‹ Précis de sociologieChapitre 6 sur 124 · LIU£MF£LD · texte numérisé non relu

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tous les doctrinaires économiques et politiques, à tous les métaphysiciens sociaux ; alors nous aurions labouré pour

nos recherches ce môme terrain stérile sur lequel, au cours des siècles, tant de capahles investigateurs dans le domaine des sciences naturelles ont gaspillé leurs forces; alors nous nous serions placés sur ce même terrain qui, jusqu'à ce jour, dans le domaine social, a englouti tant d'efforts intellectuels et de capitaux intellectuels pour ne donner, comme résultats, que des doutes et des contradictions... ». Que tout cela est bien ditt Malgré tout, nous ne pouvons faire grâce à Lilicnfeld du reproche de s'ôlre engagé pour de bon, mali^ré ses belles résolutions, sur ce « terrain stérile » quil avait juré d'éviter,... du reproche davoir augmenté d'une unité le nombre de ces «c capables investigateurs » qui « ont gaspillé leurs forces »,

Lilienfeld a l'air de s'imaginer qull suffise de « considérer » une métaphore comme une réalité pour que ia chose puisse subir un changement de son essence et devenir effectivement une réalité. Lisons-le : u // faut se convaincre de ce que tel ou tel groupe bocial, tel ou tel État sont des orr/anisnirs vivants^ réels, comme tous les autres organismes de la nature... » £n vérité, c'est demander beaucoup aux lecteurs de sens rassis. Quant à nous, il nous a été impossible d'acquérir cette conviction même en lisant très attentivement les cinq volumes de Lilienfeld, quelque remplis qu'ils soient d observations très justes et de pensées profondes.

Il y a mieux 1 Lilienfeld plaisante spirituellement cette « métapolilique qui soccupe de généralisations appuyées sur des allégories, par conséquent sur un sol qui déjà une fois s'est extranéifié à la réalité », et il appelle cette métaphysique un « double galimatias ». Nous confessons sincèrement que nous ne sommes pas parvenus à voir nettement la dilTérence entre ce « double galimatias « et le genre d'exposition de Lilienfeld. Nous conclurons pour Lilienfeld à peu près comme pour Schaffle : ses « Gedanken » [Pensées) renferment çà et là des observations très justes et très fines, mais son édifice scientifique à cinq étages est bâti sur

fllSTORIQUE DE LA SOCIOLOGIE.

un terrain mouvant et la sdence sociale ne peut pas s'y installer (i).

(1) Le premier volume des Pensées de Lilienfeld a paru en 1873; le premier volunae de Bau und Leben destociaien Kôrpers do SchMÛe eu 187S. Cependant nous croyons qa« Sehiffle a conçu sa Stmctitre de lai-même, bien qall oonnùt les osuvret de Lilienfeld dès avant rimpreseiou de son propre ouvrage. Tous deux, par contre, étaient sous l'influence de la théorie ' organique » de l'État, qui régnait alors eu Allemagne cl qui avait trouvé son expression la plus saillante dans les traités et systèmes de Bluntschli et d'Ahrens.

De Roberty.

A tout prendre, de Roberty a raison quand, dans son excellent livre sur la sociologie, il commence par déplorer que la science sociale en soit encore à chercher sa véritable voie(l); én cela, du reste, il réédite Topinion de

Schâffle et celle de Lilienfeld. Il admet que cette science, depuis Comte qui en a nettement circonscrit le problème, a parcouru une phase de (l<H^eloppement importante, mais initiale et préparatoire sans plus. Roberty signale les nombreuses erreurs que Pon a commises, notamment lorsqu'on a a donné pour guide » à cette science « une lueur trompeuse : l'analogie universelle (2) ». Il recommande à la sociologie de prendre pour base, avant tout, « l'histoire naturelle de la société » ; il pense que c'est le seul fondement sur lequel on puisse édifier une science sociale en tant que « science abstraite ». Roberty n'entreprend pas cette édification même. Il ne s'occupe que de questions méthodologiques et préparatoires à la sociologie; ce livre, en servant de propédeutique de la sociologie, a atteint son but. L'auteur n'a pas visé plus loin. Mais entre-temps un ethnographe allemand, Bastion, avait entrepris avec le plus grand succès d édifier une science de la société, fondée sur une histoire naturelle de cette même société.

