HERBERT SPENCER
analogies de SchafÛe, comme par exemple dans le chapitre (I Une société est un organisme » (1), Spencer ne confond pas un seul instant la nature et l'essence d'un phénomène social, d'une part, d'un phénomène organique, d'autre part.
Ce qu'il donne pour commun à ces deux espèces de phénomènes, ce sont dos caract«"^res si p:énëraux qu'on peut trAs bien les admettre sans nuire « la clarté des idées. Ainsi, par exemple, il trouve que les sociétés croissent comme des organismes - vivants. £n vérité, la seule chose qui permette une comparaison, c'est que la langue a Une exprès* sioin commune (croissance, groivth) pour les deux idées différentes... de croissance d'un organisme et de grandis^ sèment d'une société. Si nos langues avaient des expressions consacrées pour les deux idées différentes, on no serait pas induit en do pareilles coniparai-^oiis, on ne serait |)as tenté de voir dos analogies où il n'y eu a pas, ou ne serait pas amené à confondre ces idées qui no se ressemblent pas. — De même il n'y a qu'une inexactitude et une insuffisance de langage... qui permettent de trouver une analogie entre un organisme et une société dans ce fait que l'un et l'autre, en augmeiilaiil d étendue, augmenlent aussi sous le rapport de la structure. Ici la défectuosité de la langue consiste en ce que le mot « structure » peut être détourné de son sens primitif et employé métaphoriquement pour désigner tout état auquel, dans le cours de leur développement, parviennent ' les classes sociales, les autorités, etc. Sans cette particularité linguistique, on ne' trouverait là rien de commun. — Il en est de même pour le troisième terme de comparaison que Spencer e lai dit entre orgaiiiMiie td socitHé. De part et d'autre, dit-il, « une ditTérenciation prof;ressive de structure s accompagne d'une différenciation progressive des fonctions (2) ». Dans cette dernière comparaison la pensée n'est pas moins claire que dans les deux autres, — dès que l'on fait entrer dans la généralité de l'expression la distinction commandée par la nature différente de chacun des deux phénomènes rapprochés par l'auteur. On voit donc que, chez Spencer,
(D Principles of Sociology, 1. 1, p. 4'>7. t socUtg iêMorgonism, (2; PrincipU* of Sociohgy, i, 1, p. 468.
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20 HISTOaiQUB DB LA S0CI0L06IB.
comme jo l'ai dit plus liaul. les comparaisons occasionuelles avec des ph«3nomènes el des processus biologiques ne nuisent aucuaeiaent à la netteté de la conception des phénomènes et processus sociaux.
Ëiles n'empècheat pas sa méthode d'être mieux qu'une vaine phraséologie ; elles ne rcmpêchent pas d'être positive et inductive, comme il convient h une science d'ohsen-ation. Schaffle et Lilienfeld, an contraire, n*ont, comme nous le verrons, qu'une /'(uase méthode scientifique, jouet d'apparentes analogies; ils n'ont qu'une fausse méthode inductive, puisqu en réalité ils ne font pas autre chose que de chercher à déduire les lois sociologiques... de lois biologiques posées a priori. Tandis que Spencer applique réellement sa méthode dans le domaine de la sociologie elle-même, — eux, ils faussent Tohjet de la sociologie, ils substituent à Tobjet réel un objet fictif, l'organisme, emprunté à un autre domaine scientifique (1).
Ci' point dans des analogies que Spencer va puiser; ce n'est pas dans des idées tirées a priori de la biologie qu'il va chercher des lois sociologiques tout laites. 11 s'attaque aux phénomènes sociaux directement, sans parti d'aucune sorte; il considère avec calme, sans préjugés; il ne formule en propositions déGnitives, il ne condense en lois générales (jue les connaissances acquises grâce à ces sévères observations. l']n progressant dans cette voie et en suivant celle méthode, il aurait ciM-taiiicinent augmenté de beaucoup l'ensemble de ses résultats s'il n'avait, comme ses devanciers, conservé cette conception unitaire de l'humanité qui avait déjà vicié toutes les études antérieures de philosophie historique et de sociologie. Gomme eux, il a été impuissant à se dégager de cette vieille « fable convenue », bien que la logique des faits et le calme exameo des faits le
[i] Spnnci r. dans les chapitres Social sfruclitres, Social functions, 9'ricins of otgms^ etc., du tome I de sa Sociologie, corauieace toujours par leâ pbéuo> mènes et processut de la vie animale; il ne décrit qa'eostilte les phénomènes et processus .sociaux; il évite tout mélange, toute cod fusion, toule obscurité. Pa=>^P7, à la lecture, les comparaisons biolnj^iques : |c reste n'en sera que
S lus clair. Chez Sch&ftle et Liiienfeid, c'est i'idcutiûcation ; d'où impossibilité^ e fidr^ ce départ et obscurité dans l'expositioD sociologique.
