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LIVRE I

Notre syatènie d'exposition.

Avant d'exposer systématiquement une science, on commence d'ordiiiairo par en tracer l'historique, par faire la part des divers écrivains qui l'ont constituée. Cet usage permet à l'auteur de préciser immédiatement les points par lesquels il se rattache à ses prédécesseurs, de même que ceux par lesquels il s'en écarte.

La coutume a donc du bon, puisqu'on la suivant on a l'occasion de donner, sans plus tarder, une foule de renseignements.

Par contre, on peut se trouver perplexe au moment de passer à l'exécution technique.

Faut-il développer tous les systèmes antérieurs et aller jusqu'à écrire une véritable bistoire de la science? MaisI ce serdt entraîner le lecteur, pour ses débuts, de faux systèmes en faux systèmes; ce serait l'enfermer dans ce que l'on juge et déclare faux, l'y laisser jusqu'à ce qu'on Tait mis à môme de participer à la réfutation. Cela n'est pas pratique.

Faut-il donc, alors, vider sur-le-champ les querelles d'école? Autres difficultés : on se mettrait ainsi dans la nécessité d'anticiper sur son propre système; de plus, on se condamnerait pour plus tard à des redites fastidieuses. Cette manière de faire n'est pas pratique, elle non plus.

Et puis, on a bien plus beau jeu à réfuter ses prédécesseurs iorsqu'après avoir très nettement indiqué son point

de vue à soi on vient, au courant de la thèse, à traiter

tour à tour les diverses questions. Là, au moins, on n'est pus astreint à l'ordre histori(4ue ; on n'est pas obligé de rappeler par le menu tous les anciens systèmes.

Toutes CQS raisons détournent de commencer par l'historique.

Cela étant, nous prendrons un moyen terme : nous

passerons rapidement en revue les plus importants de nos prédécesseurs dans le domaine de la sociologie, en nous bornant à effleurer leurs systèmes, à en indiquer les lignes directrices, et en renvoyant à notre propre exposé pour les détails de la critique ou de la réfutation.

Giambattista Vico.

Cette science, toute jeune et imparfaite qu'elle soit, a déjà trouvé en Allemagne un écrivain, Bârenbach, qui a mis un certain ordre dans les documents historiques. Il est regrettable que Bârenbach (1), partant des doctrines

socia/istes^ n'aperçoive pas bien nettement la diflércnce entre le socialisme et la sociologie, ce qui nuit beaucoup à son exposé. On trouvera aisément d'autres matériaux dans les ouvrages historiques sur les sciences voisines : droit d'État, politique, économie nationale et môme philosophie de l'histoire (2).

Giambattista Yico parait être le premier qui ait soupçonné une setenza étintomo alla natura délie nazioni (3). Néanmoins il est encore empêtré dans les traditions bibliques, dans les théories du droit naturel telles que son époijue les connaissait, et il n'arrive pas à se former des idées claires. Ce n'est pas non plus chez Saint-Simon, le réformateur utopiste, que nous irons chercher une science objective de ia société; il suffira, pour lui rendre pleine justice, de reconnaître que, par son exemple et son influence personnelle, il a contribué à pousser Auguste Comte, son ami, dans la voie sociologique (4). .

(1) Oie Social wissensc fia ften. Zur Orienlirung in den socialwissentchaftltchen Schulen und Systemen dri' Gegenvoart. (Les sciences pncinlr"-; Pnur aider le lecteur à s'orienter dan^ les écoles et systèmes actuels de scicuces sociales.) Par Friedrich von BâreQbacb. Leipzig, 1882.

(2) ludépendamraeni des exposés biencoDOUS qui ont été faits par Raiimer et par Blnntschli, je dé<:irc signaler surtout la PAiA»opAitftferGefcAicft<e (Phi* losophic de l'histoire) de Rocholl.

(3) Principii di una seienza nuova. Milan, 1836.

(4) Wasntig, Auguste Comte und mIm Sediulung fûr die Enlwieklung der Socialwissensdiaft. (Auguste Comte ettOD rôltt dans le dévelonpemeDt de 1« Science sociale.) Leipsig, 1804.

Auguste Comte.

Quant à Auguste Comle^ c'est incontestablement à lui qu'appartient le mérite d'avoir, le premier, non seulement pressenti la sociologie en tant que science à part» mais d'avoir, le premier aussi, reconnu ce qu^eiie embrasse, ce en quoi elle consiste. Dans nombre de passages de sa Philosophie positive ^ il formule très nettement et exactement ce qu elle duit olrc. Citons-en quelques-uns. « Tout ce qu'il est permis de tenter, c'est de faire constater la possibilité de concevoir et de cultiver la science sociale à la manière des sciences positives, d'en marquer le caractère philosophique et d'en établir les bases. » Voilà qui indique le caractère scientifique de la future science sociale.

Dans im autre passage, nous remarquons un autre trait caractéristique : « Cette subordination de l'humanité à une loi de développement cuulinu, représentant l'évolution actuelle eomme la suite des transformations antérieures, constituera une propriété exclusive de la nouvelle philosophie. » Il y a donc pour Comte une loi de développement... qui domine l'humanité : le présent est, pour lui, une conséquence nécessaire du passé. Voilà encore quelque chose d'exact et d'important. Il est vrai que dans l'appiication Je ce principe, Comte (je le démontrerai plus tard) a échoué, pour avoir adopté un faux concept de Thumanité. Le principe cependant n'est pas infirmé par cet échec ; il est toujours exact et il est retenu, depuis Comte, dans la sociologie.

Il était complété, du reste, par un avis d'une grande portée scientifique : « Le sentiment profond des lois qui régissent

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