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LES TROIS CLASSES DE PUENOME^NES

manière, dans l'acte de vouloir, nous pouvons nous contenter de la réponse, et dès lors on ne fait plus qu'ergoter lorsqu'on vient nous parler de détermination ayant lieu en vertu des luis naturelles, lorsqu'on soutient que la volonté s'exerce fatalement. » Comme si la raison et l'aspiration ne pouvaient pas être le produit de processus naturels et ne Tétaient pas en effet! Comme si l'on ne pouvait parfaitement soutenir que le développement de la raison ainsi que de l'aspiration et de la volonté (c'est-à-dire de l'aspiration influencée et engendrée par des motifs) s'effectue en vertu de lois naturelles 1

D'erreur en erreur Rùmelin (toujours on qualité de fidèle d(^fenscur de Topinioii dualiste tout entière) arrive à nous dire qu'il croit « avoir ?)ionfn} ([\iq la loi psychologique est de tout autre nature et de tout autre forme que la loi physique et que par conséquent elle ne peut guère rentrer dans la même formule que cette dernière ».

Tout cela, comme je l'ai déjà dit, est parfaitement logique; mais la prémisse sur le libre arbitre et la détermination personucllu est fausse. Rùmelin, du reste (et c'est ce qui l'excuse) peu! avoir raison de dire qu'on ne lui a pas encore démontré avec évidence (jue l'individu soit lié par la société; cela, nous le reconnaissons absolument. « Je ne puis arriver à croire que toutes les recherches sur la relation entre l'individu et la société aient abouti au delà..., tant soit un peu au delà du concept d'une action réciproque intime et s'exerçant de tous côtés, dans laquelle, bien qu'à des degrés très dilîérents, tous, donnant et recevant à la fois, ont simullanémont un rôle actif et un rôle passif. » Co défaut de démonstration suffisante, éprouvé encore aujourd'hui, ne change cependant rien au fait do la non-liberté du Vouloir. Le réie d'un penseur-philosophe était de ne pas se buter à ce que la preuve n'avait pas été fournie par d'autres, mais d'étudier lui-même la question, de chercher lui-même la réponse.

Si Riimelin avait fait cela sans préjugé (ce dont il était, à vrai dire, fortement enipAché par son dualisme), il aurait peut-être abandonné sa fausse prémisse du libre arbitre, il

116 BASES £T NOTIOiNS FONDAMENTALES.

aurait renoncé en môme temps à toutes les fausses déductions qui en découlent, et il n'aurait point prononcé un long discours sur la façon dont agissent les hommes de génie qui se sont distingués dans l'histoire universelle : un discours que n'aurait pas dù faire, à la fin du xix" siècle, un professeur laïque^ dans une université allemande 1 Nous disons « laïque », car le point de vue auquel se place Rùmelin est purement théologique et d'une nature telle qull convient uniquement et exclusivement à toutes les théologies.

Le dualisme de l'esprit et de la matière est ^effectivement une base de toutes les religions et les religions sont un besoin de l'esprit des masses; la liberté et la détermination par soi-même, conséquences nécessaires du dualisme, font partie intégrante de tout système religieux. 11 ne nous incomberait donc point de combattre ici le dualisme, même si la philosophie moderne et la science de la nature ne nous avaient point ôté la peine de fonder le monisme. Ce dernier est aussi exact et aussi vrai que le premier est nécessaire pour l'esprit de la généralité des hommes. Ce n'est point pour cette généralité que nous écrivons. Elle n'a qu a. laisser notre livre sans le lire. Nous nous adressons aux partisans du monisme et il ne s'agit pour nous que de développer les conséquences du monisme sur le terrain social, ce qui doit être précisément la tâche unique de la sociologie.

Lois générales.