HBRBERT SPENGBR. SI
forcent à expliquer le commencement de tout développemeat social par des réactions réciproques d'éléments ethniques hétérogènes. C'est ainsi qu'il attribue la « première connexion intime » qui ait eu lieu dans la « petite horde d'hommes primitifs » à une « résistance combinée contre des ennemis extérieurs (1) » et que, dans un autre passage, il représente de ia manière suivante les véritables « débuts de rorganisation poltliqun » ; « Aus^^i longtemps <j\Cil n existe que de petites communautés d hommes... errantes, dépourvues de toute organisation, les contlits de ces communautés entre elles ne peuvent guère provoquer de modifications de stucture. Mais, dès qu'il y a d'une part direction certaine et surtout dès qu'il y a d'autre part assujettissement permanent, ce à quoi tendaient ces contlits, dès lors existent des rudiments d'organisation politique (2). »
Du reste, on peut très fréquemment observer que, pour les phénomènes sociaux résultant soit de coopération, soit . de réaction entre groupes sociaux, Spencer a toujours des exemples frappants et des preuves empruntées aux faits de l'ethnographie, tandis que, pour les phénomènes qu'il prétend expliquer par la réaction d'individus d'un groupe, il n'a jamais de faits à citer : il se contente de raisonnements logiques généraux et de comparaisons empruntées à la biologie. Peut être, s'il avait lui-même remarqué cette oirconstance, aurait-il reconnu la nécessité de rejeter tous essais d'explication au moyen des individus^ aurait-il pris pour point de départ, comme un fait initial ( que la sociologie n'a pas à expliquer), la pluralité des hordes primitives (3).
C'est faute d'avoir remarqué cela qu'il laisse percer d'un bout à l'autre de ses recherches sociologiques cette contradiction : admettre facilement que l'humanité dérive d'une commune et unique origine et recourir néanmoins à la « pluralité des hordes primitives » toutes les fois qu'il veut
(1) Principles of SùeMogift
{1) lbid.,%\\.
(3) Saos poser cette pluralité des hordes primitives, comme le premier fnU natwêt de la Modologiê^ Spencer eonstate cepeDdant le fait que « rérolottoii
sociale commence par de petits agrégats simples >• : « ^Ve have seen that sociat évolution begins with maU timpU aggregales, » {Soc^oiogyt t 1» p. 570.)
2S niSTORIQUE DE LA SOCIOLOGIE.
expliquer à fond, en se basant sur des faits, les pliéiiomènes sociaux. Nous avons démontré, dans notre Lutte des races, que l'hypothèse de cotte pluralité primitive de hordes humaines est la seule base rationnelle sur laijpielle la sociologie puisse s'appuyer pour expliquer d'une façon satisfaisante tous les phénomènes sociaux. Nous avons, du reste, démontré, dans le même ouvrage, que cette hypothèse n'est pas contradictoire avec les lliéories de Darwin (1). Rien ne s'oppose donc à ce que nous partions de celte théorie; en agissant ainsi» nous serons sûr de marcher droit devant nous» au lieu d'être embarrassé et hésitant, — comme Spencer Test resté entre une conception de l'humanité qui au fond est unitaire... et des essais d'explication des phénomènes sociaux par pluralité de hordes primitives, ces essais étant très souvent les seuls qui lui permissent de fournir une explication. Si Spencer avait adopté ce point de d^'part et ne l'avait jamais perdu de vue, il lui aurait été encore plus facile d'appliquer aux développrmcnts des phé* nomènes sociaux sa formule générale d'évolution que nous étudierons plus loin, car sa loi d'évolution, qu'il regarde comme universelle, s'applique moins à une humanité qui se développe unitairement , l'absence de cette supposition iWiniLaritc à\i subslralum se fiiisanl sentir à cha(iiie pas.