(1) £. Di RoBsaTT, La Sociologie, etsai de philosophie sociologique. Par», (S) /Ml., p. %

Bastian.

Nous avons dr'jà dit plus haut que Basiian est un homme phéaoménAl. II a certainement plus fait, à lui tout seul, pour ce à quoi Roberty donne le nom d* « histoire naturelle de la société » que l'ensemble de tous les investigateurs précédents sur ce terrain.

Nons ne pouvons ici apprécier suffisamment tout ce que la sociologie lui doit. Seules les générations à venir pourront se rendre compte de retendue de cette dette. Les services qu i! a rendus, notamment à la sociologie, sont trop considérables pour qu'un seul homme puisse les célébrer dignement. On ne peut même pas encore, maintenant, se rendre compte suffisamment de l'abondance dea pensées profondes et excellentes contenues dans ses nombreux ouvrages. En tout cas, l'exploitation complète des trésors qu'il a accumulés pour la sociologie est une tâche bien au-dessus Je nos forces individuelles et nous tenons à le dire tout de suite. Nous nous bornerons à quelques observations détachées, au sujet de ce géant intellectuel.

Bastian a bien trop de savoir pour pouvoir jamais arriver à construire quelque chose de systemaftique. Toutes les fois qu'il le tente, son édifice à peine commencé est renversé et entraîné par les flots de son savoir. Qu'on prenne, en effet, l'ouvrage par lequel, en 1860, il a débuté : « Dcr Mensch in dcr Gcschichte n [Llioimne dans t histoire). La pensée directrice de l'ouvrage se trouve dans le sous-titre : « Zur Begrûndung einer psychoiogischen Weltanschauung » (Pour inaugurer une conception psychologique du monde). Cette pensée reparait ensuite dans tous les autres ouvrages

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de Bastian. Il s'en inspire dans toutes ses investigations ; t41e est l'étoile qui le guide sur le vaste océan de la science qu'il possède.

Cette pensée maîtresse date» sans doute, du temps où, à Berlin, la « psychologie des peuples i> commençait à fleurir. C'est ce qui semble résulter du passage suivant de la préface de Vhamme dans t histoire ; « U n'est pas permis à la

psychologie de rester cette science bornée qui, en étudiant les phénomènes pathologiques, les données fournies par les maisons d'aliénés et par l'éducation, se borne à l'observation de l'individu par lui-même. L'homme, en tant qu'animal politique, ne se complète que dans la société. Nous avons à prendre pour point de départ l'humanité, notion qui domine toute notion; car elle est le tout unitaire^ à l'intérieur duquel le simple individu ne figure que comme partie intégrante. »>

Cette « humanité » est le grand domaine sur toute la surface duquel Bastian épie les manifestations de la « pensée n humaine. Bastian considère sa tâche comme une lâche psychologique; s'il s'efforce de montrer clairement r&me des peuples, c'est qu'il les considère comme des fragments de lîiumanité et qu'il veut arriver à montrer non moins clairement l'àme de l'humanité. Dans ses écrits postérieurs, dont nous allons parler, il nomme les manifestations de cette âme « la pensre des peuples ».

Bastian n'est donc pas, à proprement parler, un sociologiste, car il insiste moins ou n'insiste pas du tout sur le processus du développement social : néanmoins, il fait inconsciemment de la sociologie, en allant chercher partout dee exemples de ce processus de développement, pour démontrer <c la pensée des peuples ». Bastian prétend être un psychologiste des peuples : en cela il s est assigné une tâche fausse, impossible môme ; aussi esl-il par la force des choses poussé dans une autre voie, celle de ïethnographiey et il finit par édifier ime... ethnologie* Telle est, esquissée à grands traits, la marche du développement de Bastian.

Pour les détails, quelques citations nous suffiront.

Bastian se place immédiatement au point de vue réaliste : nous entendons par là le seul point de vue réaliste qvà soit exact, celui qui réunit le matérialisme et Tidéalisme.

