Formation oeiginaire et foematioh secondaire
Nous avons vu que cerlainos classes (celle des sei^^neurs, «elle des paysans, celle des coniiuerçaiiU) difTèrent entre elles par la nature des éléments ethniques qui se sont rencontrés pour former chacune d'elles; nous avons .vu que la différence entre ces classes est originaire en tout, qu'elle «date de l'époque préétatique et qu'elle se maintient facilemeTît parceque, étant à la fois anthropologique et morale, elle permet aux classes et castes de se fermer sur ellesmêmes et de s'isoler les unes par rapport aux autres.
Nous avons vu aussi qu'il y a des classes (prêtres, grande industrie opposée à la petite industrie, savants, légistes, employés etc.) qui n'existaient pas avant l'État, qui sont issues de classes déterminées ou même de plusieurs autres par différenciation et qui ne se sont fermées pour constituer une classe qu'après l'accomplissement de ce processus. Dès qu'elles sont constituées, ces nouvelles classes s'assimilent complètement la nature des classes originaires, elles la copient pour ainsi dire dans la faeon dont elles s'isolent, dont elles défendent leurs intérêts particuliers, dans tout ce qu'elles font et dans tout ce qu'elles ne font pas, dans leurs luttes et dans leurs tendances au sein de l'État.
Ce phénomène se produisant sur le terrain social se trouve sous l'empire d'une loi générale* H faut donc que nous expliquions rapidement cette loi avant de fixer l'expression particulière qu'elle prend sur le domaine social.
L'opposition entre la formation originaire (ou primaire)
OOOBLB MODE D'APPARITION DSS CUSfiBS. m
et la formation secondaire des classes correspond, dans le domaine du monde organique, à Yhcrvdité et à Vndaptation. Ces deux modes selon lesquels se forment des types organiques sont radicalement contradictoires. Le problème de l'anthropologie consiste tout entier à résoudre celte contradiction ou à éliminer Tune de ces deux thèses. La question qui se pose est celle-ci : Qudi est le principe qui, dans le monde organique, modèle constamment? EsIh^ l'hérédité? Est-ce radapliition ? • • ■
La sagesse des siècles, qui n'est pas à dédaigner, répond : hérédité. Le matérialisme radical moderne répond : adaptation : «L^homme ei&tce qu'il mange. )> Le darwinisme prétend concilier les contraires et dit : l'hérédité et l'adaptation à la lois ! Examinons maintenant quelle est la réponse qui peut se rapprocher le plus de la vérité.
U suffit de jeter un coup d'œil, même superficiel, sur tous les êtres organiques pour constater que l'hérédité est le principe modeleur le plus puissant qui existe dans le monde organique. Les èUes sont comme ils sont, parceque leurs parents étaient ainsi. C'est clair cl c'est générai.
Mais le monde organique, nous présente aussi des phéno^ mènes exceptionnels que nous ne pouvons expliquer par la loi de l'hérédité. Lorsque nous rencontrons» — ce qui n'e^t pas la règle, mais- Texception, — des ôtres organiques conformés autrement ^f^^ leurs parents, nous cherchons à expliquer d'une façon quelconque cette anomalie incompréhensible pour nous. Parmi les théories que Ton a mises en avant pour expliquer ces cas de divergence, celle de TadaptatioD, de Darwin, est la plus ingénieuse et aujourd'hui elle est généralement admise. Elle dit tout simplement : Ce qui ne peut pas s'expliquer par l'hérédité doit forcément s'expliquer par la faciûté que possèdent les organismes de s'adapter aux conditions extérieures, adaptation à laquelle les pouâise et les contraint la lutte pour l'existence.
Cette théorie serait peu plausible par elle-même et elle aurait eu de la peine à faire son chemin si le génie de Darwin n'avait apporté et démontré, pour la soutenir, un certain nombre de laits de science naturelle. Gela lut décisif. Darwio
m ÉLÉMENTS SOCUUI ET LEURS COMBINAISONS.
fit voir que, dans un grand nombre de cas particuliers, des organismes s'adaptent, en ce qui concerne leur forme, aux conditions extérieures, et qu'en même temps ils modiflent lo type reçu en héritage ; il s'efforça même [ceci avec moins de succès) de démontrer que Les formes modifiées, les fonnes résultant de l'adaptation, se transmettent par rhérédité aux descendants.
