Apparition d£ nouvelles classes
Nous venons d'énumérer la classe seigneuriale, la classe sacerdotale, la classe commerçante ^t la classe ciilti\ati ice. Sommes-nous maintenant au bout de notre recensomoiit ? La formation des classes est-eilo terminée? Nullement. Les besoins des hommes, nous Tavons dit plus haut, augmentent à l'inûni : les besoins qui ne cessent de se produire pendant que la civilisation va se développant... font donc surgir incessamment de nouvelles classes professionnelles et de nouvelles castes. Plus le système politique est compliqué et avancé, plus la civilisation est puissante et grandiose, plus les classes professionnelles sont nombreuses, — plus aussi sont compliquées la hiérarchie d'autorité et la dépendance mutuelle des divers cercles ou groupes sociaux possédant une certaine puissance sociale
On peut donc dire que le progrès du développement des classes est parallèle au progrès du développement des besoins.
Ce dernier développement est celui que nous avon^ à considérer d'abord. Nous avons constaté des besoins matériels et des besoins intellectuels ou moraux; ceux-ci avaient leurs racines dans la nature des hommes ; on pouvait les appeler besoins primitifs. Mais voici que la vie civilisée produit incessamment de nouveaux besoins» que Ton pourrait qualifier de secondaires. Lorsque Tbomme ignore la civilisation ou est encore au dernier degré de celle-ci, ils lui sont totalement inconnus ; ils ne se font sentir qu'à la suite de la civilisation: seul, F homme civilisé X^s ^^voxxvq.
Prenons le premier exemple qui se présente. Au degré le plus bas de la civilisation, le prêtre est en même temps médecin ; les hommes n'éprouvent pas encore le besoin d'avoir un médecin laïque. On pourrait dire que, si à un degré plus avancé, le besoin d'un traitement médical arrive à accompagner le besoin religieux, c'est en vertu d'un pro* cessus de différenciation. Dans l'État civilisé la classe des médecins apparaît pour satisfaire à ce besoin, elle se crée
22i ÉLÉMENTS SOCIAUX ET LEURS COMBINAISONS.
son orgaoisatioiiyeliealteinl sa position sociale, elle s'eOorco de l'organiser et consolider juridiquement.
De même, comme les rapports sociaux dans l'État civilisé sont connexes avec le système juridique, cette
muiuelle dépendance a^faiL liaiUc le besoin d'une aide juridique et a fait surgir la classe des juristes, dont la puissance dans rÉtat est adéquate à la grandeur, à rimportance et à la généralité de ce besoin. On sait combien cette classe a d'influence sur la vie politique des États modernes, quelle puissance elle possède, quelle autorité elle exerce.
Le besoin qu'éprouve Tadministration supérieure des États grandis... de déléguer à un certain nombre de fonctionnaires le soin d'accomplir les divers actes d'autorité... et lu besoin qu éprouve le peuple... d'entrer en relation avec ces fonotioniuiires... ont fait naître la classe des employés, qui a ses intérêts, qui possède une puissance et qui par conséquent exerce une autorité dans sa sphère.
D'autre part, dans la classe commerçante et dans la classe industrielle, une infinité de sous^divisions se sont produites par l'effet de la nécessité survenue de la division du travail, ainsi que par l'effet de la multiplication des besoins concernant les divers produits et biens amenés par le commerce ou créés par les métiers, par l'industrie.
Dans l'État civilisé moderne, la grande industrie en tant que classe est en opposition tranchée avec la petite industrie, la classe ouvrière avec la classe des capitalistes et des entrepreneurs, la production agricole avec l'industrie, etc.
Chacune de ces classes a ses intérêts, qu'elle défend, sa
puissance qu'elle s'efforce de conserver et d'augmenter, et cliîu'une de ces classes pèse au moyen de cette puissance sur toutes les autres classes selon leur force et selon leur faculté de résistance; en d'autres termes, chaque classe participe à l'autorité dans l'État selon sa puissance. Seule cette puissance (et nous savons en quoi elle consiste) détermine la quotité selon laquelle chacune de ces classes est admise à ce partage, et cette quotité se mesure à l'influence, grande, petite ou nulle, que chacune d'elles exerce sur les di-
FORHATION DBS CLkSSt& BT HmRARCOIB D*AUTORITft. S85
verses actions de TÉtat, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
De même que les diverses classes de la petite industrie, de la grande industrie et du commerce étaient sorties de la classe moyenne par adaptation aux divers besoins de division du travail et de spécialisation, de même une classe spéciale de défense issut de la classe des seigneurs primitivement homogène, lorsque les progrès de Tart de la guerre eurent rendu inévitable la création de cette nouvelle classe. Celle-ci, renforcée ensuite d'éléments empruntés aux autres classes, engendra la classe militaire actuelle. Dans beaucoup d'États on essaye, depuis quoique temps, de tenir compte de certaines doctrines, de dissoudre la classe militaire en tant que classe indépendante et de la faire disparaître dans la collectivité du peuple par le service militaire obligatoire pour tous; cependant on en est encore à se demander si la nature des choses ne maîtrisera pas les efforts doctrinaires et si l'impériosité du besoin ne fera pas à la fin issoir de ces efforts chaotiques une classe militaire séparée et fermée.
Double mode d'apparition des classes.