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Objet et caractère de la lotte sogiai

Pour quels objets précis et avec quels moyens cette lutte a-t-elle lieu? Quelle en est l'essence?

Le premier objet de cette lutte est la proportion des droits réciproques : les déshérités, les sacrifiés, les sam-droits s'efforcent de faire tomber les entraves que les puissants, les privilégiés leur ont imposées dans l'intérêt de la domination. Nombreuses sont ces entraves. Quelt[ue^-iiiies, plus importantes que les autres, se retrouvent toujours même chez les peuples les plus dilTérenls : ce sont l'interdiction de mariage, la non-accession aux emplois et dignités, l'incapacité de posséder des terres. Le maintien de ces entraves et d'autres analogues est la condition sine çua non du maintien de la suprématie. Les sans-droits s'efforcent de les soulever pacifiquement dans l'intention de les rejeter ensuite.

Pacifiquement, disons-nous. Mais comment ?

Presque partout, Tordre politique établi, la souveraineté organisée, no put se disj)ensor d'admettre les gouvernés à quelques droits restreints, à quelques infimes fonctions : c'était dans l'intérêt de la collectivité. On n'usa pas partout de rigueur et de cruauté comme à Sparte; on ne fit point partout la chasse aux ilotes en excès, comme aujourd'hui même les colons d'Australie font la chasse aux indigènes. Il n'est

L ÉTAT CONSIDERE COMMB ORGANISATION ÉCONOMIQUE. Sii

point surprenant qu'à Sparte la lutte des ilotes n'ait pu

être pacifique ; mais la suprématie des maîtres n'en fut point consolidée ; toutefois, lorsqu'elle succomba, ce fut parceque les choses prirent un autre cours.

Dès que, dans i'intérôt do la collectivité, . . . des droits et des fonctions, si peu importants soient-ils, ont été accordés à la partie subordonnée, celle-ci les fait servir d'instrument pour élargir le cercle de droit dans lequel on Ta enfermée et pour rejeter les entraves ({ui la gênent.

Une lutte pacifique de ce genre suppose deux conditions préalables : le bien-être et des luniières intellectuelles.

Le bieu-ôlre est la conséquence nécessaire de la prospérité collective. Lorsque les affaires des maîtres vont bien, le niveau du bien-être des autres ne peut que s'élever. Gela est fatal, cela est nécessaire pour que les nîattres puissent jouir de la vie, sans être troublés dans leur satisfaction. Seulement, pour tout le monde, « l'appétit vient en mangeant », conformément au dicton populaire. Après avoir prravi le premier échelon des jouissances de la vie, les subordonnés se sentent ponssf's à gravir les autres.

D'autre part, les gouvernants ne peuvent pas plus se réserver toutes les pensées qu'ils ne peuvent se réserver tous les biens de la vie. H y a plus : comme, après les phénomènes naturels généraux, ce sont surtout ies faits sociaux et les circonstances sociales... qui éveillent des pensées, les classes surboiduniiees se trouvent dans une sititalion plus favorable AM développement intellectuel, à partir du moment OÙ elles sont délivrées non pas de toutes les charges et de toute la misère dont elles souffraient, mais do l'excès de ces maux. Les groupes dominants éprouvent pim faiblement l'influence du monde extérieur, des faits sociaux et des circonstances sociales ; la vie s*écoule plus doucement pour eux ; elle n'éveille pas en eux de réaction violente, elle les endort intell(M l ut ilement. Il en est autrement dans l'abîme au fond duquel bouillonne l'esprit du « peuple >». Certainement, il s'y trouve des masses qui succombent sous le fardeau de la vie et qui croupissent abruties; mais, lorsque

2i2 ÉLÉMENTS SOCIAUX ET LEURS COMBINAISONS.

le fardeau vient à être allégé un peu ou à peser sur une

nature plus vigoureuse, la réaction intellectuelle n'en est que plus puissante. A tout prendre et relativement, la vie produit plus cT idées dans les classes dominées.

Mais un peu de bien-être et un peu d'idées, Aristote déjà le savait, cela constitue le ferment qui soulève les masses. 11 ne faut qu'une occasion favorable. Vienne un danger extérieur ou une défaite de TÉtat, une réunion populaire permise ou tolérée, une grande émeute, alors une première brôcfae sera faite au mur de séparation. Voilà le commencement. Le développement ultérieur dans Tagora ou le forum est inévitable. Les mômes facteurs restent agissants, le méthode est éternellement la même, ut le résultat finalement est le même. Au début du développement, vœ victisi A la ûn souvent, va victis !

Formation des cbsBOS et hiérarchie d'aatorité.

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