Eh bien, nous croyons que, si la loi de Thérédité est hors de doute, si elle est patente, si elle est l'expression d'un fait, la loi de l'adaptation est non moins certainement une hypothèse qui, pour le moment, malgré les nomhreux exem()les particuliers cités pour l'appuyer, ne peut passer pour mise hors de doute, — tant s'en faut !
La cause de latpielle provient cette idée erronée de la formation des espèces par adaptation est, eroyons-nous, le phénomène suivant. Les êtres naturels se produisent de deux façons, Tune... originaire, l'autre... secondaire. Il y a dans la nature, pour ainsi dire, deux courants opposés, qui se rencontrent toujours et partout : nous pourrions les nommer orighialiU; et imitation. — En cfTet, ce que la nature a créé d une façon originelle, par une initiative qui nous est inconnue,.*, se produit fréquemment aussi sous l'influence de circonstances extérieures, qui sont bien compréhensibles et bien apparentes pour nous : par ce que l'école de Darwin appelle évohaion (1). — Le trayail de i'autogénisme et celui de l'érolutionisme sont partout enchevêtrés. Cela trouble nos idées. A propos de chaque i ti o organique, nous discutons : est-il d'origine ou d'évolution ? — Mais un seul et môme objet, un seul et même type peut (Cela a été démontré dans beaucoup de cas) se produire
(1) Comme la formation seton ce dernier mode, la formation secondaire ou évolutionnaire, est la plus compréhensible pour notre inlelligenee, tandis que la formation orif/inrlle, dans le domaine de la nature organique, lui échappe complètement et reste hon de sa portée, on s'explique pourquoi nou» lommes eneUns i donner partout et toujours la prcférence an mode secondaire, érolutionnairc. C'est ce que Darwin et Hflckel ont fait dans le domaine organiqn<\ le° sociologistes... dans le domaine social. Que ce modo soit le seul imaginable et saisissabie pour nous, cela est possible ; mais, qu'il oc puissê y avoir, dans la nature, quelque mode de production en ddiors d'un mode quiâoit intelligible pour Petprit humain, Tdli ce qu*on ne pourra Jamais afilnner logiquement.
DOUBLE NODfl D'APPÂRITIOIf DBS CUSSBS. m
de l'une ou de l'autre façon, car, à y bien regarder, les deux modes se ressemblent. C'est ainsi qu'un peintre peut créer une composition une première fois, mais qu'il peut aussi la reproduire ensuitet la copier. — Or, de ce qu'un peintre a fait quelques copies, a*t-on le droit d'en conclure qu'il est incapable de créer une œuvre originale et que tmtes ses peintures sont vraisemblablement des copies ? La conclusion serait fausse. De môme, après avoir pris un grand nombre d'exemples d'évolutionismc, conclure, comme Darwin, que tous les organismes se sont produits par évolution, c'est conclure à faux. — Oh ! certainement, nous avons des exemples de production de variétés du type humain par adaptation et évolution ; néanmoins, il serait illogique de s'appuyer sur ces phénomènes isolés pour conclure que toutes les variétés humaines se soient produites par ce procédé secondaire, — Il est, du reste, facile de s'expliquer qu'à l'origine ces deux modes de production aient coopéré. Si aujourd'hui encore la situation géographique, la nature du foyer, est capable d'exercer une influence déterminante pour modifier un type organique,... avec combien plus de force cet agent devait-il provoquer la formation des variétés primitives / Ce que ce facteur produisait autrefois, c'étaient, pour ainsi dire, des différences génétiques; au- Jourdliui encore l'effet de cette action génétique primitive se montre partout durable et stable, bien que le facteur auquel il est dû ne continue plus à agir qu'avec une énergie affaiblie. Il est vrai que la persistance de cette action génétique semble justifier l'argumentation qui se cramponne à l'action secondaire et qui, — multipliant à l'infini la courte durée des facteurs secondaires, — fait paraître superflue l'hypothèse d'un ioaiode originel de fornuition. Mais cette opération n'est exacte q^arithmétiquemerU; elle n'a qu'une valeur logique, une justification logique, ^ans cependant réfuter l'hypothi^se d'un mode originel de formation en faveur duquel il y a toute une série d'autres circonstances.
230 ttLftMSNTS SOCIAUX BT LBURS COMBINAISONS.