‹ Précis de sociologieChapitre 79 sur 124 · ÉTAT IT NATIONALITÉ · texte numérisé non relu

ÉTAT IT NATIONALITÉ

tionalités diverses. Comme c'est par la diversité des langues que ces derniers contrastes deviennent visibles, la lutte prend la forme de lutte pour une langue, ou... soit pour le droit..., soit pour Tégalité de droit de cette langue dans la. vie publique. Mais ce ne sont point \k les véritables objets de la lutte. Ces objets ne peuvent différer de ceux de toutes les autres luttes sociales : on combat, en réalité, pour la domination. La langue n'est que le prétexie : c'est fidée dont on se sert pour pallier la tmdancfi.

La véritable raison de rop luttes, c'est d'empêcher que le fait de posséder une certaine langue, à titre de langue maternelle, donne le privil^go de la domination, — d'env pécher que la domination devienne le monopole d'une nationalité. Cette tendance se légitimise^ dans le cas- où les éléments nationaux exclus du pouvoir possèdent une force sociale et politique en rapport avec leurs prétentions el où la connaissance acquise de la langue qui jadis régnait exclusivement les met en mesure de faire face, dans la lutte politique, à la nationalité dominante.

A moyens de puissance égaux, le parti national qui acquerra dans cette lutte la prépondérance... sera toujours celui qui possédera, en outre de sa langue exclusive d'autrefois, une ou plusieurs des langues concurrentes du jour. Le dyoglottismeou même le polyglottisme aidera cer^ taines des nationalités en lutte à remporter la victoire sur les nationalités autrefois dominantes dont les représentants sont restés monoglottes.

Mais, dès que cette victoire est remportée, force est bien à l'idée impratique de l'égalité de droit des langues de s'accommoder aux besoins réebt de l'État. Ce» besoins exigent incontestablement... soit que Ton prenne une langue unique pour langue politique, soit que tout le peuple ou au moins les classes dominantes possèdent deux ou plusieurs langues. Quelle est la langue qui, dans un Ktat à nationalités mixtes, doit devenir la langue politique ? Là-dessus, il ne peut y avoir aucun doute, car ce qui doit décider du choix moyen d'atteindre un but (ce qu'est la langue politique par rapport aux relations politiques générales), c'est la plus

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grande convenance^ la plus grande commodité àQ cq moyen. Or ce qui convient, ce qui ci^t commode dans une langue politique, c'est que cette langue soit générale ; ce qui prin- .cipalement doit la faire choisir, c'est d'être répandue dans les classes cultivées des divers éléments nationaux. D'autre part, ia langue qui sera ainsi généralement répandue dans les classes cultivées et possédantes de toutes les nationalités sera toujours celle qui a pour elle la civilisation la plus ancienne. (Il va de soi qu*icî il est exclusivement question de langues vivantes.) Il est donc inévitable que, parmi les nombreuses langues d'un Etat à nationalités mélangées, la langue appartenant à la civilisation la plus ancienne demeure comme langue politique. — Toutefois, elle n'aura ce rang sans conteste que sll n'en résulte pour les représentants naturels de cette langue aucun privilège politique, ^ ni, pour quelque élément national différent, constituant un facteur de puissance politique dans l'État, un désavantage politique quelconque. En un mot, la lutte que l'on a engagée en prenant pour mot d'ordre « égalité de droit des langues »... ne se calme que quand la situation est assez modifiée pour que la complète égalité de droits des facteurs de la puissance nationale dans TÉtat ne puisse plus être compromise ou attaquée au moyen du privilège d'être langue politique accordé à la langue de la civilisation la plus ancienne. D'autre part la lutte nationale pourrait aussi prendre fin par la généralisation du dyoglottisme ou du polyglottisme entre tous les éléments nationaux de l'État.

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