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Ihplubmcb des marchands

La lutte sociale, en réalité, n*est pas aussi simple que dans le précédent exposé théorique. Elle le serait peut-être si dans l'État il n'y avait toujours et partout que deux

classes rigoureusement distinctes: les gouvernants et les gouvernés. Mais les choses n'en restent jamais là. Le développement économique et les faits historiques créent un grand nombre de classes; or la tendance politique uniforme de toutes les classes crée une hiérarchie politique compliquée, un droit public compliqué, en vertu duquel des classes intermédiaires s'insèrent et se développent, relativement gouvernantes et gouvernées à la fob, entre les classes supérieures et les classes inférieures, entre celles qui sont absolument gouvernantes et celles qui sont absolument dépourvues de liberté. Elles peuvent tenir en dépendance les classes inférieures et être elles-mêmes tenues en dépendance par les classes supérieures, ou bien elles peuvent dans certains départements de la vie être dépendantes et gouvernées, dans d'autres exercer de l'autorité en haut et en bas. Ces relations d'autorité sont très variées.

L'organisation d'autorité la plus simple est la division en maîtres et en serviteurs, la « civilas » des Romains, dans toute sa simplicité. C'est du dehors qu'on lui porte les premiers coups; les gens qui l'ébranlent sont les marchands venant la visiter. Jules César, dans ses Mémoires, nous fait bien voir de quelle façon, à partir de ce moment, la hiérarchie politique primitive est ébranlée. Les Belges, dil-il,

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étaient de tous les peuples de la Gaule les plus braves :

« propterca quod a cullu alquc humanitatc pruvinciœ lonffissime absiifit^ minimeque ad eos jncrcatores sœpe commoant atque ea^ quw ad e/feminandos ammos périment, important ».

Voilà donc ceux qui ébranlent la hiérarchie politique primitive, ^cette hiérarchie pour laquelle il n'y a que des maîtres et des esclaves, des hommes exerçant une autorité absolue et des hommes absolument asservis ; ce sont les

mercalores, qui — cherchant dus bénéfices — viennent frapper aux portes de la c/u//rtr5 primitive et, grâce à l attrait exercé par leurs « beaux articles » sur la naïvL'l«j des hommes primitifs, obtiennent la permission d'entrer.

Ils sont incontestablement les pionniers de la civilisation. Les rivages les plus inhospitaliers, les pays les plus inconnus, les régions les moins praticables, — ils les recherchent, ces « missionnaires ndu commerce; leurs biens et leur vie, ils les exposent; et à des milliers d'entre eux tonib»?s en victimes succèdent intrépidement d'autres milliers, non moins prêts à se sacrifier : — tout cela, pour « les aiïaires ». 11 en a toujours été ainsi ; nous n'avons pas seulement les témoignages classiques comme celui que nous venons de citer; nous n'avons pas seulement l'histoire des colonies européennes dans toutes les parties du monde ; nous avons encore l'histoire contemporaine. Qui donc aujourd'hui s'engage dans les sentiers impraticables du continent noir? Qui donc remonte audacieusenient le Congo et le Niger pour pénétrer jusqu'à ces tribus farouches dont le premier accueil à tout étranger est celui que l'on fait à un animal sauvage considéré comme de bonne prise? Le marchand avec sa marchandise, le hardi citoyen des villes hanséatiques, le « négociant âpre au gain ». D est vrai que, s'il fait de bonnes affaires, il est bientôt suivi par les « preux chevaliers » et les « patriotiques hommes d'État ». Il en a toujours été ainsi, il en est encore ainsi, il en sera ainsi par la suite.

Bref, 1 Klal j)rimitif avec ses deux couches sociales, avec ses maîtres et ses serviteurs, entre en relations avec le marchand qui est venu oilrir sa marchandise. Ce marchaud est

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