HISTOIRE DE L'HUMANITÂ : VIE DU GENRE HUMAIN
c'est un crime. En ce qni concerne la valeur de la vie, la situation sociale respective des sexes, rinslitutioii du mariage, etc., les diverses civilisations se meuvent toujours dans le même cercle vicieux, de chacun des points duquel le point opposé nous paraît plus bas, — bien que le nôtre paraisse également plus bas quand il est vu de l'autre bout du diamètre. On ne peut donc rien dire sur les problèmes moraux et sociaux, qui n'ait déjà été dit autrefois. Tout ce qui nous parait neuf et original, ft Tégard de ces sujets, n*est qu'une nouvelle combinaison d'anciennes pensées et d'anciennes opinions. Cette combinaison, à vrai dire, procède d'une nouvelle conception individuelle, car dans la nature il n'y a dlnûniment varié que ce qui est individuel : l'individualité.
Celle-ci crée toujours de nouvelles combinaisons en puisant dans la provision de pensées individuelles^ aussi vieille que l'humanité. Mais, s'il était possible qu'un homme connût toutes les pensées des siècles écoulés, s'il était donné à quelqu'un de connaître... ne serait-ce que tous les philosophes et tous les penseurs de tous les temps et de tous les peuples, cet homme aurait beau jeu à nous exposer son système le plus personnel, sa conception du monde la plus individuelle, en se bornant à des citations de ses prédécesseurs. Bastian ne fait-il point quelque chose d'analogue? Cette téte phénoménale nous donne souvent des développements très originaux, tout en citations d'écrivains étrangers. L'ensemble est un produit bien spontané de son individualité, mais sa mémoire merveilleusement développée lui permet daller chercher, dans les œuvres des penseurs de tous les temps et de tous les peuples, les pierres tout taillées, à l'aide desquelles il édifie son système.
La conception individuelle est neuve ; les matériaux sont vieux comme l'humanité. Dans le domaine de la philosophie morale et sociale, il n'y a point de matériaux nouveaux : on ne fait que reproduire toujours, consciemment ou inconsciemment, les matériaux existants; on n'en crée jamais de nouveaux» Ici, où il ne s'agit point d'inventions et de découvertes comme il s'en produit dans le domainé des forces
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PROGRÈS BT NOUVBiUTÉ.
naturelles, Imtellect humain a de tout temps mesuré la sphère de découvertes que son organisation lui rend a^essible, et il ne peut jamais s'élever au-dessus d'elle.
Ici les conceptions de l'esprit humain ressemblent aux images d*un kaléidoscope : les combinaisons peuvent être nouvelles et originales, ou du moins elles le paraissent, les matériaux sont toujours les mômes. Mais, comme les penseurs et les philosophes rôdent depuis des siècles autour de ce kaléidoscope, il ne peut manquer d'arriver parfois que quelques parties d'une image d'ensemble se répètent exactement ; quant au retour d'une de ces images d'ensemble, cela est bien problématique, car les combinaisons sont innombrables. Lor8({ue nous cherchons à nous rendre compte des différences que présentent les diverses images, nous les attribuons, et avec raison peut-être, aux individualités.
Justice dans rUstoire.
Rien n'ébranle autant, dans Tespiit crédule et simple, le concept d'une « Providence juste )> que l'observation de Tin-
justico du monde, observation qui, dans la vie humaine, s'impose à chaque pas. En dépit de toutes les pénibles explications et jusliiications Ihéologiques, un doute vient com^ promettre la naïve croyance en Dieu et ronger le cœur pieux : Toute l'injustice dont déborde la vie bumatne est-elle roBUvre d'un Dieu de bonté et de justice? Telle est la conséquence nécessaire, inévitable, de l'anthropomorphisme qui se représente Dieu à l'image et à la ressemblance de l'homme et qui, par suite, lui attribue une « justice » humaine. — Or ce qui s'accomplit dans le monde et dans la vie ou, à proprement parler, dans la vie et dans l'histoire, ce n'est aucunement de la justice humaine; c'est plutôt une justice historique. Celle-ci, du point de vue humain, ne peut apparaître que comme une monstrueuse injustice. C'est que l'homme applique aux événements de la vie sa fausse mesure individuelle, bien que ceux-ci s'accomplissent d'après une autre mesure, — d'après une grande mesure sociale, pour ainsi dire, — et demandent à être jugés d'après celle-ci. A appliquer à ces choses la mesure individuelle humaine, on se trouve en défaut.
Qu'est-ce que les hommes entendent communément par justice? Une certaine mesure dans la répartition des biens matériels et moraux. U y a deux notions de justice. L*une part de la complète égalité de tous les hommes et demande en conséquence pour chaque individu une part égale de droits et de biens; l'autre tient compte de l'inégalité de