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Là science acquise n'efface pas les empreimes

PBEMIÈRES, NE MODIFIl PAS l'uIPULSION PREMIÈRE.

Il suffit de réfléchir. Qu'est-ce que donne à la plupart des gens dits de bonne éducation, aux docteurs en général, aux professeurs, aux employés etc., cette éducation qu'ils ont acquise dans les écoles et ailleurs? Un peu de v science » et

278 L'INDIVIDU ET LBS PH&NOMÂNfiS PSYCHIQUES SOCIAUX.

rien de plus. Mais savoir, est-ce penser? Savoir, est-ce sentir?

A quoi sert le Savoir, s'il ne peut changer le PenseTy s'il ne peut exercer aucune iniluence sur les sentiments? Et cela^ il ne le peut pas. De là co triste spectacle de gens qui avec leur petite science doiiDeat si facilement le change sur la vulgarité de leur manière de penser» sur leur trivialité native» — de gens dont les sentiments grossiers se dissimulent derrière la science professionnelle, — de gens qui cachent leur nature bestiale sous le masque de Téducation I Buckle, dans son grand ouvrage, cherche à démontrer que le savoir, et le savoir seul, améliore les peuples et l'humanité. L'assertion peut être vraie, mais il faut toujours qu'auparavant la masse ou tout au moins le groupe ait été amélioré, et ce qui commence à améliorer l'individu, c'est le groupe.

C'est contradictoire en apparence, mais en réalité c'est exact, car pour améliorer l'individu il n'y a que le savoir delà

masse, de l'entourage social; quant au savoir individuel, il vient trop tard pour modifier l'individu ; l'individu, lorsqu'il vient au monde, est une œuvre achevée, comme une médaille déjà frappée, et son essence ne pourra plus être modifiée par le savoir qu'il acquerra.

Qu'est-ce que la science peut modifier dans l'adolescent, qui est «nt par les liens des intérêts communs à sa famille, à sa classe, à son groupe social, — qui est traité par le monde, c'est à dire par les autres groupes sociaux, précisément comme ressortissant à son groupe syngénétique, et qui souvent n'est amené que par cela à bien sentir, quoique souvent avec rcpTOf, sa solidarité, fréquemment involontaire, avec ce groupe. Quelle que soit la natur^, quelle que soit Tétenduc de ce qu'il sait, P adolescent est uniquement ce que son milieu social, avant toute autre chose, a fait de lui, et il est tel que le façonnent les éléments sociaux hétérogènes agissant sur lui.

Certainement, il se présente parfois des cas où certains individus isolés sont absorbés par des groupes sociaux étrangers et se fondent dans ces groupes; il y a des cas où des individus, violemment séparés de leurs cercles à eux.

LUMDiVlDU £T SON GROUPE SOCIJLL. 27»

8*iuii866iit à des cerdes étrangers et s'effacent dans ceux-ci de toute leur volonté, de tous leurs efforts, tandis que s'effectue un processus de transformation complète de leur être; mais ce sont là des exceptions, des faits rares, qui n'aboutissent qu'à confirmer la règle.

Le sort du jeune homme crée l'avenir de fhomme. Celui-ci est, par une conséquence nécesMtre, ce qu'était le jeune homme. Et maintenant arrive Tâpre lutte des intérêts. L*hommey dans la vie pratique, rencontre de violents courants qui le repoussent, et il se 'trouve dans des courants qui le soutiennent, pourvu qu'il s'aiilc un peu. De quelle utilité lui est alors son savoir? A-t-il la possibilité de choisir? Force lui est bien de rester en dehors des premiers et de faire son possible pour se maintenir à la surface des seconds. La seule liberté qu'il possède est la liberté de s'appliquer à ne pas être submergé ; mais il ne peut pas plus s'échapper des flots par lesquels il est porté, qu'il n'a pu les créer. Être jeté dans un courant étranger et pouvoir prendre une autre direction est affaire de hasard, mais non de libre choix.

Certes, par la lutte pour la vie, l'individu arrive à penser par lui-même, à contempler librement le théâtre de cette lutte. Il a acquis un savoir personnel; il n'est plus réduit au savoir étranger qu'il s'était assimilé. Ce nouveau savoir pourrait le transformer de fond en comble; il pourrait influencer ses actions; mais l'homme est au bout de son activité : il ne peut pas recommencer sa vie. Comme l'adolescent curieux de lu poésie de Schiller, il a arraché le voile qui recouvrait Tiniagc à Suis ; il connait maintenant le mystère ; au prix de sa vie, il sait ce qu'il était. Mais à quoi bon? Il faut quitter la place. Son savoir personnel est son unique bfmkeur,,, ou son malheur^ et sa bouche, désormais muette, onques n'informera personne.

Du berceau à la tombe se déroule un fil unique ; ce fil no

peut jamais casser, jamais on no peut l'enrouler à nouveau. Du berceau à la tombe s'étend une chaîne dont chaqueanneau est pris dans le précédent; la seule liberté que

S80 L*INOIVIOU ET LBS PHÉNOMÈNES mCHIQOBS 80CUUX.

possède l'homme est celle de la briser violemment ; il n'a point la liberté d'en icforgcr un aniiiau ; il lui est possible de mourir de sa propre volonté, non point de renaître. Et encore esl-il fatal que la condition préalable de cette décision personnelle se trouve dans le eours de toute la vie antérieure.

Toute croyance à la liberté de rhomme, à sa liberté d'agir, dérive de Topinion d'après laquelle les actions de rhomme sont des fruits de ses pensées. Celles-ci seraient par excellence

le domaine propre de l'individu, sa propriété exclusive. Mais ceci est une erreur. L'homme ne se crée pas plus inlellecluelîement qu'il ne se crée physiquement. Ses pensées, son esprit sont le produit de son milieu social, de Téiément social dans lequel il nait, dans lequel il vit et agit.

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