DROIT ET ÉTAT
trise que difficilement; dans l'anarchie^ il se déchaîne, il accumule honreuis sur horreurs. Il n*y a pas de troisième solution, car nous ne pouvons pas retourner à la horde primitive (1). Mais entre ces deux modalités d'existence
sociale, VÉtat et \ anarchie ^ le choix n'est pas di Sicile.
Non moins grande est rillusion de ceux qui prétendent emprunter un droit à la « justice » et au <( sentiment de justice », placer ce droit au-dessus de l'État et en recommander la réalisation à r «c État ». Voyons. Qu'est-ce que la justice? Où pouvons-nous en trouver l'image? Ce qui produit en nous Tidée de justice, ce n*est que h fait du droiif — du droit, tel que celui-ci est arrivé à être dans VÉiat, href, tel qu'il y est devenu. C'est d'après le droit institué par l'Etat que vont se formant notre idée de justice et notre réceptivité à l'égard de cette idée ; notre coinprckf'n<io7i de la justice, noire sentiment de l'équité n'ont pas d'autre origine. Arriverait-on à infirmer cette vérité, en faisant remarquer que, dans telle ou telle occasion, nous sommes ao^c raison obligés de reconnaître qu*un droit institué par TÉtat est injuste, quil blesse la justice? Non : c'est bien sous Vimfluence du droit donné par lEtat^ — du droit étatique, pour nous exprimer plus brièvement, — que se développe notre sentiment de justice. Quelquefois, à la vérité, il paraît se développer avant ce droit ; c'est lorsque toutes les institutions juridiques n'existent plus qu'en vertu de la loi écrite ou d* usages et tra^ ditions enracinés, et lorsque par contre ies institutiom politiques ont eontinfié à se développer ei à prospérer en entraînant notre sentiment de téquité. Dans les cas de ce genre, notre aspiration à la justice ne fait que précéder un nouveau droit léfja/, celui-ci étant déjà motivé par les circonstances, et par la phase de développement de l'État, ou eristarit déjà, pourrait-on dire, sous forme de droit étatique non encore écrit mais déjà reconnu. Il faut distinguer, précisément, entre les
(1) Engels, dans son ouvrage « Ursprung der Familie, des Privaleiffenthums und des Staafes » (Origine de la famille, de la propriété privée et du droil) (Zurich, 1884), rêve d'un semblable retour à une « constitution des gentils w. h but une bonne dose de naïveté pour vouloir revenir i des formes d'existence sociale Jcpuis longtemps remplacées. C'est comme li un vieillard voulait redevenir Jeune liomme I
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aspirations à des réformes, légitimées par la situation de l'Etat ainsi que par son de^é de développement^ et les réclamations ewiUnrires à 1^ essence ainsi qu'à tout le développement historique de eiei État. Bref, il faut distinguer entre les aspirations autorisées, ayant leur raison d*ètre... dans l'essence de l'État, et les utopies. Les premières sourdent spontanément de tout le développement historique de l'État jusqu'à 1 heure qu'il est; les secondes font complètement ahstraction de rÉtat et se placent sur un terrain sur lequel n'a jamais reposé une institution politique. Ce terrain, c'est « liberté, égalité )»y ainsi qu'une justice absolue, qui serait « de droit naturel » et qui ne tient aucun compte de l'État.
Qtt'est*ce qu'une pareille « justice »? Gomment est-elle constituée? Nous n'en savons rien et n'en pouvons rien savoir. Notre idée de justice est une simple abstraction, dérivée du droit étatique, liée à la destinée de celui-ci. imaginons que le développement de TËtat et le droit créé par TÉtat disparaissent de notre passé : toute trace, toute notion de justice disparaîtront de notre esprit. Platon savait cela, et, lorsque dans son a État » il se mil en devoir d'expliquer la notion de r « homme juste » et de la « justice », il commença son explication en décrivant comment l^État se fonde au moyen ét éléments hétérogènes inéfjaux. Supposant que chaque élément social prend dans l'Etat le rùle que cet élément peut le mieux remplir, Platon nomme cette organisation de l'État et de la souveraineté de l'État l'organisation juste, et cette situation normale de l'État, dans laquelle chacun se plie au rôle qui lui convient, est pour lui le prototype de la justice. Ce n'est que par ce procédé indirect, le seul possible, e^esi en partant defÉtat que Platon arrive à la notion de justice, pour appliquer ensuite à l'homme individuel l'étalon de justice ainsi obtenu (1).
Les paroles de Trasymaque, dans le môme dialogue, s'ap-
{\) •» Maintenant terminons la rcchcrohn au sujot ilc laquelle nous avons cru que, si nous teutioQS de voir la justice sur ua plus grand objet d'aburd, nottt reeoiinaltriont plut raeilemeol sar rhotDiD« iadiridiiel «omment elle
eat constituée, n (Platon, L'État, Vwro IV.) Cp '< plus grandi objet Platon l'a choisi avoc discernnnent. Ce ne pouvait <Hre qu'en partant de l'£Utqtt'ily avait moyeu d'arriver u ia uoliou de justice.