Bastian lui-même s'explique à ce sujet : « Si jusqu'à présent les soi-disant matérialistes ont échoué dans leurs tentatives en vue d'édifier de nouveaux systèmes, s'ils ont profondément déçu les vastes espérances du public ; s'ils ne sont pas parvenus à dissiper les brumes dont, à toutes les époques et chez tous les peuples, l'homme, suivant son penchant au surnaturel, a enveloppé l'horizon terrestre, cela tient à ce qu'ils ont négligé la psychologie, à ce qu'ils n'ont pas su la retirer, des mains de la spéculation dialectique et la réclamer comme leur appartenant. Ils se sont posés en adversaires des idéalistes, au lieu de comprendre dans les sciencrs de la nature et d'ajouter aux objets de leurs investigaliom ce qui intéresse les idéalistes. La véritable science ne eonnaii ni matérialisme, ni idéalisme, car elle embrasse tun et Vautre. La psychologie (d), ne pouvant édifier que sur les autres sciences de la nature, était forcée d'attendre que ses fondations fussent prêtes ; mais maintenant que celles-ci sont sorties de terre, elle vient se superposer à ces autres sciences directcmeiit sans rien d'intermédiaire, et sur ces étroites assises du monde perçu par les sens le monde des idées s'élève jusqu'à 1 miini (2). »>

(1) Il s'agit ici de U « psychologie » des peuples, basée sur des éludes

ethnographiques.

(2) Le traducteur est forcé de convenir qu'ici, s'il croit avoir rendu ia pensée de BasUan, il n'a pas renda teitaellement la physionomie da texte; il

avoue qu'il a changé un peu les métaphores ; il a craint de se voir attribuer des séries d' images qui peut-être ne se rattachent pas i)ieu clairement les unes aux autres. 11 a pensé que, faute d'avoir le texte sous les yeux, ou ne lui Uendrail pas compte de son abaègation. Voici, du reste, la traducUon Uktèralo. Le Ipcleur sera à mî^tne de jutrcr si le traducteur a eu raison : n Si jusqu'à présent les eseais de ceux qu'on appelle les matériali? les, d'élever de nouveaux systèmes, ont échoué; »i iesdits matérialistes n'ont pas pu satis-. Ihire les attente» ewr-tenduee da publie et ii*ODt trouvé aucuae répon»e à ce profond rf<?5ir de l'humanité [Le mot métaphorique allemand exprime un désir intpnsc et anxieux, il dérive d'un mot qui signifie tendon et par suite corde d'arc], a ce désir qui^ dans tous les temps et chez tous les peuples, circoncrd^NMOilariserAerlson terrestre Je vice consistait à négliger la psychologie, qu'ils n'ont pas su retirer des mains de la spéculation dialectique et réclamer eouiine un domaine leur appartenant. C'ost aiti'^i qu'ils s'avancèrent en parti au-devant des idédlislcs, au lieu d'amener les oiijcts duces derniers

BASmN

Maintenant, quelle est l'attitude de Bastian, par rapport à ce qui existe dans le monde social ? Voici sa réponse : « Aucun investigateur sérienx ne se laissera plus aller à de romanesques utopies et pians de réforme. Ce gui existe se révèle comme étant ce çu*il faut, par la raison que cela est devenu tel^ — dès que, en en comprenant le pourquoi, nous reconnaissons le dt'velojypcment rr(/lé par une loi. » Nous le voyons: il y a chez Bastiaii toutes les conditions préliminaires d'une véritable science objective. C'est en se plaçant au point de vue d'une science ayant ce caractère, seul point de vue exact, que Bastian veut amasser au préalable <c des documents » pouvant finir par constituer des « collections statistiques relatives à la psychologie ». (Il s'agit toujours de la « psychologie des peuples ».) Sun but est de « mettre le lecteur au courant des particularités de la marche de la pensée dans les différentes rares d^honime », Malheureusement (ou peut-être heureusement pour la science de l'avenir) Bastian donne à cette tâche qu'il s'est imposée lui-même une étendue si grande qu'il ne pourra jamais arriver à une conclusion qui satisfasse le lecteur, — une étendue incommensurable. Ce qu*il veut n'est ni plus ni moins que de donner une statistique des pensées, qui montrerait qu'un nombre d'éléments psychologiques primitifs toujours lo môme circule^ d\m cours régulier et uniforme^ à travers les têtes de tous les peuples de tous les temps et de toutes les histoires ».