Avoir démontré Tictorieusement, comme Ta fait de nos jours la seience de la nature, que « Tesprit de l'homme >»

est lui-même soumis à des lois physiques, que les phénomènes intellectuels reposant sur l'esprit de l'individu ne sont qu'une émanation de la matière et que par suite ils sont do simples contre-coups des lois physiques... n'impliquait pas encore dans ces tout derniers temps la domination de lois naturelles invariables sur le terrain des phénomènes sociaux; car le fant(^me de la liberté humaine, de cette liberté qui paraissait avoir la prétention de dominer les choses sociales et de les régler à son gré, ne cessait de réapparaître entre le monde social et les phénomènes « intellectuels » dominés par les lois de la matière ; car le monisme bornait ses indications et ses démonstrations au domaine dos phénomènes intellectuels dans le sens étroit du mot. Ici ia science naturelle moniste a démontré, d'une part, la souveraineté absolue des lois physiques, d'autre part l'impossibilité de la présence d'autres facteurs. Sur le terrain des phénomènes sociaux, au contraire, le monisme a encore à vaincre. Le dualisme, battu sur le terrain des phénomènes intellectuels, s'est retiré en la région des phénomènes sociaux et s'y est retranché dans de massives forteresses. Tant que l'ennemi n'aura pas été c^iassé de ces repaires, le triomphe du monisme ne sera pas complet. \ Cette lâche reste & accomplir; c'est ce qui a rendu nécessaire notre classification, notre distinction entre phénomènes intellectuels et phénomènes sociaux, car c'est une ancienne règle de tactique que de désugréger l'armée

ennemie et d'attaquer séparément les bataillons dispersés. Or une question capitale s*impose au monisme sur le terrain social ; le monisme sera justifié s'il parvient à la résoudre : c'est celle de Texistence de lois wùverseiies, de lois applicables non seulement dans le champ des phénomènes physiques et des phénomènes intellectuols, mais aussi dans le rlianip des phénonièiies sociaux. S'il existe des lois de ce genre, la doctrine moniste est exacte et fondée ; si l'on ne peut pas en trouver, le monisme est comme le dualisme une hypothèse non démontrée.

L'existence de lois générales de ce genre» de lois ne se manifestant pas moins sur le domaine social que sur le domaine physique et intellectuel, est encore énei glquement contestée aujourd'hui, nous l'avons déjà vu, malgré de nombreux essais de démonstration.

Les premiers ih'fcnseurs du monisme dans le champ des phénom5nes sociaux sont eux-mêmes, à la vérité, responsables de cet insuccès.

Avec beaucoup d'ardeur et moins de réflexion, ils croyaient pouvoir tout simplement transporter sur le terrain des phénomènes sociaux les lois découvertes sur le terrain des phénomènes physiques : lois de l'attraction et de la répulsion, loi de la pesanteur, 'etc. D'autres savants crurent voir, dans les formes sociales, des choses analop^ucs aux organismes animaux et pouvoir admettre que toutes les lois applicables à ceux-ci s'appliquaient également à celles-là. Nous avons déjà signale ailleurs ce qu'il y a d'inexact dans ces hypothèses ; nous compléterons plus loin ce que nous avons dit à ce sujet.

Du reste, ces erreurs de]|^détaii ne diminuent en rien l'exactitude de la penséejprincipale : qu'il existe, en vérité, des lois dominant également les domaines... physique, intellectuel, social. De la' découverte" de ces lois universelles dépend la justification scientifique de la sociologie; ce n'est que par [la démonstration de leur réalité qu'il est possible de fonder la sociologie en tant qae science.

Nous allons en signaler^^quelques-unes.

Mais auparavant, il nous faut commencer par répondre à cette question: Jusqu'à quel point peut-on admettre qu'il existe des lois générales, communes à des phénomènes aussi différents que les phénomènes physiques, intellectuels et sociaux ?

Évidemment, il ne faut pas descendre trop profondément dans ce qui est spécial et dans ce qui a rang d'espèce, car

ce qui est conmimi cesse au\ confins des territoires spéciaux. Par conséquent la communauté des lois pour ce qui est intellectuel et social cesse là où commence la nature physique.

