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Erreurs coioasES. — Moyens de les éviter

Malheureusement, jusqu'à ce jour, la science sociale, en envisageant Thumanité comme un des objets de Tbistoire naturelle, a ainsi commis une erreur et même une

erreur très grossière qui fausse complètement l essence de ce phénomène naturel. Tous les savants qui se sont livrés à des invesgations sociologiquos n'ont considéré l'humanité que comme un genre constituant une unité généalogique ; ils ont même admis que cette unité allait jusqu'à impliquer les mêmes ascendants; quant à la diversité existant entre les races et les types, ce n'était pour eux que le résultat d'une série de bifttrcations qui s'étaient produites sur un même tronc. Cette grave erreur initiale devait évidemment détourner la science sociale de sa véritable voie d'exploration, et celle-ci, en effet, a souvent passé plus tard à coté de certaines idées que lui aurait indiquées le fait de la primitive pluralité des races, tandis que, par contre, elle était ainsi prédestinée à suivre d'illusoires apparences.

Une seconde erreur qui a été commise dans l'investigation sociologique est connexe avec la précédente ; elle en résulte môme: c'est que Ton se figure soit toute l'humanité, soit divers peuples, comme se trouvant dans un état spontané de développement social et de rivili??ntion, analogue à celui de quelque organisme végétal ou animai. On parlait simplement de transitions par lesquelles l'élevage du bétail aurait succédé à la chasse, Tagriculture à l'élevage, la guerre à 1 agriculture et ainsi de suite jusqu'à l'industrialisme, et l'on s'imaginait qu'un même groupe social, en vertu d'une ten-

dance au développement, iinmancaU en lui, parcourait^ en suivant une loi intime de développement, divers stades de civilisation. On oubliait un fait : c'est qu'nne loi d*ineriie réside dans les groupes sociaux comme dans tous les êtres et objets de la nature et que ces groupes, lorsquils se trouvent immobiles dans un certain étal social, ne peuvent passer à un autre état que par Teifet de causes et d'ioilueDces sociales adéquates.

Pour éviter les erreurs que nous signalons ici, il nous faudra adopter non seulement la muiiiplicité d'origines, mais encore la pluralité de développements des poupes sociaux voisins superposés et nous tenir à ce principe : tout groupe social demeure dans un état donné jusqu'à ce qu'il soit poussé à un autre état par un autre groupe. Les actions et efîels de ce genre seront pour nous les actions et effets sociaux par excellence.

£n d'autres termes, il ne peut jamais s'effectuer aucun changement dans Tétat d'un groupe social sans une cause sociale suffisante, et cette cause consiste toujours dans une action exercée par un autre groupe social. L^histoire et robservation nous fournissent des preuves suffisantes de cette loi. De là résulte pour la 7)if'thodc de l'investigation sociologique celte règle importante : chaque fois que nous aurons constaté un changement dans l'état d'un groupe social, nous demanderons par quelle intervention d'un autre groupe ce changement s'est produit. Voici une autre conséquence : un développement rapide et multiple, c'est à dire une succession d'états sociaux différents, n'est possihle que là où existe réellement la possibilité do l'influence réciproque et permanente de groupes sociaux variés et hétérogènes : il n'est possible que dans 1 État et dans les systèmes d États.

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