Bastian écrivait ces mots en 1860 ; depuis cette époque, l'infatigable statisticien des pensées des peuples n'a pas cessé de travailler à sa statistique, de publier ses tableaux sous toutes les formes possibles. 11 faut que son esprit soit d une

dans te ressort des iavcsligations des sciences de 1a nature. La véritable

science ne connaît ni matérialisme, ni idéalisme, car elle embrasse tous les deux. La psychologie avait à attendre le développement des autres sciences de la nature, car elle ne peut se mettre à édifier que sur elles ; mais m:iintenaDt quc^ travaux pré liminaires ont été poussés suffisamment loin, elle entre, â son tour, à tilro de nouveau membre, dans la série de ces sciences, pour jeler àiusï le ponl allaut du cercle étroit de ce qui dépend des sens [Le mot allemand est le substantif d'attribution, ou de propriété, ou de faculté, dérivé deteiu; bref, on pourrait le traduire pur un néologisme asses rniTcot : la sensicilé] jn«quo d.in=^ Tt-inpire iiiQiii des idée?. » Voilà la vraie traduction. On comprend qu'il était périlleux de la livrer telle quelle.

vigueur extraordia.iire pour être resté clair etalcrle en dépit (l'un tel labour, car ses statistiques des pensées des peuples ont fini par former des forêts où ne manquent pas de s'égarer les simples mortels qui ont Taudace de s'y aventurer.

L'idée ne nous viendra point de regretter cette abondance, car, comme nous Tavons dit, elle est inestimable pour la science de Tavenir. Celle-ci saura s'orienter )& dedans. Mais posons-nous une question : Gela était-il inévitable? Bastian, en procédant d'autre façon, n'aurait-îl pas pu communiquer clairement, intellijiihiement à ses co7itemporains les lois de celte circulation uniformément régulière?iNous croyons qu'il l'aurait pu, s'il avait été plus sociologisle et moins psychologisle des peuples. Nous allons nous expliquer plus clairement. Le trait principal et caractéristique des recherches de Bastian est la tendance à expliquer tous les phénomènes sociaux par les pensées des peuples, et s'il rassemble à profusion... des faits de la vie sociale, ce u esl que pour y déchiffrer les pensées des hommes et au moyen de celles-ci les pensées, l'ànie des peuples. Ce qui est primaire pour lui, c'est toujours la pensée ; les faits n'en sont qu'une émanation. U est vrai qu'à son avis les pensées ne surgissent que sous l'influence des phénomènes de la nature extérieure, mais le monde social ne serait d'après lui qu'une émanation de ces pensées ayant ainsi surgi.

Voici le schéma du système de Bastian : a. nature, b. homme et pensée, c. société et pensée sociale. C'est par cette dernière partie qu'il couronnerait son édifice scientifique; la tâche scientifique suprême qu'il voudrait accomplir est la psychologie des peuples. Ëntreprise irréalisable, irréalisée, étant paradoxale. Irréalisée, bien entendu, pour celui qui cherche des résultats clairs. Un tout autre procédé d'examen, une toute autre lâche sont prescrits à la sociolojiçie. Ce qu'il faut mettre en avant, dans la sociologie, c'est le dévelo]iponient c/e.s faits, c'est le processus social. Le fait social, voilà ce qui est primaire. L'homme disparait dans ce fait; on n'a pas à s'occuper de lui au d<>but. L'homme suit le fait social et le développement social ; il en reçoit sa pensée^ son âme. La pensée sociale, c'est à dire l'idée des faits sociaux.

n'apparaît que par réflexion, dans l'esprit humain, dans l'esprit de l'individu.

Le schéma du syslème de la sociologie est doue bien diilérent du schéma de Bastian. Le voici : a. élément» sociaux (bandes, hordes, groupes, etc.), b. l'homme (corporel et intellectuel) considéré comme résultant de ces éléments^ c. le processus social et ses produits sociaux, d. les produit» éthico-sociaux considérés comme résultant de la réaction entre l'individu et la société. Ici, ce qui est primaire, c'est le phénomène social, le fait social ; la pensée de l'individu et les formations éthico-sociaks (telles que la religion, le droit, la morale, etc.) en dérivent; elles sont secondaires* Bastian, nous le voyons, n'a donc pas complètement

. échappé à l'idéalisme philosophique, et, chose qui montre qu'il n*en est pas hien guéri, il présente encore un sympt^Vme très accusé d'individualisme,... d'atomisne, mé-> Ihode qui consiste à expliquer la collectivité et sou développement par l'individu et par sa nature.