Heureusement cpio la valeur de Spencer ne réside pas dans les formules qu il donne aux faits, mais dans la rigueur des observations et dans la coordination des faits observés. Spencer dispose de matériaux comme personne, sauf fiastian, n'en a eu à sa disposition. 11 est assez positiviste pour contrôler objectivement, avec sang-froid, avec impartialité» avec un véritable esprit scientifique, ces matériaux accumulés et pour, tout en esquissant des analogies biologiques, tout en composant de vagues formules d'('volution, tirer des conclusions qui soient indépendantes de ses préjugés métaphysiques. C'est là ce qui constitue le rôle de Spencer; c'est par là que le philosophe anglais est devenu le véritable fonder
(0 Tîaptian conOriiiP Dolre opinion en déclarant qui n r- ] ' voîoppcint ntsà co sujet sont 9iiperfluB. le polygéuélisme étaut dans la aaturc des choses. leilschrift /ùr tlhnologie, 18si.)
HBBBEBT SPENCBR. 23
teur delà sociologie; c'est par là qu'il en restera longtemps encore le soutien le plus puissant.
Toutefois, à coté de lui, le dépassant peut-être par la science et par la froide raison, bien que ne f atteignant pas en ce qui concerne le pouvoir de donner une forme artistique aux résultats scientifiques obtenus, ~ il y a Bastion. Mais, avant de passer à cet homme phénoménal parmi les savants et les investigateurs de notre époque, nous allons mentionner quelques tentatives et errements de la sociologie en Allemagne et en France.
Holbach.
Toutes ces tentativna s'appuient sur une môme pensée : le monistnc; elles se résument toutes en des efforts pour trouver une loi générale des processus qui se déroulent dans l'ensemble de la naiure, — les processus sociaux étant compris avec les autres. Ici encore nous pouvons formuler un jugement sommaire : l'erreur commune à toutes, c'est qu'elles n'ont point distingué entre les lois générales et les lois sociales (Voir plus loin, chapitre II, S ^) qu'elles ont rherclié à expliquer les p7'ocesstis sociaux au moyen d une loi générale, ce qui est impossilile.
Les premières en date nous ramènent à l'ancienne oppo* sition entre les spiritualistes et les matérialistes. Les uns voulaient tout expliquer par l'action de Tesprit, les autres par l'action de la matière. La première grandiose tentative d'explication matérialiste de tous les processus de la nature et de la vie humaine (y compris la vie* sociale) au moyen d'une loi naturelle générale, unique, est celle de Mirabaud [lIolbach)\ elle nous a donné le Si/sirme de la Nature. Holbach s'était demandé pourquoi l'univers, le soleil et les planètes seraient seuls à pouvoir s'expliquer par Tattraction et la répulsion, pourquoi la vie des animaux et des hommes échapperait à cette explication. Gela valait un essai. Avec de l'esprit et de rintelligence on peut rendre tout... plausible. Or l'auteur du Système de la Nature était bien partagé. On n'a donc pas lieu d'être surpris de ce qu'il ait démontré minutieusement quïl ne suffit pas A ces doux forces de maintenir les corps célestes dans leur orbite, de dominer et de régler toute vie sur notre terre, mais qu'elles interviennent
aoLBAca.
encore pour déterminer toutes les refaiions entre les hommes^ pour aider à constituer toutes les communautés sociales. Il faut lire soi-mùme, dans ce livre ingénieux, toutes les vertus ainsi que les faits et gestes de l'attraction et de la répulsion. C'est par l'attraction réciproque des molécules, formant des corps, et par la répulsion, en désagrégeant d'antres, se forment peu à peu, non seulement les minéraux et les métaux, mais encore les plantes, les animaux et les hommes.
« Enliu, pour ne jamais séparer les lois de la physique de celles de la morale, c'est ainsi que les hommes, attirés par leurs besoins les uns vers les autres, forment des unions que Ton nomme mariages, familles, sociétés, amitiés, liaisons... »
Holbach développe ensuite cetie première idée sociologique : « Dans tous les phénomènes que lliomme nous présente depuis sa naissance jusqu'à sa fin, nous ne voyons
qu'une suite de causes et d'effets nécessaires et conformes aux lois communes à tous les êtres de la nature. Toutes ses façon d'agir, ses sensations, ses idées, ses passions, ses volontés, ses actions sont des suites nécessaires de sespropriétés et de celles qui se trouvent dans les êtres qui le remuent. Tout ce qull fait et tont ce qui se passe en lui, sont des effets de la force d*ineriie, de la gravitation sur soi, de la vertu attractive et répulsive, de la tendance à se conserver, en un mot de l'énergie qui lui est commune avec tous les êtres que nous voyons ; elle ne fait que se montrer dans l'homme d'une façon particulière, qui est duc à sa nature particulière^ par laquelle il est distingué des êtres d'un système ou d'un ordre différent. »
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Schselfle.
