‹ Précis de sociologieChapitre 66 sur 124 · Dams les deux cas, même tendance, même poiinQUE · texte numérisé non relu

Dams les deux cas, même tendance, même poiinQUE

Je dis que, sur le terrain social, comme dans le domaine delà nature organise, on rencontre partout des modes de formation dont les uns sont primaires, les autres secondaires, les uns génétiques, les autres évolutionnaires.

Ainsi VinêgalUé sociale se produit originairement par rencontre de deux éléments ethniques hétérogènes d'inégale puissance, — d'autre pari, évolutionnairement, parune lente élévation de certains éh'^ments aux dépens d'éléments de môme nature qui dérlincnt et voient leur puissance diminuer par l'effet de circonstances défavorables.

En ce qui concerne les États, — à côté de la genèse par asservissement, mode originel, il exiRterait peut-être, à liire d'exception rare^ un mode secondaire de formation, par un processus de déreloppement pacifique... en vertu duquel les éléments les plus puissants d'un peuple arriveraient peu à peu à se séparer des éléments les plus faibles, qui ont besoin du secours des premiers, et à se refermer sur eux-mômes. En ce qui concerne les classes, — bien qia^en général elles soient de formation originelle et se constituent au moyen d'éléments ethniques hétérogènes ou au moyen d'éléments qui, au moment de la rencontrct se trouvent à des degrés dé développement différenJts et qui dès lors se réunissent pour former une organisation durable, — il existe cependant de nombreux exemples de formation secondaire ou évolutionnaire ; selon les circonstances et les goûts, certains individus s'adonnent à telle profession, certains à telle aulre, et les divers groupes professionnels se forment ensuite.

Mais, quelle que soit la façon, originelle ou évolutionnaire, dont un groupe social s'est formé, le caractère de ce facteur du développement social n'en est pas influencé. De formation originelle ou évolutionnaire, la classe dans ses tendances s'oriente toujours suivant ses intérêts : elle s'efforce de les défendre, de les faire prospérer, d'acquérir de la puissance, d augmenter la puissance acquise et d'ob-

OOUBLI MODE 0*APPARITIO1I DK8 CLASSES. W

tenir dans l'Elat une part d'autorité en rapport avec elle.

Cette tcfidtmcef par une nécessité naturelle, est toujours^ la même ; elle contraint toujours chaque groupe social à lamême politique : tout groupe de formation évolutioimaire tend à prendre les caractères et les propriétés des groupes* originels. Or ies classes originelies sont natureilement séparées les unes des autres, elles sont syngénétiques et fermées r par là elles consenrent et augmentent leur puissance. Voil& pourquoi nous remarquons, dans tous les groupes sociaux sans distinction, ce penchant si accusé à fumier des casles,^ à se séparer des autres groupes, à conserver et agrandir leur propre puissance par endogamie, ou enfm à briser par le célibat tous les liens qui les rattachaient aux autres^ groupes sociam et à prévenir ainsi Témiettement, l'affaiblissement de leur pouvoir.

La société

Lorsque l'on considère les nombreux groupes, cercles, classes et corps de métiers, dans leurs actions réciproques ou leurs réactions, on nomme cette collectivité^ par opposition à l'État, société^ dans l'acception laplus vaste du mot. La société, dans ce sens, n'est donc pas autre chose que l'État, nuiis l'État envisagé d*ttn autre point de vue. Dans une acception plus étroite et plus rigoureuse, chacun de ces groupes qui ont pour ciment un intérêt commun ou plusieurs intérêts communs est une société. On confond souvent ces deux acceptions du même mot. Deux causes contribuent du reste à augmenter les erreurs.

D'abord, les « sociétés » ne sont pas, danslÉtat, rigoureusement séparées : les cercles sociaux s'entre-croisent de sorte que les mêmes hommes se rattachent par certains intérêts à certaines sociétés, par d'autres intérêts... à d'autres. Par exemple, un employé de l'État peut être à la fois grand propriétaire foncier, memhre d'une société religieuse et fabricant de sucre. Dans les luttes sociales pour les intérêts matériels et intellectuels, son opinion sera influencée par ses intérêts relatifs à chaque série de questions.

En second lieu et par l'effet du développement de la civilisation de beaucoup de groupes d'États, certains intéiêls s'étendent bien au delà des limites de chaque État : tels sont les intérêts de la religion, de la nationalité, de la situation sociale «lans un système d'États (par exemple le socialisme, etc.). 11 s'est donc formé certains cercles sociaux qui comprennent des individus de plusieurs Etats.

