POST
Si
dvîrailpeuà peu dans la communauté de vie primitive (i) », après quoi, « l'individu humain se développe peUi à petit en un sujet de droit (2) » et « le droit issoit lentement de la paix (3) ». Ce ne sont là que des phrases et des assertions
aussi générales que vagues, ne reposant point sur des idées nettes, et, par conséquent, ne faisant aucune lumière (i).
Malgré CCS faiblesses et ces lacunes que l'on constate çà et là dans l'exposé de Post, nous ne sommes pas moins tenus d'accepter avec reconnaissance les matériaux qull a non seulement accumulés à l'étal brtU^ mais qu'il a coordonnés avec compétence (5). Nous ne pouvons ne pas reconnaître en lui l'infatigable propagateur de l'idée d'une « science naturelle du droit », d'une « science du droit fondée sur l'ethnologie comparée », eiiliii de la « science sociale ». La lâche de cette science sociale, il la conçoit, du reste, à la manière de Bastian. » C'est la grande pensée de la science sociale de nos jours, de tendre à déceler i'essence de i'eS' prit humain^ en étudiant les défaites de cet esprit dans les divers domaines de la vie ethnique. C'est sur cette pensée que repose la jurisprudence sociologique, celle-ci s'effbrçant de découvrir l'essence de la conscience juridique humaine en la faisant sortir des défaites que subit cette conscience dans les conceptions juridiques et les instituts juridiques de tous les peuples do la terre. » On le voit : pour Post comme pour Bastian, T « esprit » et la « conscience » sont les choses primaires ; ils sont, pour ainsi dire,
(1) Grundiagen und GrundiUge, p. 78,
(2) Ibidem, p. 83.
(3) Ibidem, p. 87.
(4) Dans celte niAme catégorie rentre la phrase suivante : «• Avec I»^ développement progressif de l'État composé de claus, il se produit déjà de» différences de profession. >> {Ibitiem^ p. 102.) Si tout se développait peu à p«a MDS que nous eussiont besoin de saToir dê queilê fàçcn cela aurait lieu, la eociologic serait vite bAclèe !
(5) Parmi ses derniers travaux, voici ceux qui nous intéressent : Einkitung indas Studium der ethnologUchen Juritprudenz (Introduction à l'élude de la juriâprudenct ethnologique), 1886; AfrikamKhe J urisprudenx {Jurisprudmce nfn'caine),\H^'i , S Indien zur Entwicklungsgeschichle des Fam-f ienrec h Is Éludes sur i/iistoire du développement du droit familial), ISBO , Japanischea Familienredit i^Droit familial Japonais), 1890; UeOer die Aufyuben einer altgemeinen ^htsvriêtenschaft {Sur lee Idchet incombant à ime teienee générale du droit)^ 1891 ; Grundriss r/?r ^Mno%i«cAen/i«*i«|)rKtfeiM(Es<iaiaeedela jurisprudeace ethnologique), 2 volumei, 1894.
les principes qui font se mouvoir le monde, et, à ce titre, ils sont le but de toute recherche, tandis que les pliénomènes sociaux sont uniquement des moyens d'étudier ces
ressorts intimes de tout Advenir. Nous aurons l'occasion d 'éta- • blir notre opinion, qui diffère de celle-ci et d'après laquelle l'Advenir naturellement nécessaire est la chose primaire, la chose doù i' « esprit » se dégage, comme de la ileur le parfum. — Il ne faudrait point croire que les « institutions juridiques » attestent les défaites de la conscience juridique. €*est, au contraire, la conscience juridique... qui atteste la défaite des institutions juridiques. Uhistoire produit l'esprit ; ce u est point respril... qui produit l'histoire.
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XIY.
La philosophie de l'histoire, RochoU.
Si réconomie nationale, la science du droit comparé et la science des religions ne s'occupent que de quelques côtés de la vie sociale et, par conséquent, n'anticipent que sur quelques domaines de la sociologie, il y a eu encore
d'autres sciences philosophiques et historiques qui ont traité... soit ce problème sociologique supérieur lui-même, soit ce qui e^t le noyau de la sociologie, bien qu'elles n'aient point prononcé ce nom de sociologie.
Nous nous bornerons à citer ici, parmi ces sciences philosophiques, la philosophie de l'histoire. Son objet est le développement historique de l'humanité, dans lequel elle chercirâ 1' « idée philosophique». Il est évident que, ce faisant, elle ellleiirc de bien près le problème sociologique supérieur, et il n'est guère nécessaire de dire quelle importance elle présente pour la sociologie.