Cette pensée dcHoIbacli, d'expliquer tous les phénomènes de la nature et de ia vie de l'homme par la loi de rattraction et de la répulsion a reparu depuis, à plusieurs reprises. Nous la trouverons chez Schùffle,
Comte, comme nous Favons vu, ne croyait pas devoir aller chercher si loin la loi ajiplicable à la sociologie : il pensait pouvoir la prendre dans le domaine de la biologie. Spencer a accepté celle idée en théorie. En Allemagne, pendant des dizaines d'années, toute une école de droit politiipie avait déjà tiré parti de cette pensée de Comte, lorsque enûn Schfiffle entreprit de réaliser en grand, dans un système de sociologie, la pensée de Holbach et la pensée de Comte. Personne ne contestera qu'il y ait beaucoup d'intelligence et d'érudition dans l'ouvrage de Schàiïlc ; mais la pensée fondanicutaic do rouvraL^^o, l'analof^ie entre l'Étal et un. organisme animal, afiirmée par Tauteur, est vraiment malheureuse, et il faut regretter que de tels trésors d'expérience, de finesse et de science aient été dépensés à l'exécution d'une pensée aussi extravagante. Il n*est pas possible ici d'entrer dans les détails du vaste ouvrage de Schfiffle, mais nous pouvons en faire connaître l'idée fondamentale en reproduisant textuelleniont un passage :
« A plusieurs rojtrises la pensée nous est v<'niio, qu'à l'instar de la nature dans son ensemble, les divers corps organiques et inorganiques qu'elle renferme se présentent comme de grandes sociétés, comme des systèmes de parties, les uns très simples, les autres plus complexes. Ces empires éP atomes, d'après ce qui précède, seraient mis en branle
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par des attractions et des ré/ntlsions entre leurs éléments et ie monde extérieur. Gela étant» peut-il parailre déraisonnable d'admettre que l'empire de l'expérience, le plus universel et le plus iniellectualisé de tous, que tempire des personnes ou le corps social ne puisse accomplir son existence que par double manifestation de force dans chacun de ses éléments personnels? L'une représenterait les parties de rcnsemble qui s'affirment comme tendant à Tensemble, l'autre ses parties qui s'affirment comme indépendantes. Â la vérité nous n'aurions pas ie droit de nous représenter comme simples, et comme non intellectuels, les deux peti" chants principaux des unités du corps social qui elles-mêmes ne sont ni simples ni intntellectuelîes. Quant à la vie d'ensemble de ce dernier, nous no pourrons néanmoins l'expliquer que comme un produit d'actions attractives et répulsives réciproques, très variées, de tous les éléments sociaux actifs, de tous les sujets sociaux do volonté, de toutes les personnes et de tous les groupes de personnes constitués. Oui, nous serons forcés de Texpliquer ainsi, car nous voyons le mouvement éthique d'ensemble, non pas tomber de l'extérieur dans le corps social, mais nous le voyons issoir de la désagrégation [)ar individus et par groupes ou des forces éthiques entre ses membres (i). »
Ce langage n'est point la clarté même ; mais son obscurité n'est point celle qui est propre au langage de la métaphysique de Kant et sur ie fond de laquelle reposent des idées claires; non, elle consiste dans la nébulosité des images et dans l'inexactitude des comparaisons. Schâffle analyse le « corps social », mais il ne nous dit pas si, par celte expression mystique, il entend toute Thumanité ou seulement un Etat, un peuple; il ne nous donne là-dessus aucun renseignement. Son a corps social » est une notion aussi obscure et indécise que la « société » de Quétolet. Quételet et Schâffle prétendent élucider ces brouillards : Quételet, en ayant recours au « grand nombre », Schâffle en nous montrant des cellules sociales, des tissus, des os, des nerfs, etc.,
( I ' ScHAEFPLE, Bail und Lebtn du tocialen Ktrpen, etc. {Sifwtun ei vie du torpt $9Cial), 1. 1, p.
toussociaux. Ce dernier moyen est incontestablement le pire.
