Fins et essence de l'État
Pour ce qui concerne les fins de l'État, les professeurs de droit politique, cherchant à les préciser pour les faire entrer dans la délinttîon de ce même État, ont écrit que celuici est une union ou une coUectivité se proposant tel ou tel
(I) Schuize, dans un autre passage de son livre, se rapproche assez dn cette déflnition. Ainsi, dans le § 41 ; Les Étals existants présrntpnt partout ce phénomène que les hommes y sont soumis à une puissance dominatrice^ — que, comme membres de runion étatique, ile sont astreinta à certaioee actions même par la force physique. Ailleurs (p. 60), on lit : « Le earaetire essentiel qui 8C trouve dans la notion d'État est la présence d'une puissance domin tirice tupréme. » — Ihering, dausv son ouvrage u Zweck im Recht » [La fin dêM$ le droii), commence par définir l'État : « la todétéf considérée comme possédant U puiâ^anrc coaclivc réglt3e et disciplinée » 80A). Ici U essaie de dL-finir !a notion d* « État » parla notion de " société », une notion bien plus claire par uue notion bien moins claire ; cette définition, du reste, a pour l>ase l'idée ihmçaise insoutenable de la souveraineté du peuple. Plus loin Iheriog définit l'État « l'organisation de la contrainte sociale ». Cette définition se rapproche un peu de la chose, pourvu que l'on conçoive la •« contrainte sociale » comme il faut la concevoir. Dans notre « Philosophûches SkMttreehi » (1876), nous avions défini TÉtat 1' > organisation de la domina- /tondes nos sur les autres ». Comme l'idée comprise dans le mot « domination » est plus nette que celle comprise dao? <■ contrainte «, il en r«^=ultc, à l'avantage de notre délinition sur celle de Ihering, une clarté d autant plus gnodo.
but, par exemple rétablissement du bien-être général, la réalisation du droit, etc. Inadmissible, tout cela. Il n'y a aucun État que Ton ait fondé dans l'un quelconque de ces desseins^ et il existe beaucoup d'États auxquels une pareille définition ne convient pas, attendu, qu'ils ne tendent en quoi que ce soit à aucun de ces buts ; cependant ce sont des États. La vérité est que toute domination organisée prend, avec le temps, lorsque les conditions de développement sont favorables, les tendances correspondant aux buts en question. Tout État peut donc, dans certaines circonstances, être utile à la réalisation de ces fins, telles que le droit, le bien* être etc., et même & partir de certain degré de développement il se met à leur service. Mais une définition de l'État ne doit pas viser seulement un certain degré de développement et doit convenir aussi à des Etats qui n ont jamais atteint ou qui n'atteindront jamais ce degré. Il faut donc^ pour avoir une définition exacte de l'Ktat, s'abstenir de préciser aucun de ces buts. Les introduire dans une définition, cela n'aboutit qu'à masquer les laits que voici : le but -unique de la fondation de TÉtat a été d'abord la domination d'un certain nombre d'hommes sur d'autres hommes, et l'organisation visant ce but unique arrive, par une nécessité naturelle, à des résultats qui n'avaient tlé ni prévus, ni encore moins voulus par les fondateurs. On n'a pas le droit d'attribuer à ceux-ci, comme ayant été dans leurs inten^ iions, ces résultats nécessaires et naturels du développement de l'État. Ces fondateurs d'États, comme tous les hommes, n'agissent jamais que dans leur intérêt immédiat, mais la développement social arrive, bien au-dessuH des égoïstes efforts des hommes, à ses résultats prescrits par la nature.
Indépendamment du caractère de domination, — domination d'une minorité sur une majorité, — il y a encore un autre caractère qui rentre dans l'essence de l'État et qui avait échappé aux professeurs de droit politique, bien qu'on puisse incontestablement l'observer dans tous les pays et à toutes les époques, chaque fois que s'organise une domination : c'est f hétérogénéité ethnique des dominateurs et des dominés.
Nous avons été le premier à signaler cette partie intégrante de la notion d Étal ; c/c^t ce (]ue nous avons fait dans nos précédents ouvrages, et les « autorités en fait de droit politique » ont trouvé plus commode de nous opposer un silence dédaigneux que de nous réfuter. £ pur si muove I Jamais ei nulle part il ne s'esi produit aucun État, si ce n*est au moyen du suàjuguement de tribus étrangères par une autre tribu ou par plusieurs tribus alliées et unifiées.
Cette circonstance n'est pas accidentelle ; elle a, comme nous l'avons démontré, de profondes racines dans i'essenco même de l'État. Aussi, sur tout le globe terrestre, n'y a-t-il pas d'Etals sans différence ethnique primitive entre dominateurs et dominés, — le rapprochement social et Vamalgamation nationale ne a'étaat e^ectués qu'à partir du développement social.
, Sans insister sur le fait de iliétérogénité ethnique, Spencer a cependant une phrase qui au fond concorde avec notre opinion et la confirme. En opposition avec ces conceptions naïves d'après lesquelles un peuple se forme par la croissance progressive d'une seule tribu (provenant d'une seule famille), Spencer dit : « Il n'y a pas de tribu qni devienne un peuple par simple croissance. » 11 est donc d'avis, comme nous, qu'une nation ne i^eui se produire que par le rappro* chôment de plusieurs tribus. Ce rapprochement, selon nous, se produit toujours (à part peut-être de rares exceptions que nous ne connaissons })oint) de la même manière : certaines tribus en subjuguent d autres, par la force. Spencer, cela est évident, pense, comme nous, que la rencontre est violenlo, car, tout en ne l'affirmant pas d une façon formelle, il dit qu' « il n'y a pas de grande société qui ait été formée par l'union directe des sociétés les plus peUtes (1) ». Si société signifie nation, Spencer veut dire qu'une grande nation contient nécessairement déjà un certain nombre de petites nations, — de petites organisations de suprématie, — et que par conséquent une grande nation contient un certain nombre de combinaisons ethniques formées elles-
0) PriiKipUt ofêodology, l,
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mêmes (Téiémenis hétérogènes f»,. qu'elle est, pour ainsi dire,
une comliiiiaibon à la '"^ puissance.