Passavant
La théorie de la « pénétration » de Kollmann a été bril* Jamment confirmée par les observations do son élève Passttvant. Les résultats de ses observations, faites dans l'Ouest
de l'Afrique, sont consignés dans l ouvragc que Passavant a publié sous le titre de « Craitiologische Untersvchungm dcr Neger iind Ncgervôlker » [Recherches craniologiqiies sur les nègres et les peuples nègres). Le premier point où Passavant toucha l'Afrique fut la Gorée, dont la population appartient aux c( tribus » des Serrftres et des Ouolofs.
« C'est là que j*ai observé pour la première fois m, écrit Passavant, « combien il est difficile pour le débutant de dibtiiiguer les physionomies des nègres les unes des autres. An commencement tons ces nègres me paraissaient avoir le même visage ; ce n'est qu'après plusieurs semaines d'exercice que je suis parvenu à reconnaître suffisamment les physionomies pour me rendre compte des différences. » — Cet aveu confirme le fait depuis lon^mps observé qu*éa général, si Ton se borne à un examen superficiel, les innombrables différences existant dans le type humain échappent compU'tcment, ce qui explique la série des phases du développement de l'anthropologie jusqu'à présent. Cette science, à ses débuts, prétendait se borner à partager l'humanité en trois ou quatre catégories, qu'elle fondait sur les caractères les plus saillants tels que la couleur de la peau. Au fur et à mesure que s'est approfondie la connaissance des matériaux humains, on s'est mieux rendu compte des innomàraàles différences existant.
Guvier, on le sait, avait divisé l'humanité en trois races : les Mongols, les Nègres et les Caucasiens. Blumenbacb arriva à distinguer cinq types humains, daprès lesquels il
SOBSTRm DBS LOIS 80C1ALBS. I»7
édifia rinq races. Lacépède et Duméril ajoutèrent une sixièiiu; race; Bory aperrnt quinze races; Desmouliris, se i/o. WaiU trouva que ce dernier nombre était insuffisant et il df^clara qu'au point de vue théorique on n'avait pas le droit d'instituer des races différentes : sans cela, il aurait été forcé d'en établir un nombre bien plus considérable, — plusieurs centaines, — mais il était retenu par des scrupules éthiques. Heureusement que les investigateurs américains ne partagèrent pas ces absunlos scrupules européens et se mirent courageusement à leur division en races, sans se soucier de la Bible ni de l'éthique européenne.
C'est par centaines que se comptent les races qu'ont admises Morton, Nott et Gliddon, et ces anthropologistes ne croient pas avoir terminé leur énumération. Nous le voyons donc : rien n'empêche que la science, au fur et à mesure de ses progrès, reconnaisse un nombre de races de plus en plus considérable.
Telle est Ici marche naturelle et nécessaire de l'investigation anthropologique: cela est prouvé parles recherches de Passavant sur les peuples nègres.
On avait commencé par diviser les peuples nègres de l'Afrique en quatre races principales : les Nigritiens, les nègres du Congo, les Cafres et les Hottentots. « La division des nègres en quatre grandes races ethniques », dit avec raison Passavant, « est connexe avec le progrès de nos connaisï^anccs ethnographiques ; elle est le fruit de uos voyages d'exploration. »
< Peu à peu, d'intrépides observateurs traversèrent diverses parties de l'Afrique on le continent tout entier... et nous en rapportèrent des renseignements nouveaux. Aujourd'hui, grâce à ces voyageurs, nous sommes à même de distinguer au moins quelques grands groupes ethniques dans une population que Ton peu évaluer à plus de loi millions d'hommes ».
Or Passavant trouve qu'il y a « au moins trois races de nègres » en Afrique ; il n'y ajoute pas^ du reste, les Berbères et les peuples Bedjas (jadis nommés Éthiopiens).
Indépendaôiment de ces trois races de nègres, ainsi que
158 IIA8I8 ET NOTIONS rONOAMBNTUBS.
des Berbères et des Betljus, .< il exible encore des tribus intermédiaires entre les Berbères et les Bedjas, d une part, les nègres, d autre part ; de plus, il y en a d'autres, dans lesquelles diverses tribus et types se sout mélangés et fondus à tel point que Ton ne peut plus dire qu'ils appartiennent à un peuple quelconque. »
Ainsi, d'après Passavant, nous aurions déjà sept groupes, ethniques dans cette Afrique, où autrefois on ne voyait que la seule et unique race noire. Ecoutons maintenant les afiirmations des divers explorateurs de l'Afrique, au sujet des matériaux humains dont se composent ces diver» groupes.
Voici ce que Hartmann dit des Migritiens :
« Les Nigritiens présentent entre eux tant de différences de souche que nous sommes forcés d'abandonner l'idée que nous nous faisons ordinairement des nègres : cheveux
crépus, nez épaté, lèvres en bourrelet et peau aussi noire que le plumage du corbeau. »
Là aussi, par conséquent, des variétés infinies! Mais en quoi consistent-elles et quelles sont les différences qui, observées avec soin, forcent à admettre un nombre de « races » de plus en plus grand ? 11 ne peut y avoir de doute à cet égard. « U s'agit principalement », dit KoUmann (i), <c des caractères constitutifs de races.*, ; il faut que les signes physiques ou matériels soient apparents sur Vosbalurc. » Si l'on n'est arrivé que progressivement à reconnaître un nombre de races de plus en plus grand, cela tient à ce quo « les caractères spécifiques de la boite crânienne ne peuvent être reconnus qu'au moyen de pénibles recherches (2) ».