JUSTICE DANS L'HISTOIRE
ceux des forces naturelles, — il n*y a ni justice ni injustice. U ne saurait davantage être question de justice ou d'injustice, à propos de la destinée d'un peuple ou d'un individu. Cette destinée est simplement l'effet de causes qui se trouvent en partie dans l'objet, en partie dans les forces naiurellos de rhistoire et de la nature. U n'y a donc dans l'histoire quune seule justice, si l'on tient à appliquer cette catégorie à la relation entre rhistoire et Thommc : c'est la conformité entre les effets et les causes : telle est la justice que nous trouvons toujours et partout réalisée dans rhistoire avec une inexorable rigueur.
Dans la vie et dans l'histoire, chacun subit la destinée qui est déterminée par sa structure naturelle; toutefois la structure naturelle de chaque individu ne dépend pas de lui, mais, comme nous l'avons vu plus haut, du milieu social duquel il procède. S'il n'y a que rarement proportionnalité entre la valeur individuelle et la destinée individuelle^ c'est la destinée... qui en est cause, car la destinée atteint l'individu, pour ainsi dire, d'après la proportion afférente à la valeur générique de celui-ci. La valeur individuelle peut être différente, le développement historique ne s en inquiète point.
Voilà pourquoi l'individu subit souvent une injustice qu'il ne mérite pas, mais qui est l'effet naturel de causes gisant dans le passé du milieu social de l'individu. De là vient que, comme rhistoire nous en fournit maint exemple, les descendants expient les « péchés » de leurs ancêtres. Ceci est bien naturel, car le développement du processus historique dépend de la structure et des conditions des sujets de ce processus; mais ces sujets, comme nous l'avons vu, ne sont point les individus : ce sont les milieux sociaux dans lesquels ces individus se trouvent plongés à titre de résultats.
Le cours de l'histoire, les événements historiques... sont adéquats à ces structures et conditions des milieux sociaux, — et cette adéquatité des événements historiques aux
structures et conditions des sujets du processus naturel historique est ce que nous sommes obligés de reconnaître
370 HI8T01RB DB L*BUIIANITÉ : YIB OU GBNRB BUMAIN.
comme étant la justice historique. Il n'y a poiDt d'autre justice dans Thistoire ni dans la nature.
Parlant, l'alpha et l'oméga de la eooiologie, la coniiai8saDce la plua élevée qu'elle ait atteinte et son dernier mot c'est : rhisioire humaine^ processus natureL Des gens à courte vue, empêtrés dans des opinions héréditaires de liberté humaine et de libre arbitre, s'imaginent que le fait d'avoir reconnu cela nuit à la morale, la sape. Cette reconnaissance, au contraire, est le couronnement de toute morale humaine, car elle nous fait voir, sans que nous puissions nous dérober à cette vue, que rhomme, quelque désolante que soit cette constatation, est subordonné uniquement aux lois naturelles qui dominent l'histoire..
La sociologie, en contribuant à reconnaître ces lois, contribue k l'avènement d'une morale de résignation raisonnable : par conséquent, d'une morale supérieure à celle qui, s'appuyant sur une liberté et un libre arbitre imaginaires, élève l'individu sur un piédestal démesuré et lui donne des aspirations insensées... se trahissant par des crimes abominables contre l'ordre social régulier.
APPENDICE A CHAPITRE IV, §§ 6 à 8,
Pouvoir et droit.
Le présent « Précis » est incomplet & plusieurs égards. Je n*ai pas traité, par exemple, des phénomènes psychiques sociaux du langage et de la religion. C'est parceque je leur ai consacré de grands développements dans La lutte des races. Je renvoie le lecteur à ces développements; je désirerais, du reste, que les « recherches sociologiques » publit'os sous ce titre fussent considénk^s en partie comme un travail préliminaire à cette étude, en partie aussi comme un complément. Pour une raison analogue, j'ai omis dans le présent exposé la question spéciale du rapport entre le pouvoir et le droit. D*abord, l'ayant déjà traitée avec beaucoup de détails dans mon ouvrage « Rechtsstaat \md Socialismus », je serais obligé de me répéter, les observations qui m'ont été présentées par plusieurs critiques n'ayant pu me décider à changer ma manière de voir. En outre, j'ai, dans le présent Précis j examiné à fond la naiS'sance et le développement du droit ; en y élucidant l'essence de rÉtat et de la lutte sociale, j'ai suffisamment fait con* naître le point de vue auquel je me place dans la question du pouvoir et du droit;
Néanmoins, je ne crois pas pouvoir passer sous silence les critiques que le professeur Merkel, de Strasbourg, m'a adressées précisément en raison du point de vue auquel je me suis placé dans cette question : cet honorable savant m'a fait l'honneur de commenter mon livre dans le Schmol" ler'sehes Jakrbuch » de i88i, fascicule lY, p. 301.
Ce philosophe du droit renvoie à l'article qu'il a lui-même publié sur le même sujet, « Reeht und Macht », dans le fascicule précédent de la même revue. Or cet auteur, si je ne
Zn • BISTOIRB DB L'HOMàNITB : VIE OU 6SNBB HUMAIN. ■
m'abuse, avant d'écrire cet article, avait pris connaissance du contenu de mon livre « Rccht^staat und Socia/ismus et cette lecture, je pense, n'a pas été étrangère à l'inspiration de l'article. Je crois doue être autorisé à considérer celui-ci comme partie intégrante de la critique de mon livre. Merkel, dans la courte Afmanôe que contient le fascicule IV, se borne à énumérer sommairement ses objections, qu'il a déjà motivées à fond dans l'article précédent « Beeht und Macht ». Cette distribution opportune facilitera singulièrement ma réplique. — Avant tout, je constate avec salisfaction que le point de vue de Merkel n'est pas aussi éloigné du mien qu'on pourrait le croire d'après son Awwnce, car entre mes développements et son article je ne puis déconvrir aucune différence de principe. Je me bornerai donc à montrer que les objections faîtes dans VAnnance sont déjà, sinon complètement annulées, du moins notablement affaiblies par les aveux de l'article.
Prenons la première objection. Comme j'ai affirmé qu'il y a une différence « essentielle » entre le droit politique et le droit privé, Merkel formule ainsi son appréciation : « Lies différences existant en réalité entre ces parties du droit sont en partie exprimées exactement, bien qu'en général avec exagération, mais, pour le reste, tout ce qui est démontré par le travail de Gumplowicz, c'est que cet auteur n'a point reconnu les choses communes existant en même temps. »
Cette objection est exacte en ce que mon ouvrage, dans toute son économie, tend à démontrer la différence de principe^ la différence absolue, entre le droit politique et le droit privé. Pour ce faire, du reste, je n'avais intérêt à insister que sur les différences capitales. Je n'ai point nié les choses communes existantes; il est difficile de ne point les reconnaître, étant donné que toutes les publications juridiques établissent sur elles ^identité de ces deux « droits ». Il ne pouvait entrer dans le plan de mon ouvrage, car cela aurait été superflu, d'énumérer à satiété ces choses communes existantes; mais, malgré celles-ci, la différence absolument essentielle entre ces deux parties du droit existe réellement, comme je Tai affirmé : je puis le démontrer, même
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