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LIVRE IV

Individualisme et coUecUvisme.

De vieille date, on s'est placé, pour examiner les phénomènes sociaux, soit au point de vue de l'individualisme, soit au point de vue du collectivisme.

Pour essayer d'expliquer le « monde social » ou pour réclamer telle ou telle réforme, on partait... soit de l'individu, soit de rhumanité; toutes les différences d'appréciation, tous les partis, tous les eifoirts dans le domaine des sciences et des combats sociaux roulaient autour de ces deux p61es. Nul plan équatorial, du moins dans la théorie.

Tandis que les uns présentaient Tégoïsme et Tintérét personnel comme la source de tout développement social, comme 1 unique ressort de toutes les actions humaines . (smitliianisme, philosophie matérialiste), — les autres faisaient ressortir les faits de dévouement et do sacrifice des individus à la communauté ; à Tégoïsme ot à l'intérêt personnel ils opposaient r « amour du prochain », l'altruisme. Tandis que les uns déduisaient tous les phénomènes sociaux... de la nature égoïste de l'individu, les autres (les statisticiens) recouraient à la « collectivité », à la « société », à i' (( humanité », pour déduire ces mûmes phénomènes... de la nature et du « développement réi^^ulier » de ces dernières.

Quant à ce qui est intermédiaire, on n'en tenait pas compte. Pourtant, ce qui est intermédiaire, ce n'est ni plus ni moins que la réalité effectwe^ dont l'expression, seule, est la vérité. Les sources de nos actions, les ressorts du développement social ne se trouvent exclusivement ni dans Tégoisme, ni dans la sympathie; ils se trouvent à la fois dans l'un et dans l'autre. Ajoutons à ces deux mots l'adjectif « social » et mettons dans cet adjectif la signification,., non de collée-

2^ L*IND1VI0U ET LE9 PHftNOMÉNBS PSTCHIOUES SOCIAUX.

livité abstraite, niais de cercle social limité, de cercle syngénétique, et nous aurons trouvé le juste milieu qui a échappé jusqu'à présent à toute philosophie sociale.

Le ressort du développement social, ce n'est point Tégoïsme personnel, mab l'égoïsme social; ce n'est point le dévouement à l'humanité tout entière, ce n'est point r «^amour du prochain » dans le sens vaste et universel de la théorie chrétienne, ce n'est point la sympathie vis-à-vis de l'humanité, mais \di sympathie sociale y l'amour, le dévouement, le sacrifice pour une communauté sociale naturelle. L'homme n'est point aussi mauvais que le dépeint le matérialisme; mais il n'a point non plus aussi grand cœur que la théorie chrétienne le demande vainement. Il n'est point démon et il n'est point ange ; il n'est qu'homme. Attaché à une communauté par les liens naturels du sang, desmœurs, de la manière de penser, il a l'égoïsme... social, la sympathie... sociale. Lui demander plus que de la sympathie sociale, c'est lui demander quelque chose de surnaturel et de surhumain; lui supposer moins que de l'égoïsme social, c'est être injuste à son égard. Mais dans son égoïsme social il y a de la sympathie sociale et dans sa sympathie sociale il y a de l'égoïsme social. Appelons sffngénétisme l'unité de ces deux sentiments : nous aurons trouvé le ressort de tout développement social en même temps que le véritable moyen d'expliquer ce développement.

Ceux qui ne contemplent le monde social tout entier que du point de vue de l'individu, qui interprètent tout développement social... par l'individu et le rapportent à lui, qui enfin envisagent l'individu et son développement comme le but le plus élevé, comme la ûn unique de tout Advenir social, — ceux-là veulent en conséquence guérir tous les maux et toutes les misères du monde social en délivrant l'individu, en proclamant ses droits (1).

(1) Marx n pnrfaitomont raison do dire : <« L'insif^nifiancc dcrindividn dans la réalité contraste avec l'importance qii on lui accorde dans les Bp6culatiou3 des sciences politiques. Cette iusigoiûauce ne se montre pas seuleuieut dans le domalM politique, mais «lissi dtne le domaine économique. » (CapUalt p. SIS et SS6.)

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