Analyse bu développiment social
L'égalité ne règne que dans les bordes sociales les plus primitives : là seulement personne ne travaille pour autrui ; là seulement la satisfaction des besoins s'effectue sans
domesticité des uns vis-à-vis des autres, sans coniuiaiidement et sans obéissance, sans suprématie ni dépendance. Là point de chefs et point de subordonnés; uue égaie misère est io lot de tout le monde.
a Rink ayant demandé aux gens de ^iicobar lequel d'entre eux était le cbef » — en guise de réponse, ils lui demandèrent en riant comment il pouvait' croire qu'un seul bomme pût avoir de la puissance contre tant d'autres. )» Les exemples de ce genre sont nombreux. « Une égalité complète semble régner » chez les Haidahs, en Amérique. Cbez les tribus californiennes « chaque individu agit à sa guise ». Chez lesPîava jo^ « chacun est son propre souverain (1) ».
« Les hordes d'Esquimaux, d'Australiens, de Bushimans et de Fttégiens n'ont même pas ces distinctions sociales qui se forment par un exercice permanent de fonctions decbef. Leurs membres ne sont soumis à aucune autorité, sauf celle qu exerce momentanément le plus fort, le plus riche, le plus expérimenté. Il n'y a pas le moindre germe d'inégalité (2). »
(1) Ces exemples sout tirés de Spemcer, Polilicai institutions^ p. 331. Voir aQMi, p. 8S0* (1) Srmcn, SoeMogy, 1, 490.
Ce qui s'oppose à ce que les uns mettent les antres... à leur service, c'est sans doute le sentiment de l'égalité, de la
solidarité, de la •< parenté sanguine ». Ce sentiment est le même que nous trouvons, à une époque bien plus tardive, entre les membres des classes dirigeantes. C'est ce qu'exprime le dicton polonais : « Sziachcic na zagrodzie rôwny woyewodzie » (le plus pauvre gentilhomme est l'égal du duc). C'est l'égalité dans le groupe syngénétique (1).
La horde primitive ne sort de cet état à^égaUté dans la liberté, l'indépendance et la misère que lorsqu'une horde étrangère pénètre dans son rayon, ce qui a Heu généralement à la suite d'une incursion pour omigrer et pour piller. Si la première soumet la seconde, dès lors la satisfaction des besoins primitifs se fait plus facilement, et de plus la vie économique s'élève à un degré supérieur. 11 y a pour cela supplément de travail, mais ce supplément est fourni par la horde assujettie.
Si la horde victorieuse se déclarait définitivement satisfaite d'être parvenue à ce degré supérieur de vie économique et, sachant se contenter d'avoir acquis ce moyen plus facile de satisfaire ses besoins, pouvait fermer son État à toute influence étrangère, le développement pourrait s'arrêter. Mais cet isolement, du genre de celui que rêva Lycur^ue, ne peut jamais se réaliser. Il ne peut y avoir d' « Etats fermés », quand même ils auraient des barrières analogues à la grande muraille de la Chine.
Les causes qui ne permettent pas pareille stagnation sont très variées. D'abord l'augmentation constante des besoins, et non pas seulement pour la classe qui gouverne, mais aussi pour l'autre. Les besoins augmentent au fur et à mesure qu'ils sont satisfaits : celte loi s'applique partout. Ensuite, 1 État fermé devient à son tour l'objol de la cupidité d'autres États et d'autres peuplades. Enfin, par une conséquence nécessaire, il est obligé d'augmenter et de fortifier constamment ses moyens de défense et de résistance, même ses moyens d'attaque, en proportion de Taccroissement de
(t) Voir La lulU da races, p. 240*