L'indétermination du mot « société » durera aussi long-

temps que ces rapports n'auront pas été nettement reconnus

et analysés, qu'ils n'auront pas été élucidés scientifiquement. Elle persisterait aussi longtemps que l'on chercherait de la précision dans des définitions confuses à la Hegel, comme celle-ci,... de Ihering^, qui cultive ce genre : « Il faut définir la société comme étant l'organisation effective de la vie pour et par d'autres et en même temps (puisque l'individu n'est que par d'autres la meilleure part de ce qu'il est) comme la forme indispensable quant à eiie-méne; elle est donc en réalité la forme de la vie humame en général (4 ) . » A quoi servent, qu expliquent de semblables définitions que l'on peut employer pour tout et pour n'importe quoi? Remplaçons dans cette définition le mot « société » par toute autre expression telle que État ou économie politique, etc., et la définition s'y adaptera aussi bien ou aussi mal qu'à la notion de société. De fait, les professeurs de droit politique ont souvent défini l'État comme étant <c la forme de la vie bumaine », « l'ordre de la vie humaine », etc. Ces généralités n'expriment r2>;i, n'expliquent n'en; elles se prêtent à tout ce que l'on veut. En ce qui concerne Ihering, rien de surprenant à ce qu'il définisse ainsi les phénomènes de la vie : s'adonnant à l'étude du droit romain, il prétend expliquer ces phénomènes à l'aide de définitions empruntées à ce droit ; au lieu de les examiner de sang-froid, il commence par se demander ce qu'en disent les juristes de Rome. C'est ainsi qu'il est parti de la <c soeietas » pour arriver à son insignifiante définition de la société. A la vérité, il y a d'autres écrivains qui n'ont pas eu besoin de ce point de départ pour arriver à des définitions par lesquelles ils obscurcissent les phénomènes sociaux, au lieu de les élucider.

Combien l'explication de Spencer tranche nettement sur ces définitions nébuleuses et confuses 1 « C'est la permanence des relations entre les parties composantes... qui constitue l'individualité d'un ensemble et le différencie des individualités de ses parties » : voilà comment Spencer conçoit une

(1) Ibbroio, Zweck im Rechl {Le but dans le droU)^ I, OS.

234 £UMBNTS sociaux £T LEUaS COMBINAISONS.

société en tant qu'unité (1). Les reUuhns permanentes sont ce par quoi un groupe d'hommes devient une soeîété.

La diversité des cercles sociaux dépend de la diversilé de ces relations, — laquelle n'implique pas toujours celle des individus, puisqu'un seul et môme individu peut, comme nous l'avons vu, se rattacher à plusieurs cercles sociaux.

Quel avantage il y aurait, pour la science, à abandonner complètement celte première notion de société dont nous parlions tout à Theure, — la notion de société dans l'acception la plus largo, — car elle n'offre rien de réel et ne cor^ respond qu'à une manière de considérer la vie du peuple! Oui, il y aurait avantage pour elle à n'employer le mot de société que pour une collectivité concrète d'hommes ayant entre eux des relations permanentes. Ou éviterait aiosi toute obscurité.

. Sehàffle^ qui nomme cës cercles sodauxu. conoexus de masses ou tissu eonjonctifi nous présente à bon droit une observation : « La science de ' la société n'a pas môme encore su, singulière inhabileté, assigner la place la plus générale dans le système à ces tissus fondamentaux indifférents pour la règle [?], mais extrêmement sensibles à certains moments; elle les a jetés, avec toutes sortes d'autres objets, sur le tas do détritus d'une société qu'elle prétend intermédiaire entre l'État et l'individu, mais qui n'existe pas avec autant de bariolures, du moins dans la réalité (2). »

Scbâffle oublie qu'admettre une « société », la concevoir nébuleusement comme un phénomène intermédiaire entre l'État et l'individu, c'était inévitable pour le début d'une science de la société... dont le premier germe doit être cherché dans la « société civile » de Schlozer, puis de Hegel, et dont le développement dès lors a été puissamment secondé par Mobl, Stein et Gneist, — la société visée par cette science étant toujours celle è laquelle correspond le sens le plus vaste du mol (3j. Mais il n'importe; aujourd'hui,

(I) Principles of tociology^ I, 465.

(t) ScHATLi, Bon und Lebtn, l, 293.

(3) Comparer Philotaphiichiet Siaaiireehit % 1S, H$dUitiaat md SoctaUmvi^ p. et suivantes.

Page 1