Impuissance dams les ooMAUtES législatif et poutioob
Passons à un autre domaine de « libre » agissement humain, — la législation ; voyons quelle relation il y a entre la liberté humaine et la nécessité immanente dans les choses,
dans les situations.
Ces messieurs de la majorité, qu elle soit de droite ou do gauche, ont conscience de leur rôle : ce sont eux.,, qui font des lois, eux... qui sont les législateurs de l'État. Ils vont mettre dans leur œuvre le meilleur de leur science et toute leui: sagesse. Us placent dans les commissions et les comités leurs hommes les plus éminents; ils chargent de Télaboration des projets de loi leurs juristes les plus subtils. Et les amendements aux divers paragraphes! li fauL voir comme chacun s'efforce d'étaler tout l'esprit qu'il peut tirer de ses cases cérébrales. — Ët quel est le résultat de toute cette consommation d' « intelligence », de toute cette consommation de pensées <c libres »?
G^st généralement un misérable assemblage de pièces et de morceaux, qui ne se transformera en une loi passable, correspondant aux besoins, qu'après avoir été ravaudé et mis en harmonie avec les conditions réelles de la vie, avec la nécessité immanente en elles! Savigny appelait ce phénomène un manque de vocation législative et il l'attribuait à « notre époque ». Va pour le manque de vocation, mais aucune époque antérieure n*a été sur ce point meilleure que la nôtre et aucune époque à venir ne le sera. — Les législateurs ne pourront faire des lois pratiques qu'en se pliant aux besoins immédiats^ en tenant compte des intérêts véritables^ bref en se conformant aux nécessités sociales, et c'est ce qui avait toujours lieu autrefois. Mais, dès que le législateur monte sur les grands chevaux de la doctriae, dès qu'il érige
des principes idéaux et qu'il prétend en déduire des lois pour créer un droit idéal et une justice idéale, — en un mot, dès que, au lieu de subir la nécessité sociale, il entre dans la région de Factivité intellectuelle libre, pour faire des lois...
non d'après des besoins et des intérêts réels, mais d'après des idées^ — dès lors il montre, dans ses œu\Tes législatives, ce manque de vocation indiqué par Savigny.
Le manque de « vocation » pour Tactivilé « libre » s'accuse à un degré bien plus élevé encore dans le donudne de la politique. Ici toutes les formes créées librement sont de déplorables spécimens qui, pour correspondre à la nécessité
sociale et acquérir quelque consistance, ont beboiii d'être remodelées par les véritables intérêts et les véritables besoins, ces puissants modeleurs. Sur ce terrain la grande maladroite est la u liberté » humaine « diplomatique »; tant qu'elle n'a point passé par l'école de la nécessité sociale» il lui manque la sûreté, la précision indispensables.
Ce qui accuse la caducité des créations de la liberté humaine, surtout en politique, c^est qu'ici, — ici <fh la nécessité naturelle et éternelle de passer et de changer se montre le plus inexorable, — ici précisément se fait sentir avec le plus d'énergie la tendance principale de tout libre agissement humain : la tendance à conserver et à acquérir.
Toutes les pensées, tous les efforts des hommes d'Etat ont pour objet la conservation, plus des acquisitions politiques et nationales; la nécessité naturelle de passer et de changer ne peut donc se frayer son chemin qu'en renversant violemment toutes les institutions humaines libres. De là vient qu aiu unc institution politique ne peut être fondée sans violence et sans destruction, sans luîtes pénibles et sans effusion de sang. — Ici donc la liberté humaine, dirigée dans le sens de la conservation et de l'acquisition, joue le r6le le plus pitoyable, tandis que la nécessité sociale, invariablement dirigée dans le sens de Fanéantissement et de la transformation, se manifeste dans sa sublimité la piu6 eilru) able.
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