‹ Précis de sociologieChapitre 103 sur 124 · DROIT ET MORALE. 3S · texte numérisé non relu

DROIT ET MORALE. 3S

lieux (prétention naturelle et raisonnable en ce qu'elle leur est adéquate), à ua droit qui a déjà poussé de profondes racines dans la conscience morale ; ce n'est que la revendica" tion de ce qui ne deviendra droit qu'en se formulant dans la loi.

Objecter que la morale est la source du droit, c'est donc

se tromper sur le processus véritable et effectif, dans lequel du reste il n'y aurait rien à trouver en faveur d'un droit de nature.

. Il y a une autre objection qui parait également corroborée par des faits : c'est que souvent un droit d'État ne passe aucunement dans la conscience morale delacoUecti- ▼ité et que, quelle que soit sa durée, il a toujours contre lui la morale publique , laquelle a des tendances contraires et finit par le faire succomber. Ce processus effectif, — qui, incontestablement, se reproduit souvent, — semble, en effet, constater la prééminence de la morale sur le droit, puisque celle-là serait la source de celui-ci. Ici encore il n'y a qu'une apparence : la réalité est tout autre.

Reconnaissons-le : nous voyons souvent en vigueur et en fonctionnement un droit étatique qui, malgré toute la puissance déployée par l'État, n'est là, pour ainsi dire, que comme un mécanisme inerte; qui, pour fonctionner, ne cesse d'avoir besoin du déploiement de la puissance de l'État; qui n'agrée pas à la morale publique, est nettement refusé et repoussé par elle ; qui ne peut jamais produire une morale et qui termine enfin, de façon ou d'autre, sa misérable existence sans être regretté. Toutefois, si nous examinons de près ce gueai ce droit, qui a été impuissant à se créer un terrain moral dans lequel il pût enfoncer de . vi^rou reuses racines, nous constatons toujours que c est lui ilroil i.^su... non pas de cinoiutances impérieuses, mais de l'arbitraire momentané d'un parti, d'idées et de théories fausses, de la méconnaissance des conditions réellement existantes. Oui, un droit de ce genre est toujours flottant, inconsistant, sans vigueur; il ne vaut que par l'aide et la protection qui lui viennent du dehors; il n'a pas de force vitale intime; il est étranger et hosUle à la morale publique, il n'est pas en

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mesure d'en produire une nouvelle ; il est donc de prime abord condamné à périr, ou plutôt, dès le début, un pareil droit n'est pas un droit, il est incapable de vivre. Pis que cela : il est mort-né.

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