Les larges coupures que Schaftle détache, à notre intention, de i'anatomic, de la physiologie et même de la psychologie... nous fournissent des morceaux instructifs, cela est vrai; mais en quoi toutes ces choses, aussi exactes que Ton voudra, se raitachmt^eUes aux phénomènes sociaux et au développement social? Ah I pour lâ^uver le lien, il faut être doué d'une vive imagination I A examiner avec le simple bon sens ces éternelles et boiteuses comparaisons, on est pris de mauvaise humeur, puis on se détourne, car il est vraiment fatigant de discerner, dans celte mosaï([ue de métaphores, d'analogies et de comparaisons, le fragmentée vérité qu'elle ne laisse pas de contenir et qui est tiré de la vie nettement observée, de Texpérience.
Lilienleld.
A prendre en bloc les travaux de Lilienfeld^ il nous est impossible de les apprécier autrement que ceux de Schâfile. Même érudition, autant dingénîosité et de force de conception, même ardeur et même persévérance dans Texécution d'un plan qui, en résumé, est radicalement mauvais, — dans la défense d'une cause perdue d'a\ aiice.
Comme pour Scliafflc, nous ferons apprécier Lilienfeld, en le citant. Voici sa pensée fondamentale extraite de son ouvrage en cinq volumes :
« Si l'on veut que la société humaine devienne Tobjet de la science positive, il n*y a qu'un point de départ : il faut nécessairement [?] ^admettre dans la série des êtres orga^ niques / , la considérer comme un onjanisme^ qui dans son développement est au-dessus de l'organisme humain autant que celui-ci dépasse tous les autres organismes de la nature. Ce n'est qu'à cette condition que f on peut donner à la science sociale une base aussi réelle que celle des sciences de la nature; ce n'est qu'à cette condition que la société humaine peut être soumise à un examen induetif comme organisme réel et être considérée comme une inséparable partie de la nature; ce n'est qu'à celte condition que la science sociale peut de dogmatique devenir positive {\). »
Ce qui est vrai, c'est précisément le contraire de tout ce que dit Lilienfeld. Pour « donner à la science sociale une base aussi réelle que celle des sciences de la nature m, il est indispensable da jeter par«dessus bord le concept fantastique
fl Pvri, vr»?( LiUR?iFBLD, GeJanken (îher eine Socialwisseruchafl der Zukunfl (HcQsccs sur une science sociale de l'avenir), t. I, p. 25.
de la société-organisme et de sacrifier résolument toutes les
analogies biologiques.
A une question de Lilieiifeld « Ces organismes sociaux ne se comporlent-ils pas et ne se développent-ils pas d après les mêmes lois organiques fondamentales que tous les autres êtres organiques de la nature? » nous répondons catégoriquement : Non ! — Nous nous expliquons : cette différence entre les organismes sociaux et les êtres organiques ne consiste pas seulement dans ce que croit Lilienfeld, à savoir (( la prédominance du principe de la fmalité dans les organismes sociaux sur celui de la causalité dans les organismes organiques », mais simplonuMit dans la différence iXespèce des phénomènes ainsi que dans la diiïérence d'espèce des lois qui les régissent, car les lois du développement organique et les lois du développement social sont de tous points différentes entre elles et il n'est pas permis de les confondre. (Voir Notion et essence de loi sociale^ p. 462.)
LilienfeM pose encore une question : « L'iuiinanité dans son ensemble ne forme-t elle pas, par rapport à nous, un êire organique renfermant en lui tous les groupes sociaux, qui sont à lui ce que les parties sont à l'ensemble? ». Cette question peut servir à prouver que nous nous trouvons ici en présence d'un déplorable égarement de l'esprit scientifique. Quels résultats attendre dmvestigations pour lesquelles on prend un pareil point de départ, de recherches à l'origine desquelles 1 liunumité est bombardée a être organique » ?
Et qu'on le remarque bien : dans le chapitre suivant, « La société humaine en tant qu'être réel », Lilienfeid proteste solennellement contre la manière de voir qui pourrait lui être attribuée et d'après laquelle « cette analogie n'aurait été pour lui qu'un parallèle allégorique ». Il continue en ces termes : « Si nous n'avions considéré que comme des ligures de rliétorique toutes les expressions qui impliquent connexion et parenté entre les phénomènes de la nature et les phénomènes de la société et qui sont employées couramment, quelques-unes même ayant obtenu droit de cité dans la science, nous aurions emboité le pas à