‹ Précis de sociologieChapitre 81 sur 124 · INDIVIDUALISME ET COLLECTIVISME · texte numérisé non relu

INDIVIDUALISME ET COLLECTIVISME

Ce point de vue est celui auquel se placent le libéralisme

doctrinaire et le constitutionnalisme abstrait. A titre d'individu, chacun dans ces systèmes est doté de tous les droits possibles ; chaque individu doit jouir de tous les droits des individus « les plus favorisés », afin que tout aille bien pour tout le monde sur la terre. L*essai a été fait en Europe à plusieurs reprises et il a échoué. Pourquoi? Parceque tous ces droits ne servaient à rien à l'individu ; parceque, toutes les fois que, s'appuyaut uniquement sur ces droits, il s'élançait en avant, il allait se briser la téte contre tes dures barrières des formes sociales. Ces barrières,... l'individualisme, avec toutes ses proclamations de liberté individuelle, ne pouvait pas les écarter.

Le collectivisme, — dans toutes ses variétés, socialisme, communisme etc., — prend la difficulté par l'autre bout. C'est aux coUeetwUés sociales existantes, aux plus grandes autant que possible, de résoudre le problème. G*est à la communauté de travailler pour l'individu. L'individu est placé sous la tutelle de la collectivité; c'est à elle de s'ingénier, de prévoir, de pourvoir, do faire tout travail en commun. Quant à l'individu, il doit être... non seulement guidé et employé, mais aussi nourri par elle.

Malheureusement, on n'a encore fait nulle part Tessai de la théorie ; nulle part on n'a institué une législation collectiviste; sans cela 6n aurait constaté que cette collectivité qui prévoit pour l'individu et qui pourvoit aux besoins de celui-ci est une utopie tout autant que l'individu libre, se déterminant lui-même.

La vérité est que, depuis l'origine, toujours et partout, dans le monde social, il n'y a mouvement, actiouy lutte et effort que par groupes et qu'une législation sage, voulant tenir compte de la réalité, doit avoir égard à cette situation de fait, qu'il ne lui est pas permis d'être aveugle à son endroit comme le sont les <c constitutionnels », ni de s'imaginer, avec les collectivistes, qu'elle pourra jamais la changer. C'est daiis la coopération harmonique des groupes sociaux que se trouvera la seule solution possible des questions sociales, si tant est que celte solution soit possible.

Llndividu et Bon groupe social.

i. — Formation iktklllctuelle de l'u^dividu par le miueu

80CIAI PENDANT L*ENPANCB IT L*AI>OUSCENC£.

La plus grande erreur de la psychologie individualiste esl d'admettre que l'homme pense. De cette erreur résulte que Ton ne cesse de chercher dans fmdividu la source dn Penser et les causes pour lesquelles il pense comme il pense et non autrement, ce à quoi les théologiens et les philosophes naïfs rattachent des considérations adéquates, qui parfois même les amènent à donner des conseils sur la manière dont l'homme doit penser.

C'est là une chaîne dV/vrwrs, car, d'abord, ce qui pense dans l'homme, ce n'est pas lui^ mais sa communauté sociale ; la source de sa pensée n'est pas en lui, elle est dans le milieu oii il vit, dans l'atmosphère sociale où il respire (1), et Une peut penser que d'après les influences de son rmUeu soeialy telles çue son cerveau les concentre. En mécanique et en optique, nous connaissons la loi d après laquelle Tangle d'incidence nous permet de calculer l'angle de réfraction. Dans le domaine intellectuel il existe une loi analogue, seulement nous ne pouvons pas l'observer aussi exactement; mais il n'en est pas moins vrai qu'à tout angle d'incidence d*un rayon intellectuel pénétrant dans notre intérieur correspond exactement un certain angle de réfraction de notre pensée, un certain angle nécessaire à notre vision intellectuelle, — et nos pensées, notre manière de voir ne sont quo

(1) Ce qui pense en nons est le processus de croissance de racUvité psychologique, auquel nous prètona attenUon... » (Bastiah, BthnologUt XXI.)

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