11 y a une objection à laquelle nous pouvons nous attendre : c'est que nous empruntons ces lois générales à une sphère d'abstraction... si élevée que tout ce qui est particulier s'évanouit dans le concept de Texistcnce pure. Cette objection est sans valeur, car nous ne chercherons pas ces lois générales dans cette sphère supérieure de concept d i xibtence... où, à la vérité, (?lles sont faciles ù trouver, mais où elles seraient sans importance. Nous essayerons de les trouver dans la sphère des modalités d' existence»,, qui touche aux particularités de ces trois domaines; nous estimons que ee sera remplir notre tâche. Ce fut la principale erreur de nos prédécesseurs, de chercher ces lois dans la sphère inférieure de l'un de ces domaines : celle dos phénomènes naturels physiques. Nous ne voulons point lomher dans la même faute. Nous ne cherchons donc point à généraliser, comme ils l'ont fait, des lois de la vie organique qui appartiennent au champ particulier de la nature physique, ni à les appliquer aux champs particuliers des phénomènes psychiques et Bocîaux. Mais nous pouvons chercher nos lois générales dans la sph'ère des modalités d'existence de tout ce qui est ; nous ne pouvons pas les chercher ailleurs. Nous nous contenterons de posséder, dans les lois trouvées ici, les clefs qui, selon l'expression de Bai»lian, ouvrent toutes les portes.

Maintenant, énumérons, à ti^e d'exemples, ces lois générales.

BASES BT NOTIONS FONDAMBNTALBS.

a. — La loi de causautA.

La loi de causalité s^appiique sur notre terrain comme «ur celui des phénomènes physiques et intellectuels. Tout fihénomène social est un effet nécessaire de causes antérieures. Il n'y aucun phénomène social qui procède, sans condition préalable, du néant des caprices individuels. La proposition du motif suffisant s'applique sur le terrain social comme ailleurs. Tout phénomène social, politique, juridique ou économique doit avoir sa raison dans une ou plusieurs causaiionê sociales. Il doit y avoir, comme sur le domaine |)hysique et intellectuel, un rapport d'égalité ou de proportionnalité de force entre la cause et l'effet. Quelque trompeuses que puissent être les apparences, un fait individuel ne produira jamais un fait social ; l'acte d'un individu ne créera ou ne modifiera jamais un l'tat social ; il n'y a qu'un état social... pour produire un aulre état social. Dénionlrer dans le cas donné l'exactitude de cette connexion, lulle est la lâche d'une histoire vraiment pragmatique.

b, — La loi de développement.

La loi de développement est parallèle à la loi de causalité; il se peut qu'elle en soit une émanation. Tout phénomène social n'est qu'un facteur, une phase momentanée -d'un développement se prolongeant entre un commencement «t une (in, bien que souvent on ne puisse encore apercevoir -eelle-oi. Toute organisation sociale, tout État, toute société, tout droit, toute branche d'économie parcourt un dévelop* pement. Nous pouvons en distinguer nettement les commencements, les progrès, souvent aussi déjà le ralentissement et l'arrêt.

Certes, il ne faut pas confondre les manifestations de •cette loi sur le domaine social avec ses manifestations sur le domaine physique et voir, dans les formes sociales, des cellules, des cotylédons, des tiges, des fruits ou même des «œufs, des embr}'ons, des organes respiratoires ou digestifs

en voie de fonnaiion, etc. De pareilles analogies écartent de la vérité, obscuroîssent le regard scientifique et ne donnent pas de résultat exact. La manifestation de la loi du dévelop* pement sur le terrain social est une manifestation sociale,

et, pour chaque phénomène spécial sur ce terrain, elle correspond à la nature spéciale de celui-ci.

Pour arriver à des résultats scientifiques sérieux, il faut se tenir strictement à la nature sociale de ces phénomènes et ne point s'égarer dans les manifestations de cette loi sur d'autres terrains.

c, — La loi D£ régularité de DÉVELOPPEMëKT.

