JuSTIFICàTlON DB Là SOaOLOGIE
Les trois classes ne se différencient donc que dans leurs fonctions; quant aux compensations, aux rémunérations, elles se réduisent toujours à un môme étalon*: elles consistent, en dernier lieu, en une somme plus ou moins grande
de services humains rendus en nature, ou accordés sous forme de privilèges, de droits créés et de droits cédés.
(1) Voir LmnT, GueMeMe det Prdtttrthumê»
Au point de vue du rationalisme il est, certes, facile d'objecter que les fonctions de la classe des prêtres sont fictives, qu'elles ne correspondent pas en valeur au travail
que l'on fait à la sueur de son front et que l'on donne en échange. On peut en dire autant des fonctions de la classe seij^nieuriale. Mais à quoi bon rf^criminer contre cqs frrit.'î : les besoins religieux des hommes réclamant satisfaction non moins impérieusement que les besoins matériels, la classe seigneuriale occupant dans Téconomie sociale une place où on ne peut lui substituer autre chose?
La sociologie, du reste, doit de toute nécessité s'abstenir, de critiquer la nature en quoi que ce soit de ce genre. Seuls, les faits et leur régularité ont un intérêt pour elle. Au point de vue sociologique, il n'y a pas lieu de demander si les choses ne pourraient pas être autrement, si elles ne pourraient pas être mieux, car les phénomènes sociaux dérivent fatalement de la nature humaine et de la nature des relations humaines.
La sociologie arrive t reconnaître que les faits sociaux existants, qui sont maintenant connus de nous et dans le nombre desquels rentre éj^alement la formation des classes, sont parfaitement adé(juals à la nature des hommes et à la nature de leurs relations réciproques. Il n'y aurait pas de maîtres, si les maîtres no trouvaient pas de serviteurs; il n'y aurait pas de prêtres, si les prêtres ne trou- . vaient pas de croyants ; il n'y aurait pas de marchands, si les marchands ne trouvaient pas d'acheteurs, etc. Le phénomène de la formation des classes s'explique ainsi par une loi universelle : tout besoin général, par conséquent tout besoin social, se crée ses satisfacteurs, et c'est ainsi qu'en vertu de chaque besoin social se produit une classe. Cette classe est indispensable, puisqu'elle est capable de satisfaire à un besoin social : premier point à noter. Satisfaisant à un besoin, elle reçoit pour cela un- équivalent qui finalement se réduit à des services humains, c'est à dire à une partie des moyens de puissance existants : deuxième point. Chaque classe, en exerçant la puissance ainsi obtenue, possède une partie correspondante de l'autorité dans l'État.