C'est ce que trahit l'ordre de ses investigations consignées dans son ouvrage : « Der Menscà in der Geschichie » (L'homme dam rhistoire).

Le premier volume traite de la psychologie, celle de l'individu ; le second, « Psychologie et mythologie », traite du rapport entre l'individu et la nature; le troisième s'occupe de « psychologie polilique » et termine par un exposé de la société. Cette division suffit à montrer (jue Bastian prend l'individu comme élémcut pour essayer de résoudre le problème de la (I société », méthode qui ne nous parait pas celle à employer en sociologie et qui a eu peu de succès en économie politique, oii on la désigne sous le nom légèrement dédaigneux d' « individualisme » et « d'atomisme ». Bastian s'en tient à elle, même dans ses recherches sur l'Etat et la société. Ainsi, son explication de la propriété est l'explication traditionnelle : la propriété dérive de cet acte primitif de prise du « fruit de l'arbre », que le sauvage accomplit pour calmer sa faim (i). Il n'a pas su se débarrasser do

(1) DerMeiueh, t. III» p. 217.

l'ancienne plirasc do l idc^alisnic philosophique, d'après laquelle la propri«Hé est « lelargissemcnt nécessaire qui doit forcément être donné à la sphèro de la personnalité dans la société ».

De môme Bastian fait dériver TÉtat de la famille, laquelle par ses accroissements progressifs serait devenue peu à peu la tribu (1). Dans ses ouvrages postérieurs, il renonce à ces réminiscences d'idéalisme philosophique et d'économie politique raLioiiiiolle ; il donne à son « histoire naturelle-de l'humanité » une direction de plus en plus oltjoctive et il termine par un système d'ethnologie franchement orienté dans ce sens.

Même les ouvrages ethnographiques purement descriptifs en apparence (F^/^er</es()5//fcAtfii Asiens, i%&7,Ethnologische Forschuttgent 1872, RechtsverkàUnisse der VÙlker^ 4872, etc.) renferment, çà et là, dans une masse de matériaux inappréciables, des réflexions, résultais d'observation rigoureuse et d'ingénieuses combinaisons, qui font époque dans la science sociale. Nous nous bornerons, ici, à citer comme exemple Tintroduciion de ses Ethnologische Forschungen {Invesùga^ tions ethnologiques) avec les éclaircissements importants qu'il donne « sur la notion ethnologique de la descendance et sur la parenté », ouvrage sur lequel nous aurons souvent l'occasion de revenir en exposant le développement social.

Là il prend corps à corps l'usage courant et l'abus des cxpressiuns : « indigènes »{Ein(/eôorene), <« liliation i^iAdstam- 7nimg)ei « parenté » [Verwaïuitschaft). 11 montre que tous ces mots, vu la nature des choses, ne peuvent avoir qu'une valeur très relative^ car nous ne savons rien sur ce qu'ils couvrent, ou du moins nos renseignements à cet égard sont si tardifs qu'il ne nous est pas possible d'employer ces mots dans leur véritable sens.

« Le peuple-souche que l'analyse historique indique commeétant provisoire)nnil\ii dernier... est le seul qui puisse passer pour indigène, et les écrivains classiques, tout en mentionnant comme autochtones d'une localité les habitants

(1) Oer Utmoh, 1. 111, p. 363.

auxquels on ne connaît pas de résidence antérieure, se contentent, en général, de décrire les habitants trouvés dans tel ou tel pays, sans inférer quoi que ce soit relativement à l'origine de ces derafers ; d'ordinaire cependant ceux que fon appelle les aborigènes étaient eux-mêmes précisément et notoirement des immigrés, ce que rétymologie de leur nom rappelle en les rattachant aux montagnes. »

La théorie biblique de la descendance, sur laquelle sont fondés tous les systèmes de science politique et de science sociale, peut- elle ôtre mieux critiquée, mieux renversée qu'au moyen de cette remarque de Bastian : « Partout le peuple cherche le premier hommes comme rappellent les Peaux-Rouges ; partout il cherche le premier ancêtre {Siammvoter) âe l'homme, c'est à dire le premier ancêtre de la nation (des Sttiifiimes) (1), car toujours [comme le prouvent dos exemples suffisamment nombreux, pris en Amérique, en Asie, en Australie, etc.] le nom propre de la nation coïncide avec le nom donné aux hommes en général » ?