La notion de développement n'implique pas par ellemême et par elle seule la notion de développement régulier, c'est-à-dire de développement se poursuivant à travers une série de phases pareilles ou analogues. De fait cependant le développement de ce qui est sur ces trois domaines est conforme à des règles ou, si Ton veut, à des lois. Avoir reconnu cette loi de régularité sur le domaine social, c'est le grand mérite des écoles historiques dans les diverses sciences sociales, telles que la science du droit, l'économie nationale et môme la science du langage, que d'après notre délinilion précédente nous comptons au nombre des sciences sociales, car d'après les critériums indiqués plus haut nous ne pouvons nous dispenser de considérer le langage comme un phénomène social. Cette régularité de développement, que nous admirons dans le ressort de toute la nature physique et qui rftgne aussi sur le terrain intellectuel, est en vig:ueur sur toute la série dos pln-nomènes sociaux tels que l'Etat, le droit, Téconomie politique et le langage.

d, — La LOI DE pûnoDiaTÉ.

La régularité du développement se transforme, sur tous . les terrains de phénomènes, en une périodicité qui, partout oh nous pouvons apercevoir l'ensemhle d'une marche de développement, se présente comme un cycle d'existence,

depuis rorigine jusqu'aux phases du déclin et de la ruine en passant par coileb de l'enforcissemeni et du perfectionnement. Il est vrai que ces phases de développement se manifestent de façon différente sur chaque terrain spécial de

phénomènes. Là des sucs circulent, le corps prend de la vigueur, les organes croissent, etc. ; là (sur le territoire intellectuel) une pensée se produit, elle prend une base, elle s'étend et devient importante, puis elle perd tout et l'on en reconnaît le néant; ici enfin (sur le terrain social) un rapport social se produit sur une petite échelle, il s'étend à une grande collectivité, il est adopté par un nombre de personnes de plus en plus considérable, il exerce une influence décisive sur de grandes masses, il est ensuite miné et désagrégé par d autres (^tals sociaux ; il disparaît sans laisser de traces. IJref, sur chacun des trois domaines, la loi de pth'iodicité se manifeste autrement, mais partout elle possède la valeur d'une loi générale.

^. — La loi dk complexité.

De même que, dans la nature physique il y a, non pas des régions de corps simples et seuls, mais seulement des mélanges ou des combinaisons; de môme que, dans le domaine intellectuel, il n'y a que dos choses complexes (telles nos conceptions et nos pensées, telles aussi nos forces intellectuelles), de môme les phénomènes sociaux qui nous entourent sont extrêmement complexes : ce sont des formes composées d'éléments etjssues d'éléments. Tout État, tout peuple, toute tribu est complexe à maints égards. Tout droit, toute proposition de droit est complexe, Tunet l'autre étant composés d'éléments : opinions, conceptions, idées et principes. Toute gestion ou exploitation en commun est un complexus de situations ou manières d'être, d'activités, de rapports. Toute langue est un magma d'éléments linguistiques infiniment variés.

De cette complexité résulte la possibilité de l'analyse. Cette opération, sur le terrain des phénomènes physiques, conduit aux corps simples; sur celui des phénomènes Intel-

LOIS GËiNÉKALES. 123

leetuels, elle coudait aux notions les plus élevées et aux fonctions intellectaelles les plus simplès. Sur le terrain soeial, elleeonduit aux formes sociales les plus simples que Ton puisse imager : ainsi, elle conduit de TÉtalet du peuple

à la liurde primitive, de l'institution de droit bien développée aux rapports de fait qui commencent, de la vio économique en commun la plus compliquée à la satisfaction matérielle des besoins la plus simple, de la littérature la plus florissanté à l'expression la plus simple de la pensée par les sons et les gestes.

/. — AcnoM RÉCIPROQUE d'élémemts hétérogènes.

