‹ Précis de sociologieChapitre 105 sur 124 · L'umUABIIITÉ DE LA MOBAIE K*B8T QUE BELAUVS · texte numérisé non relu

L'umUABIIITÉ DE LA MOBAIE K*B8T QUE BELAUVS

£l maintenant une dernière question ; ce sera tout. Si la morale est éternellement variable et suit presque servilement le droit, qui chaque fois résulte des circonstances et des faits, d'où vient que les hommes sont toujours disposés à considérer la morale comme ce qui est immuable au milieu du cbangement des choses, comme ïidée éternelle qui (inniinc toutes les choses terrestres périssables, à invoquer la morale comme étant celte idée, à l'envisager comme étant la mesure de tout droit et de toutes les institutions politiques ?

La cause de ce phénomène est bien simple. La transformation de tout droit et de toute institution d'État est visible.

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U nous serait impossible de considérer comme* immuables

le droit et les institutions politiques. Le Journal officiel publie aujourd'hui, par exemple, une loi qui remplace la loi d'hier; un décret contresigné par un ministre supprime une institution politique et en crée une nouvelle. Tout lemonde saisit et reconnaît que ce sont là choses passagères et périssables. On les avait à l'instant dans les mains, od ne les a plus. Mais la transformation de la morale est lente ek inaperçue ; elle marelie comme l'aiguille des heures sur un cadran. La dm eu d une vie humaine n'est souvent qu'une minute à riiorlogc de la morale. Qui peut percevoir le déplacement de la petite aigiiille? L'irislorien et le philosophe le constatent, lorsqu'un certain nombre de générations sont passées ; quant à Thommc ordinaire, «il entend bien la nouvelle, mais la loi lui fait défaut ». — I^'estHse pas naturel, qu'il cherche des points de repère quelconques aumilien du courant qui emporte les phénomènes? Jusqu'à Copernic^ le globe terrestre tout au moins avait été fixe sous les pieds de rhomme; depuis Copernic, la terre circule en tournant sur elle-même et le soleil n'est pas absolument fixe. Est-il surprenant que l'homme soit saisi de vertige et qu'il s'efforce de découvrir dans son ciel quelque étoile immuable d'aprèslaquelle il puisse régler sa course sur l'océan de la vie f Trouver de pareils points fixes et brillants à son ciel est un irréfrénable besoin de l'âme humaine. C'est à un besoin de ce genre que doivent d'exister... toutes ces « puissances éternelles » qu'il évoque. L'idée de morale fuit partie de ces « puissances éternelles » dont l'homme ne peut se passer et dont l'existence sera impérissable aussi longtemps qu'il y aura des hommes sur la terre, car Thomme cherche dans cette idée et croit- y trouver un point fixe d'après lequel il puisse se diriger dans ses actions et ses entreprises, une mesure d'après laquelle il puisse apprécier ce qui est bon et ce qui L;>t mauvais, ce qui est noble et ce qui est n ulgaire. Et ce qu'il cherche, il le trouve^ en effet, dans l'idée de moralité. Cette idée est, pour chaque homme et pour toute la vie, ce point fixe, cette mesure. — L'erreur consiste ' seulement à croire, comme le fait l'individu, que son idée*

Digitizc

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de moralité est la seule, qu'elle est immuable, qu'elle esl la môme pour toutes les époques et pour tous les peuples. Il serait toul aussi exact de prétendre que la terre soit un point ûxe dans Tunivers; mais, de même que la terre, tout en circulant éternellement, fournit à l'homme un terrain fixe pour toutes ses tendances et ses actions, de même l'idée de morale fournit à l'individu un terrain fixe sur le^éL peuvent s*appuyer son caractère, ses tendances et ses volontés. L'agriculteur ou le propriétaire d'un terrain se préoccupent-ils de ce que le sol sur lequel le premier fait passer la charrue, sur lequel l'autre se construit une maison, circule avec le globe terrestre? De même l'individu n'a pas à se préoccuper de ce que sa morale d'aujourd'hui paraîtra immorale aux générations à venir. £lie est pour lui le seul terrain fixe sur lequel il puisse tracer son sillon, édifier.

En fin de compte, l'individu, périssable qu'il est, ne trouve que dans son for intérieur ces lignes de direction sur lesquelles il se guide au milieu des fluctuations de la vie. Si l'homme s'imagine que ces lignes de repère sont en dehors de lui, ce n'est qu'en raison de l'étroitesse de ses aperçus. Vainement il les chercherait en dehors de lui, puisqu'il les a tracées lui-même à rintérteur de son être et qu'elles sont destinées à s'effacer quand l'homme périra. Mais pour lui, pour sa conduite, pour son réconfort, pour sa joie, peu importe. Qu'il soit guidé par des sentiments simplement relatifs à des personnes, tels que l'amour véritable et l'amitié, ou par la foi sincère à laquelle s'aban- * donne un esprit pieux, ou qu'il se dévoue sans arrière-pensée à des idées élevées et qu'il s'enflamme pour son peuple et pour sa patrie, pour la vérité et pour la science, — chacun de ces sentiments, chacune de ces idées est, pour l'homme, un àxe lumineux autour duquel tournera sa vie, un phare, qui lui signalera les écueîls. Telle est la morale, dont le rayonnement le console, le rend heureux, l'anoblit. Malheur à lui, s'il ne l'a pas trouvée!

Que le philosophe et le sociologiste se livrent donc à des considérations sur la façon dont s'est produite la morale, sur les transformations qu'elle subit, sur la question de

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savoir si elle est justifiée ou non, etc. A Tindividu, pour la conduite de sa vie, il suffit de posséder une morale. — On peut donc se demander s'il en aura une et laquelle il aura. Ceci dépend du degré de développement de son groupe social, de la famille dans laquelle il est né et dans laquelle il a été élevé; des impressions qu'il a reçues dans son Mifance, du milieu dans lequel il a grandi, des impressions qu'il a reçues dans son jeune âge, du sort qu'il a eu, petu-^ ^fr^ aussi des observations qu'il a faites, mais certainement aussi, à un haut degré, de l'ordre juridique qui est maintenu par rÉtat et auquel il est obligé de se soumettre.

Tendances individaelleB et néceasités sodaleB.

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