétrer jusqu'aux plus profondes. La sociologie maintenant peut devenir une science et une philosophie puisqu'à l'égal des autres sciences et do leurs philosophies, elle est en possession de son domaine et de sa méthode, puisqu'on un mot elle connaît sa propre constitution.
La vie sociale est la forme la plus élevée de la vie, c'est-àdire de la correspondance des organismes avec leur milieu ; les sociétés sont seulement des adaptations encore plus parfaites : dans les sociétés, le milieu fait partie intégrante du groupe humain ; c'est pourquoi les sociétés sont des superorganismes ; nous verrous que ceux-ci présentent des propriétés et des caractères particuliers, notamment la propriété de s'organiser et de se diriger de mieux en mieux eux-mêmes suivant des modes qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, des modes contractuels eux-mêmes collectifs.
Les facteurs constitutifs des sociétés, territoire et population, sont anorganiques, organiques et psj^chiques ; ces facteurs en se combinant donnent nécessairement nais-
sance au phénomène dit social. Il ne peut donc y avoir de phénomène social soit exclusivement anorganique, soit simplement biologique, soit purement psychique ou idéologique ; tout fait social est une combinaison de ce que nous appelons matière, vie, esprit. Toute société par cela même représente une intégration supérieurement organisée de tous les éléments et de toutes les forces ou propriétés de la nature.
Il en est ainsi des plus petites et des plus grandes sociétés ; il eu est ainsi de l'Humanité quand elle arrive à embrasser le monde : la Terre et l'Humanité proprement dite, c'està-dire l'espèce humaine, sont alors unis dans une indissoluble communauté ; il évoluent ensemble dans le temps et dans l'espace. Terre et espèce humaine combinés, fusionnés sont la société universelle et conçus comme telle.
Tout ce développement de la Sociologie a été un développement naturel. L'ordre de son évolution se manifeste également once que l'interprétation des sociétés a été demandée tout d'abord aux faits les jjIus superficiels, les plus apparents ; d'abord à la politique, puis au droit, à la morale, à la série entière des sciences de la nature, y compris la psychologie dont les connaissances sont la base de la psychologie collective, à l'art, à la génétique et notamment aux races et finalement à sa base essentielle, la plus profonde, l'Economique ; cette évolution empirique était nécessaire et inévitable, elle est à l'origine de toutes les sciences.
Maintenant une synthèse scientifique commence à devenir possible en remontant, conformément à la méthode positive du simple et du général au complexe et au spécial et en reliant entre eux les divers points de vue unilatéraux des écoles sociologiques divergentes antérieures dans un ensemble systématique.
Maintenant aussi il est jiossible d'entrevoir un retour apparent à la conception mathématique et mécanique primitive. Mais quel changement ! Nous considérons le phénomène social comme le produit de la mixture à la fois de l'anorganique, de l'organique et du psychique, do telle sorte que la sociologie nous apparaît comme la ccmtinuation et le couronnement de l'arbre encyclopédique des sciences de la nature et comme susceptible d'être rattachée aux lois les plus générales de cette dernière, aux lois mathématico-méca-
niques mais par abstraction de ses propres lois particulières non pas différentes mais plus spéciales. Nous arrivons à concevoir la philosophie sociale ou sociologie comme reliée aux lois les plus générales, à celles du mouvement universel dont le nombre et l'intensité seuls varient.
La science sociale embrasse donc l'homme et son milieu, le territoire et la population, la mésologie et l'anthropologie. A. Comte a proclamé la subordination de la physique sociale à ces deux notions qui d'après lui sont dans une corrélation continue : « l'humanité qui accomplit le phénomène et l'ensemble constant des influences extérieures, ou le milieu scientifique proprement dit qui domine cette évolution partielle et secondaire de l'une des races animales » (Cours de Philosophie Positive T. IV, XLIX'' leçon). D'après lui, l'humanité est l'agent actif, l'acteur ; le milieu constitue l'agent passif, le théâtre. D'après nous, l'acteur et le théâtre ne font qu'un ; ils constituent le drame ou la comédie sociale. L'humanité n'accomplit i)as le phénomène social ; elle est le phénomène social réalisé par l'indissoluble combinaison du milieu et de la population, c'est-à-dire de toutes les forces naturelles.
Los sociétés non seulement continuent la nature entière, mais elles la contiennent ; la nature est leur propre milieu intérieur, de môme que les sciences plus complexes contiennent tontes les autres, de môme que les enfants contiennent leurs ancêtres.
Nous substituons par conséquent une conception monisto au dualisme d'A. Comte, nous rejetons dès lors la division généralement en cours des phénomènes sociaux en matériels et idéologiques ; tout phénomène social est à la fois matériel et idéologique. Ce dualisme sociologique n'est pas plus admissible que l'ancienne division entre l'âme et le corps et celle plus primitive de la croyance en un double.
Bibliographie :
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