Comme conséquence de la complexité, on rencontre, dans tous les phénomènes du monde physique, intellectuel et sociaj, l'action réciproque des éléments hétérogènes réagissant les uns sur les autres. Inliniment variée dans sa manifestation spéciale sur les divers terrains, elle parait être partout comme le premier motif de tout développement et le plus important. On a reconnu depuis longtemps que cette force a une grande importance pour le processus social, mais on a ou le tort de la chercher dans les réactions entre homme et homme (individualisme et atomisme] ; on la désignée tantôt par les noms d'amour et de haine, tantôt par les expressions de sociabilité et de lutte réciproque {bellum emnium canira amnes). Avec notre procédé d'examen, on reconnaît ce qu'il y a d'inexact dans cette manière de voir. On ne peut pas constater une réaction entre individus, qui s'appliquerait complètement et partout, car ce (jui a lieu entre homme et homme d'un groupe n'a plus lieu entre hommes d'un autre groupe. Ici il i»eut y avoir amour et sociabilité, là haine et désir de lutte. C'est pourquoi les divers philosophes, selon qu'ils ont considéré l'intérieur d'un groupe ou les rapports des groupes entre eux, ont pris et donné l'un ou l'autre de ces modes de relation pour le mode normal et en vigueur. Mais aucune des assertions émises à ce sujet n'était exacte, aucune n'étant générale. Pour ériger une loi générale, s'appliquant toujours et

12i BASES ET NOTIONS FONDAMENTALES.

partout aux forces de réaction immanentes dans les phénomènes sociaux, il faut envisager comme éléments... non pas les individus isolés, mais les divers groupes sociaux ; dès lors, on peut trouver une formule qui s applique sans exception à l'action réciproque de ces éléments hétérogènes. Car ces élùinciits hétérogènes, les divers groupes, exercent les uns sur les autres une réaction qui, dans sa cause la plus profonde, est toujours et partout la même, issoitde'lamème excitation, correspond à la même loi, tout en présentant, d'après la nature particulière des divers groupes, selon les époques et les circonstances, des manifestations différentes par la forme.

A prétendre trouver, pour celte action réciproque d'éléments hétérogènes, une formule générale et précise, une expression plus exclusive, on court le danger de s'empôlrer dans des analogies creuses et do généraliser une formule valable seulement pour des terrains spéciaux de phénomènes.

-Toutes les métaphores sont périlleuses. A présenter, par exemple, un processus d'absorption d'éléments dis8embld>les, dans le domaine social, comme une manifestation de la loi

générale de l'action réciproque, on courrait le risque do se tromper, car, si, dans maints domaines physiques, il peut V avoir des faits se rangeant sous cette loi, il pourrait, dans le domaine social, n'y avoir que de vaines analogies. D'autre part, on a souvent désigné les manifestations de cette réaction dans le domaine physique, notamment dans le domaine inorganique et dans le domaine végétal, comme une lutte pour l'existence : c'est là évidemment une image tirée de la considération du domaine animal et du domaine social, mais ne convenant pas au domaine physique.

Par conséquent, pour nous en tenir à la loi générale applicable à tous les terrains de phénomènes, il faut nous borner & ne parler que d'une action réciproque des éléments hétérogènes et à ne préciser davantage la manifestation de cette loi générale... sur chaque terrain spécial... qu'au . moyen d'une formule spéciale applicable à celui-ci.

LOIS 6<MfiRALBS,

^. — > FlNAUTÉ GÉNÉRALE.

Il n'y a qu'un mot... cpie l'on pourrait prononcer pour caractériser cette réaction générale entre les éléments hétérogènes : le moi /moitié j toutefois seulement dans un sens

spécial, parfaitement déterminé.

C'est que celte réaction produit partout des états qui favorisent le développement ultérieur des pliénomùnes la * concernant ; il existe donc, vu ce développement naturel^ ultérieur^ une loi de réaction conforme au àut, s'appliquant sur tous les territoires de phénomènes.

Sur le terrain physique, la science naturelle a démontré partout cette finalité de la réaction naturelle. Le botaniste sait « à quoi » les feuilles servent à la plante ; le zoologiste sait H à quoi » sert la constitution spéciale des appareils respiratoires des oiseaux et même celle de tout organe animal. Sur le domaine de 1 esprit, on a également reconnu la finalité du développement naturel. Il est vrai que sur le terrain social elle a été très contestée; plus les uns la défendent ardemment (conservateursi école de Manchester, optimistes), plus les autres (révolutionnaires, socialistes, pessimistes etc.) l'attaquent vivement. Mais, en dépit de toutes les contradictions, il est un point sur lecfuel les avis ne sauraient être partagés : c'est que tout développement social, tout fait social acquis vont à un but déterminé. On peut discuter sur la valeur et la moralité de cette fm, mais la seule signification de la loi de finalité générale est précisément que, sur aucun terrain de phénomènes, il n'y a action et Devenir qui n'aient un but. £t, puisque pareillement, sur le terrain social, rien n'arrive à exister sans but, on peut ici également parler d'une intelligonco immanente en tout Devenir social.

h, — Identité d*s8SBNCB i»esfohcbs.

