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Définition dl l Eiat

L'État est un phénomène social : îl se réalise par une action d'éléments sociaux conforme à des lois naturelles, et son développement ne se continue que par dos actions sociales ultérieures. La première action consiste dans le subjuguemeut d'un groupe social par un autre groupe et dans rétablissement, par le premier, à*nne organisation qui lui permette de dominer l'autre. Les hommes qui établissent cette organisation sont toujours dans la minorité; ils remplacent le nombre par la prédominance que leur donne la dbcipline militaire et par la supériorité intellectuelle. Dès qu'un État est fondé, nous pouvons observer en lui une vie double, deux sortes de complexus de tendances, deux sortes de complexus d'actions ; nous pouvons distinguer nettement entre ses actions collectives, considérées comme celles d'un être social homogène^ et les tendances ainsi que les actions partant, dans son intérieur, de ses éléments sociaux.

Les actions collectives ont leur siège dans la partie domi* nante, classe ou groupe, qui les exécute en s'appuyant, d'une façon quelconque, sur les classes dominées ou en les entraînant avec lui. Ces actions sont dirigées vers l'extérieur, généralement contre d'autres États ou contre d'autres groupes sociaux. Leur but est toujours le même : repousser des attaques, augmenter la puissance de TÉtat et par conséquent aussi agrandir son territoire : c'est donc la conquête sous ses divers aspects. En dernière analyse, ces actions d'ensemble vers 1 extérieur sont inspirées par « le souci de pourvoir à

rexistence », pour employer l'expression si juste de Lîppert.

Quant aux actions sociales à l'intérieur de l'Étal» elles dérivent nécessairement de la position que ces éléments occupent dans TÉtat, les uns par rapport aux autres.

Leur tendance est essentiellement identique à la tendance des actions d'ensemble. Le souci de pourvoir à l'existence est leur première raison d'ôtre ; la tendance à raugmcntation de puissance en résulte. Cette tendance se manifeste, — dans la classe dominante, en ce qu'elle s'efforce de rendre aussi producteur que possible fempiot qu'elle fait de ceux qu'elle domine, emploi qui généralement aboutit à l'oppression et qui toujours peut être considéré comme une « exploitation », — chez ceux qui sont dominés,... en ce qu'ils tendent à acquérir une force do rcsisLauce de plus en plus grande et à employer cette force pour diminuer leur dépendance.

Telles sont les tendances les plus simples qui dtHerminent le développement de l'État vers l'extérieur et à l'intérieur; c'est par elles que Ton peut expliquer l'histoire intérieure et extérieure des États sous toutes les latitudes et à toutes les époques. Il est vrai qu'à ces tendances les plus simples, partout et toujours identiques, vient s'ajouter la différence des conditions locales et ethniques qui donnent ensuite à l'histoire des divers Étals leur empreinte individuelle.

De môme que les choses auxquelles nous sommes et avons toujours été intimement mêlés, — celles qui par la force de l'habitude ne font qu'un avec nous, — sont précisément celles dont nous avons le plus de peine à nous rendre compte, de même l'essence de l'État est restée, jusqu'à présent, une chose assez obscure pour la science. Certes les « définitions » de l'État ne manquent pas ; de ces définitions, il y en a à foison, il y en a presque autant que de professeurs de droit politique, mais c'est en vain généralement que l'on cherche des délinitions exactes dans les traités et dans les systèmes de science politique.

Lascolastique moderne a dévidé la défmition de l'Etat au point d'en faire toute une doctrine spéciale. Von Roltenburg a publié à Berlin le « premier volume » d'un ouvrage « sur la notion de l'État ». — Il y a aussi déjà une histoire de

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m ÉLÉMENTS SOCIAUX LBURS COMBINAISONS.

cette doctrine et une « métliodique » do cette même doctrine : une science de la méthode qui lui convient ! Il ne manque plus qu une « délmilion » de cette doctrine de la déliaitien de TÉtatl II va de soi qu'avec tout cela, au lieu d^avancer, on s'embourbe. — Les uns se contentent d*une phrase générale ; ils disent, par exemple, que l'État est i( la personnalité du peuple organisée »' (Blunlschli), ou que c'est la « forme la plus élevée de la personnalité », ou « l organisme de la liberté » ; les autres setirenl d'aiïaire par une image, une comjiaraison ou une analogie, en disant, par exemple, que l'Etal est un » être vivant », un » organisme » etc. Knies fait remarquer avec raison, au sujet de cet organisme, que « c'est toujours une chose fâcheuse et une preuve d'obseurité dans les pensées que de parler par images , et comparaisons quand il s'agit de notions scientifiques (i)». Un t^rand progrès se réalisa, lorsque Schulze (2), dans un paraj^raphe sur « la manière de procéder pour déliuir l'Etat » (!), affirma : « Il s'agit de séparer, dans rabondance des phénomènes liistori({ues, ce qui est essentiel de ce qui ne lest pas. » Voici la définition à laquelle Schulze arrive après avoir recherché méthodiquement les caractères de l'État dans l'histoire : « L'État est la réunion d'un peuple sédentaire en une collectivité organique, sous une puissance supérieure et sous une constitution détenninée, pour atteindre tous les buts communs de la vie nationale, notamment pour établir Tordre juridiquti. »

Cette définition serait bien meilleure, si l'on en éliminait quelques superfluités, par exemple, les mots « en une collectivité organique », car la notion un peu nébuleuse qu'ils renferment est déjà impliquée dans les mots précédents : « d'un peuple sédentaire ». Dire « peuple » et ajouter « sé* dentaire », cela entraîne « collectivité organi(}ue ». D'autre part, le peuple sédentaire ne peut exister sans que l'État existe : un « peuple sédentaire » n'a plus à « se réunir »> en

(1) KiaBS,S<a<(f<i4 aU Wiaenachafi {la iUUUtiqueen tant ^ueidmM), ISâO,

(2) ScRULXB, BinMhtHg in da$ dmtu^ Staaitredtt {introduction au droit poiiUque altenumd)^ p. 116.

L'ÉTAT. m

un Etal. De môme, il était superflu do mentionner la u coustiLution », car, si l'on entend pdr là une constitution écrite, ce n'est point un caractère nécessaire pour un État; si l'on pense à une constitution non écrite, celle-ci est déjà contenue dans la notion de « peuple sédentaire ».

Si les professeurs de droit politique n'admettaient réellement dans la définition de l'État que les caraclt^res essentiels qui se rencontrent toujours et partout dans tous los Étals, ils seraient Lien vite d'accord sur ce point, car il n'y a que deux caractères de ce genre : tout État est un ensemble d*institutions ayant pour but la domination d'un certain nombre d'hommes sur d'autres hommes, et cette domination est toujours exercée par une minorité sur une majorUé. L'État est donc une organisation de la suprématie d*ane minorité sur une majorité. Voilà la seule définition exacte de 1 Etat, la seule (jui eon\ iennc à tous les Etats .en général et à chaque État en particulier (1).

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