« £n ce qui concerne la provenance », continue Bastian, « on voit se manifester, une différence : c'est que tantôt le peuple antérieur a surgi du sol^ dans lequel il était destiné à

(1) M. Gamplowici a fait remarqoer, dans La lutiê de» raeti, ce quil y a

d'incertain dans le sens des mots employés pour désigner les grandes n^glomérations d'hommos. A celle occasion, le traducteur a pris la lihorto de signaler tout spécialement les dirûcullés que ptcseuto à la traduction le mot Skanm, oa mot, dont le sens propre est ironCf signifiant métaplioriquement, non paiement ce qne nous appt lons souche généaiogiqui, mais cDcore tronc généalogigue , lignée, estof, tribu, tandis que tribu implique pour nous une subdivision dépeuple ou de nation. Le traducteur croit pouvoir traduire ici Stamm par no/tda, ear tuiiion^ par son sens étymologique supposant une communauté de naissance, se rapproche de /ronc, qui, par image, implique celle même communauté. Seulement, il devra i^tre entendu que nali-jn pourra signifier une petite nation^ et que ce mot, malgré son étymologie, devra se prêter à toutes les réserves quePon voudra faire au sujet des iuTasions, des fbeions.brcf, des mélanges de sang, par quelque cause qu'ils aient eu lieu. Quant au mot Abstammung, dérivé de >^tnmm, Il n'a pas le sens concret que nous doonous généralement (pa^ toujours] au mot descendance; il siguitie plutôt ie fait *h dnetndret la fiUalion, le lignage. Dejteendaneet à vrai dire, peut se prendre dans cette dernière acception, qui est la plus conforme <^ la déeinence, et le traducteur ne se fera pas faute de le prendre ainsi lorsque la clarté n'aura pas à eu soutfrir; mais l'abus qui a été iait du sens sccoudaire diminuera la précision du mot, et, par suite, limitera le nombre des cas dans lesquels ce mot pourra, sans inconvénients, Gire employé dans le sens propre, c'e?t-à-dire dans son premier sens. Le trailu^teur prendra doîic de pn f(trencc ie mol filiation pour exprimer le /ail de descendre d'un certam aucclrc.

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se retirer plus tard devant les envahisseurs (enfantés par des animaux errants ou des oiseaux), et que tantôt le peuple antérieur est issu d'arbres ou de lianes et n'a pas été admis à mélanger son sang avec celui de ses héros fièreinent descendus du ciel. D'après les traditions grecques, les Laos procèdent des pierres; d'après les traditions allemandes, les Saxons procèdent du roc ; les traditions assyriennes développent une théorie de l'évolution ; les traditions lybiennes renouvellent les conceptions des Moxos ; les traditions Scandinaves sôrient les classes de la création priiiiilive; mais, depuis que la légende spéciale aux Sémites a été répandue sur de vastes espaces, — par le christianisme en Europe, par l'islamisme en Asie, — toutes les diversités ont été rame' nies à la trinité uniforme des patriarches échappés au déluge avec leur père* »

Ce passage est caractéristique de la manière propre à Bastian et montre bien comment cet auteur s'entend à rapprocher un grand noynhre de faiî^ pour rôfuter des opinions erronées. En citant des opinions qui se représentent partout, il montre qu'elles ne sont qu'une forme de prnsée du genre « homme » et de cette façon il dissipe l'illusion d'après laquelle ces opinions renfermeraient quelque chose de vrai et de réel.

Après celte filiation de Thumanité, conforme uu schéma delà tradition biblique, rienn'estplus funeste à la sociologie que les idées fausses sur la filiation [Ahstammnnr/) et la parenté des peuples. Ici encore Bastian, par son intervention, a redressé des erreurs, fait la clarté et rendu à la sociologie . des services qu'on ne saurait assez apprécier.

« Parenté et filiation ( Verwandtschaft und A àstammung) : voilà des mots qui, comme tant d'autres, sont usités tantôt dans leur sens propre^ tantôt dans un sens ligure, mais qui dans les sciences inductives ne devraient être employés que comme termes techniques et dans un sens nettement fixé. La parenté proprement dite suppose môme filiation; dans un sens plus large, néanmoins, la parenté peut être produite par alliance, La filiation ne peut guère être suivie rigoureusement que sur un nombre limité de générations. Âu delà

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