La réaction entre les éléments hétérogènes de toutes les complications se produit par suite de certaines forces qui

m BASES ET NOTIONS FONDAMENTALES.

résident dans ers éléments ou qui issoient de leur contact. Ces forces restent égales à elles-mêmes, à travers tous les temps, sur chacun des divers terrains de phénomôoes. C'est ce que nous appellerons l'identité d'essence des forces* De même que les forces agissant sur le domaine physique étaient de toute antiquité les mêmes que celles agissant aujourd'hui sur ce même domaine, — de même sur le domaine intellectuel et social. La pensée, le sentiment et la volonté ont de tout temps mû l'homme de la môme manière et de la même manière gouverné ses actes; et de même les forces agissant sur le domaine social, c'est-à-dire les causes agissantes auxquelles nous devons conclure d'après les effets qui se produisent... ont été les mêmes depuis les époques les plus lointaines. Ainsi l'identité d'essence des forces est une loi générale qui nous apparaît sur tous les terrains de phénomènes.

t. — Identité d'essence des processus (i).

Une conséquence nécessaire de la loi précédente, c'est l'étemelle identité d'essence des processus sur tous les terrains de phénomènes. Sur le terrain physique elle a été depuis longtemps reconnue. La force calorifique inhérente

aux rayons solaires, en apssant depuis des millions d'années sur le sol humide, a toujours causé les processus de véfjétation qu'elle produit aujourd'hui ; elle les produira toujours ; les vagues de la mer, en se brisant sur les falaises, ont toujours déterminé les processus qu'elles provoquent aujourd'hui. De tout cela personne ne doute. De même, personne n'en doute, dans le domaine intellectuel, les forces intellectuelles de rhonime ont entraîné, à toutes les époques et sur toutes les zones du globe, les mêmes processus qu aujourd'hui. Toujours et partout les hommes pensent, sentent et se livrent à l:i poésie: et même les produits perceptibles de ces proce>>u5 intellectuels sont toujours et partout identiques au fond; ils ne diilèrenl que de forme,

(1) Voir La luile detraeetf p. 171 t/i toi vantes.

LOIS GËNàBALBS. iS7

selon les temps et les circonstances. Le Kamtcbadale

chante sa chanson comme le Français; le penseur chinois se livrait à la philosophie, il y a des milliers d'années, comme récemment lo sage de Konigsberg ; l'architecte des pyramides dessinait ses plans, il y a des milliers d'années, comme font aujourd'hui les ingénieurs européens. L'éternelle identité d'essence des processus est donc évidente dans le domaine intellectuel. — Quant à lldentité d'essence des processus sur le terrain social, on en est moins conscient, mais elle est la môme. Si l'on a insuffisamment reconnu celte loi, cela tient à ce que l'on méconnaissait les éléments constitutifs des phénomènes sociaux, à ce qu'on les cherchait dans les individus, au lieu de les chercher dans les groupes naturels, et à ce que par suite on ne pouvait reconnaître l'identité d'essence des forces agissant sur le terrain social. Mais, depuis que l'on a reconnu ces dernières, il est difficile de se refuser àreco^aitre que les processus sociaux présentent, eux aussi, une éternelle identité d'essence. Toujours et partout le droit a surgi de la même manitre; il en est de même pour ies Étais, les langues, les religions etc. ; toujours el partout les processus économiques ont été régis par les mêmes forces ; de toute éternité ils sont partout identiques d'essence ; seulement ils différent de formes^ selon les temps et les circonstances.

k, — La loi de paralléusaus.

