‹ Précis de sociologieChapitre 78 sur 124 · I. — ËTATS COMPOSITES · texte numérisé non relu

I. — ËTATS COMPOSITES

Toute hiérarchie politique produit une civilisation et tout cercle de civilisation se transforme, au moyen d'agents moraux à action spontanée, tels que la langue» la religion, les mœurs et le droit, en une nationalité indépendante; il en résulte ({ue, lorsqu'un certain nombre d'États se développent les uns à côté des autres, il se produit en même temps un certain nombre de nationalités. Certainement, le fait de la commune appartenance à un même État, en devenant la base de relations comnmnes entre les ressortissants à cet État, suffit déjà, par lui seul, à rattacher ces derniers les uns aux autres, de manière à en faire une unité morale; il est évident néanmoins que cette unité devient plus intime et plus stable lorsque le nombre des relations communes va en augmentant. Mais à des États nationaux viennent s'opposer, à la longue, d'autres Etals nationaux; alors le rapport primitif entre les forces se représente, mais avec des nombres bien plus élevés, et, comme rétornclle tendance à l'augmentation de pouvoir entraine également les i^tats de ce genre, — des rencontres renouvelées finiront par morceler les uns, par agrandir les autres (i).

Nous avons déjà dit plus haut quelles grandes difficultés l'État conquérant a à surmonter et quelles hésitations i! doit éprouver avant d'annexer des nationalités étrangères ou des fragments de ces nationalités.

(1) Pour la façon dont ce procems s'accomplit, voir La luitê 4m raettt p. SS9 et •uiTADtet, tânâi que p. •ttolTantes.

m ÉLÉMENTS SOCIAUX ET LEURS COMBINAISONS.

Tant que la série des conquêtes et des développements

politiques n aboutit qu'à un certain rapport de prépondérance do l'Ktat national victorieux sur de petits fragments d'une nationalité ('tran^ère, on p(>ut espérer que les fragments étrangers se fondront ieuiemeiit et progressivement dans la nationalité victorieuse, de sorie qu'au bout d'un certain temps ils formeront avec elle une unité nationale, par conséquent aussi une unité sociale.

Mais la fnarche de l'histoire produit les combinaisons politiques et sociales les plus diverses. De situation politique et nationale acquise, il n'en est point qui soit capable d'annihiler la toute-puissante tendance à l'augmentation de pouvoir. 11 ne peut donc manquer d'arriver que, du processus historique, surgissent des organisations politiques consistant en fragments de diverses nationalités ou contenant quelques collectivités nationales à côté de fragments d'autres nationa* Htés.

Il y a toujours eu de ces États composites, résultant fatalement du processus nalurol historique qui ne s'arrête jamais et qui, à travers les choses arrivées, se fraye. sa route vers des choses toujours nouvelles.

Leur refuser tout droit à l'existence ou ne leur reconnaître qu'un droit inférieur à celui des États nationaux, cela témoigne d'une ignorance crasse en ce qui oonoeme l'histoire. Il est évident que, dans ces États, le processus historique s'avance invinciblement vers une forme supérieure de combinaisons sociales ; et, s'il est certain que l'histoire crée uniquement des choses raisonnables, on peut affirmer que celte forme supérieure d'ordre politique se réalisera au moyen de toutes les luttes nationales intérieures, dans les États à nationalités mixtes.

Page 1