DROIT ET ÉTAT
pliquent assez bien à ce qui est juste dans l'État : u J'affirme que ce qui est juste n'est pas autre chose que ce qui est ayantageuz pour le plus fort. » Ce qui est plus faible, dans l'État, est obligé de s'accommoder à ce qui est plus fort, et Tordre juridique de TÉtat ne peut être autre qu'un ordre profitable à la puissance la plus pjrande qu'il y ait dans l'État. A la vérité, un pareil ordre juridique est ce qu'il y a de relativement meilleur pour les plus faibles, — et, dans ce sens, l'ordre juridique étatique fournil la seule idée de justice... concevable : il est la seule source où nous puissions puiser l'idée de ce qui est juste et Fidée de justice. Mais toujours et partout cet ordre juridique a été, a forcément et fatalement été le contraire de la liberté et de l'égalité. Par contre, à toutes les époques et en tous lieux, il a été lexpression des rapports réels de puissance entre les éléments sociaux de TEtat. Néanmoins, au fur et à mesure que ces rapports se transforment et surtout au fur et à mesure que l'Etat se développe et progresse dans l'économie politique» dans les sciences et dans les arts, ces rapports de puissance se transforment progressivement dans le sens d'une plus grande humanité et d'une plus grande douceur : c'est ainsi que l'ordre juridique, le droit, s'est humanisé et que s'est perfectionnée de plus en plus l'idée al)straite de justice, empruntée au droit. Aujourd'hui, cependant, comme à l'époque de Platon, c'est l'Etat, l'État seul, qui peut être l'étalon de justice; les conditions nécessaires de son existence et de son maintien forment donc les limites de cette notion. Ce que l'État est obligé à» faire, voilà ce qui est juste : mais jamais, jamais ce que l'État ne peut pas faire ne peut être de la « justice ».
Droit et siorale.