Sur tous les terrains de phénomènes, nous trouvons, dispersés à toutes ies distances, des faits semhlables, sans connaître la cause première de cette similitude. Sur le terrain physique, on attribue cette similitude tout simplement à l'identité des forces agissantes; par contre, sur le terrain intellectuel, on est déjà plus disposé à la considérer comme émanant de certaines connexions; sur te terrain social on Tattribue géiiéralcaieiit à des rapports de parenté et à des relations historiques. De fait, ces analogies sur tous les terrains de phénomènes reposent sur quelque chose de primaire que nous sommes provisoirement forcés d'attribuer à

m BASES BT NOTIONS FONDAMBNTALBS.

une loi de parallélisme, faute de connaître cette chose dans sa véritable précision. Adnieltre cette formule nous préserve de déclarations évidemment fausses et erronées (i).

La cause pour laquelle on attribue sans plus à une sioiilitude de forces agissantes et de processus naturels les parallismes que nous rencontrons partout en si grand nombre sur le terrain physique, pour laquelle au confire nous reculons devant une pareille déclaration sur le terrain intellectuel comme sur le terrain social, consiste en partie dans l'opinion soulcnue par le monogénisme et très répandue, d'après la(iuelle tous ces parallélismes s'expliquent facilement, puisque tous les bommes descendraient d'Adam et l^ve. Les personnes auxquelles cette déclaration paraît trop niaise n'ont d'autre ressource que d'attribuer provisoirement à une loi générale» régissant tous les terrains de phénomènes, les nombreux parallélismes que Ton rencontre sur le terrain intellectuel et sur le terrain social tout comme sur le terrain physitjue.

L'existence de ces lois générales, gouvernant tous les terrains de phénomènes, est une des preuves les plus puissantes, les plus convaincantes, de l'existence d'un principe unique et irréductible, sur lequel repose le monde des phénomènes; c*est l'appui le plus solide du monisme, l'argument avec lequel on réfute complètement le dualisme. En considérant ces lois, on reconnaît l'impossibilité de continuer à soutenir que le monde des phénomènes se rattache à deux principes: la matière et l'esprit. Ces lois, en effet, montrent clairement que les modalités d'existence de tous les groupes de phénomènes sont les mômes et n'indiquent qu'un principe ... unique, universel. Qu'on l'appelle nature ou Dieu, ou le

(î) « D'après let axiomes psychologiques de Pethoologie, lorsque 1' on reU'

contrera une similitude, on commencera par se souvenir dos lois élémentaires. Ce uc sera qu'aprës avoir éiimin»'' toutes le? pnssihilit»^s de trouver en elles la cause d'explicatioa que i'ou recourra aux rcialious historiques, pourvu qu'on puisse les justifier. Sur ce polot Tabondance des documeate, de Jour en jour plus grande, aura bien vite fait d'ébrauler et de convaincre même les hommes les pln^ eiulnrcis ilans l'erreur, car, cuimne ces faits parallèies reconnus sont cci laiua et vériliés, personne ne peut se dispenser de les voir, sauf certains aTeogles tant qa*on ne les a pas opérés. • (Basiuh, VwffuehichU dtr Etkmiogîê, p. 81.)

grand principe inconnu, moteur du monde, il reste pareil . à lui-même. En tout cas« c'est un principe universel ; il nous est indiqué parles lois générales, identiques, du monde des phénomènes ; nous soupçonnons qu'il est le principe tout-puissant, présent partout, et, si l'on veut, omniscient; mais nous ne sommes pas à môme d'en reconnaîfro la nature. Il n'y a qu'une conclusion que nous puissions tirer de la reconnaissance de ces lois générales et encore davantage de la démonsti*ation de ce qu'elle règne sur tous les terrains de phénomènes : c'est que ce principe pratique, pour ainsi dire, une politique logique, restant toujours et partout pareille à elle-même, — c'est que, sur tous les terrains de pliciîoniônes, il se manifeste toujours et partout de la même uianicre.

Cette conclusion nécessaire a, pour la science, une importance infinie.

Notioiii problèmes, étendue et importance, de la sociologie.

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