YoLTAiRK, Rousseau, les uistoriens de la aviusATio:<t
Auguste Comte.
Ën examinant ces actions, que nous nommons actions sociales parcequ'elles partent d'éléments sociaux, nous trouvons qu'elles présoitent une grande uniformité d'essence et de tendance, uniformité qui n'est que modifiée par les temps et les circonstances et qui va jusqu'à l'identité. Or, de même que, dans d'autres domaines, nous supposons pour toute uniformité de ce genre, une loi qui la provoque, ou substituons cette loi à cette uniformité, — de même, dans ce domaine spécialement social, nous parlerons de lois. Ces lois, nous les nommerons spécialement lois sociales. Une loi sociale est donc pour nous la norme, supposée ou substituée aux processus concrets s'accomplissent sur le terrain social, d'après laquelle les éléments sociaux, — les groupes syngénétiques, — agissent les uns sur les autres et se développent ^1).
(1) L'idée de la uécessilé de lois de ce genre... présidant aa développement des peuplade* le» plut éloignées, les plus étraogèret, les plas hoelilet eotre
elles, s'imposa aussi à Tocqueville lorsqu'il compara l'état des tribus sauvages d'Amérique avec celui des peuples préhisforiqties d'Europe, « Lorsque j'aperçois la resseoiblance qui existe entre les iustitutions de nos pères, les Germains, et celles des tribus errantes de l'Amérique da Nord, entre les coutumes retracées par Tacite et celles dont j'ai pu quelquefois être le témoin, je ne saurai*» in'emp»^cher de penser que la même cause a produit dans le% deux hémisphères les mêmes effets et qu'au milieu de la diversité apparente des choses humaines, il n'est pas impossible de retrouver «n pelU nomhrt dt fmU génê^ rateurs dont tous Irs nutres découlent. » {La démocratie M Amérique, t. I, p. 271.) Aujourd'hui que l'horizon cthnojîraphique s'est si considérablement élargi, la sociulugie confirme l'hypothèse de Tocqueville; elle peut se permettre de eommenci'r A étudier, à préciser ces • ftdts générateurs ». « n est maintenant démontré irréfutablement par l'ethnologie », dit Achelis, « que certains phénoux'ncs de la vie ethnique se reproduisent d'une façon identique chex des peuples complètement différents, pour lesquels on ne peut démontrer quils aient jamais eu des relations entre eux. U en résulte que ia nature universelle de la race humaine (Achelis veut dire : du genre humain 1) se manifeste partout uniformément, au-de«sus de toutes les différences ethniques. » i^Ethnologieund GetchicMe, dans Auslatid^ 1881, a« 4.)
NOTION BT BSSBNGB DR LOI 80CULB. 16»
On ne peut faire de la science sociale qu'en étudiant et en reconnaissant les lois sociales, en déinonlranl qu'elles régnent partout où des éléments ethniques et sociaux prennent contact entre eux. Tant que les investigations n'ont pas été dirigées vers ces facteurs, indiqués ici par nous, on a bien pu essayer de trouver ou de fonder une science sociale, mais la science sociale n'était ni trouvée^ ni fondée.
A la vérité, des adeptes do la philosophie de l'histoire et de la sociologie avaient reconnu que, pour fonder une philosophie de l'histoire ou une science sociale, il était nécessaire qu'il y eût une régularité de développement et que ces lois fussent démontrées (Comte ne cesse d'en parler, Garey aussi!); seulement ils ne savaient pas dans quelles circonstances, dans quels processus, il fallait chercher cette régularité. Les uns (Voltaire, par exemple) la cherchaient dans le développement de r/iwwiamV*^. Si l'on prend F humanité^ considérée dans son ensemble, pour subslralum d un pareil développement, on n'a évidemment le choix qu'entre deux choses : un progrès ou une rétrogradation. Ceux qui, comme Rousseau, partaient d'un hypothétique état ^naturel de félicité et s'efforçaient de démontrer la dépravation et la corruption toujours croissantes de cette humanité... étaient enclins à admettre un recul. Les autres, en bien plus grand nombre, et parmi eux presque tous les « historiens de la civilisation », enseignaient le contraire et s'efforçaient de prouver qu'il y avait développement progressif, partant d'une sauvagerie primitive pour aller à une civilisation de plus en plus grande. Ceux-ci et ceux-là se trompaient, et l'erreur consiste à traiter ï « humanité » comme un substratum homogène de développement. Cette erreur existe depuis longtemps ; presque tous les fervents de la philosophie de l'histoire, |)resque tous les sociologistcs en ont été victimes. Pour faire leur démonstration, ils sont obligés de resserrer leur champ de vision au moyen de diaphragmes intellectuels, de ne regarder ni à droite, ni à gauche, de prendre pour l'ensemble une petite bande du domaine de l'humanité. Généralement ils se bornent à considérer l'étroit courant de l'histoire de l'Ëurope, de la Grèce,
m BASES BT NOTIONS FONDAMBNTALBS.
de Rome, de l'Allemagne ou de la France ; ils prétendent donner pour le développement de l'humanité tout entière ce qu'ils signalent là. Comte, par exemple, parle d'une période de polythéisme, intermédiaire entre la période primitive (celle du fétichisme) et la période actuelle (celle du monothéisme I), et il affirme : « C'est pendant cette période que lliumanité [!] s'est élevée à la monogamie (1). » Il est évident que cette assertion ne convient qu*à une petite parcelle de « riiumanilé ». Comte ne s'inquiète pas du reste ; sans cela, il ne se serait pas arrêté à son développement « régulier a et à son « humanité » qui s'élève à la monogamie.