‹ Précis de sociologieChapitre 99 sur 124 · LB DROIT · texte numérisé non relu

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système, de la vie en commun ou plulùt de la vie parallèle.

Dès ce moment les formes de cette vie parallèle des éléments inégaux commencent à se développer. A la longue elles se condensent par la pratique et l'habitude en normes et réglementations, et c'est ainsi qu'elles engendrent le droit. Le droit leur est donc postérieur.

2, <— Exemples.

Quelques exemples. Le droit familial s'est produit par le rapt de femmes étrangères à la tribu : il a été la domination de l'homme sur sa femme. L'origine du droit du maître sur ses esclaves, c'est que l'élément étranger a été subjugué et astreint à rendre des services. Le droit de propriété résulte de la différence établie ainsi entre le seigneur, auquel les fruits du sol appartiennent, et l'esclave qui travaille le sol pour son maître. Dans la famille paternelle, ce sol, avec Tautorité violemment acquise, a passé du père au fils, et ainsi s'est produit le droit des successions. Lorsque l'élément étranger pratiquant le commerce fut entré dans cette orga* nisation primitive de l'autorité, V échangé des marchandises créale droit des biens meubles. Ce fut tout d*abord le droit des obligations coniinerciales; le développement du commerce et des relations amena ensuite toutes sortes de surcharges.

Toujours ce qui produit le droit, cest le contact d'éléments sociaux inégaux : tout droit porte au front cette tache originelle.

// n'y a pas de droit qui ne soit l'expression de l'inégalité, car tout droit est le moyen de rapprochement entre des éléments sociaux inégaux, le moyen de conciliation entre des intérêts en lutte, moyen d'abord imposé par contrainte, sanctionné ensuite par la nouvelle coutume, grâce à la pratique et à Thabitude acquise.

Le droit familial, pour ses débuts, soumet la femme et les enfants à l'autorité paternelle et concilie de force les intérêts contradictoires; plus tard seulement l'usage et l'habitude substituent à la contrainte primitive la nouvelle cou* tume et la nouvelle morale.

De même le droit de propriété consacre Finégalité entre le propriétaire et le non-propriétaire relativement à Tobjet de propriété; le droit des successions consacre l'inégalité entre l'héritier et tous les non-héritiers relativement à llié-

ritagc; le droit des obligations consacre l'inégalité entre le créancier et le débiteur relativement à l'objet de l'obligation. Bref, tout droit procède de l'inégalité, tout droit a pour but le maintien et la fixation de cette inégalité par établissement de fatitorité (ou domination) du plus fort sur le plus faible. Tout droit est, à cet égard, un sosie de cet État duquel procède le droit, de cet État qui également a pour unique but le mdntien et la régukaisation^ la systématisar tion, de la vie en commun... d éléments inégaux.,» par le pouvoir des uns sur les autres.

Le maintien de l'inégalité : voilà donc le véritable principe, l'Âme même... de tout droit. De là une conclusion : en face de chaque droit il y a un devoir, en face de tout individu ayant un privilège, il y a forcément un autre individu ou une multitude ayant des charges, de môme qu'il est dans la nature de l'Etat de se composer de chefe et de subordonnés.

Droit et État.

C'est seulement dans tÉiat qu'un droit peut se produire ; on ne peut concevoir qu'il existe un droit aiHenrs que dans l'État : cela résulte déjà de ce qui précède. En dehors de l'Etat, il n'y a pas de droit, car le droit est une institution éminemment politique, c'est à dire éminemment propre à l'État : il est la chair de sa chair et le sang de son sang. Tout droit est un morceau d'État et contient, en quelque sorte, une parcelle de la souveraineté de l'État. D'où cette parcelle de souveraineté viendrdt-dle pour entrer dans le droit, sinon du grand réservoir de souveraineté... que nous nommons le pouvoir de l'État, la force publique? De ce grand réservoir, la souveraineté de l'Etat se répand dans le droit, grande canalisation qui la distribue. On n'a qu'à tourner le robinet exécutif : la souveraineté de l'État, la force publique apparaît. (Dans l'État civilisé, on paye, pour user du droit de recourir à la puissance publique, une petite redevance, généralement sous la forme du prix de quelque timbre.) Pent-on imaginer un droit sans Etat? Pas plus qu'on ne peut imaginer une conduite d'eau sans réservoir à l'origine. Et à quoi servirait le réservoir sans la canalisation, la conduite, le robinet?

Jadis la scolastique avait trouvé le moyen de créer de nombreux systèmes de droit nature), — droit qui, à ce qu'elle prétendait, existait et s'imposait même sans l'État, même en dehors de l'État et au-dessus de l'État. Mais le droit naturel a fait son temps, — le droit naturel est mort, est mort et enterré. Ce n'est pas malheureux.

Néanmoins fesprit de ce droit naturel continue à ilotter

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sur les eaux de la jurisprudence. Ici on continue à parler encore de droits qui sont « innés » chez l'homnie. On ne se borne pas aux « droits que la Révolution française a proclamés », tels que les droits à la liberté et à l'égalité ; on y ajoute d'antres droits « imprescriptibles », tels que» par exemple, le « droit de vivre », le « droit au travail » etc. Ces droits,... généralement, on les déduit de 1* « idée de l'homme », être « libre, doué de sens et de raison », on les fait dériver dè V « idée de justice ». Nous avons déjà signalé ailleurs ce qu'il y a d'arbitraire et d'absurde dans ces déductions (1). Toutes les prémisses que l'on continue d'emprunter à feu le droit naturel étant fausses, les déductions le sont aussi. Croire que Thomme soit un être « libre », c'est pure illusion ; croire qu'il soit un être <f raisonnable », c'est une illusion bien plus f^ande encore. Si {< raisonnable » veut dire « ne se laissant guiiler dans ses actions que par la raison et non par des instincts aveugles », il est absolument impossible de soutenir que Thomme, en tant que genre, soit raisonnable.

Pour poser ces prémisses, les « droits imprescriptibles de Thomme », il faut se déifier déraisonnablement, surestimer la valeur de l'homme et de la vie humaine, méconnaître complètement les seules bases possibles de l'existence de l'État.

La liberté et l'égalité rêvées sont incompatibles avec rÉtat, elles en sont môme la nf'gation. L'homme ici-bas n'a le choix qu'entre VÈt<U^ avec sa non-liberté et son inégalité nécessaires, et Yanarckie,

L'État implique beaucoup de maux inévitables ; par contre il crée et il protège les biens les plus considérables dont rhomme puisse jouir sur cette terre. L'anarchie, sans pouvoir nous offrir môme le moindre de ces biens, élève à une puissance infiniment supérieure les maux inéviUibles même dans l'Etat, car le plus grand mal pour les hommes, dans cette « vallée de larmes », ce sont les hommes, leur stupidité et leur infamie* Ce mal, l'État lui-même ne le mai-

(1) Philosophische* Staatsrechtf § 21 à 23; Rechlstlaal und Socia/ûmui, S 33 el tuivanto.

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