R, Rocholl a essayé de dresser un tableau de l'ensemble de ce qui été publié sur la philosophie historique. Son mémoire (un mémoire couronné I) mentionne & peu près tous les travaux que l'on a faits sur ce sujet jusqu'en 1876. Rocholl a honorablement mérité son prix. Il excelle à faire parler tous ceux qui dans 1 Lini\ urssc sont occupés de la pliilu^ophie de l'histoire, sans que le lecteur même le plus perspicace puisse découvrir dans sa compilation une ombre de pensée personnelle. Un livre entier, et pas une pensée 1 Ahl l'auteur connaît bien la manière de se faire décerner un prix i Si Ton veut avoir un aperçu de tout ce que les philosophes.'ont prétendu introduire dans l'histoire de l'humanité, on n'a qu'à lire ce livre. C'est à vous donner le vertige ;
mais, votre émoi dissipé» vous' vous demandez si Rocholl n*a pas fait défiler devant vous une troupe d'extravaganls.
La philosophie de 1 histoire n a clé qu'un avortement. C'est avant de s'être fait de l'humanité un concept même à moitié sufhsant... que l'on avait parié de 1' « idée de l'histoire de l'humanité ». Or, qu'est-ce que le peu que Ton savait de rhistoire de l'Europe méditerranéeime en comparaison avec l'histoire véritable, alors ignorée, delliumanité tout entière? N*était-il pas enfantin de porter un jugement sur une collectivité dont on ne connaissait qu une très faible partie?
La sociologie, elle, jouera un rùle tout différent. La sociologie sait bien qu'elle ne pourra jamais connaître un ensemble et par conséquent l'apprécier; elle prétend seulement porter un jugement sur un processËis qui se dérouie partout et toujours de la même manière, — qui se déroulait, il y a des siècles et des siècles, comme il se déroule sous nos yeux. Quant à interpréter l'ensemble, le point de départ, le point d'arrivée et le pourquoi, elle y renonce de prime abord. C'est là son avantage marqué sur sa rivale. Il est vrai que l'insuccès de cette dernière est pour la sociologie un enseignement précieux. Ce n'est pas, du reste, tout ce qu'elle lui doit. Les idées de la philosophie de Thistoire sur les hommes primitifs, sur le développement des États et peuples historiques... seront, à maints égards, suggestives pour la sociologie.
La transition entre la philosophie de l'histoire et la sociologie ne fut pas partout immédiate comme elle l'avait été en France. En Allemagne, r histoire de la civilisation fut l'agent de cette transition. L'histoire de la civilisation humaine, depuis les commencements jusqu'à nos jours, c'est déjà presque de la sociologie ; en tout cas, cela peut facilement en être. Kolb, lionne am llhyn et surtout Hellwald ont donc rendu de grands services. Ils ont rc'iparé les dommages qu'avait causés la philosophie de Thistoire, ils ont enseigné à envisager sans illusion le développement de rhumauité. L'infatigable Hellwald tire parti de tous les
LA PHILOSOPfllB DE L*HISTOIRB. ROGHOLL. 85
matériaux anthropologiques et ethnologiques et recule lliorizoa de l'histoire de la civilisation jusqu'au seuil des temps préhistoriques.
Sur ce dernier terrain, les hommes de la préhistoire viennent de toutes parts à son secours : ce sont, en particulier Lubbock, Tylor et Caspari. Enfin, r anthropologie et r ethnographie^ Waitz-Gerlaïul, Perty, Peschel, ont con- Xnhwé à rassembler et à disposer des matériaux précieux pour la sociologie.
La Sociologie^ Gustave Le Bon.
La sociologie puise donc, aujourd'hui, dans l'anthropologie, l'ethnographie, la préhistoire et Thistoirc de la civilisation, les éléments de sa croissance. Gela s'explique facilement. L'anthropologie, au début, n'étudiait que l'homme physique et ses principales espèces; l'ethnographie ne cessait d'apporter de nouveaux matériaux trouvés dans le monde humain vivant, et elle augmentait presque à Tinfini le nombre des espèces. La préhistoire alla chercher l'homme préhistorique, pour expliquer, par Tétat de celui-ci, les phénomènes de l'homme historique ; enfin, prenant pour objet de ses recherches les phénomènes de la civilisation de l'homme préhistorique, elle arriva par mégarde à s'occuper des débuts de l'histoire de la civilisation. Cette histoire de la civilisation, elle, observa le môme sujet ù une époque plus tardive.
On s'aperçut enfin de ceci : ces quatre sciences sont de nature purement descriptive, elles ne font que fournir des matériaux d'une science de l'homme. Quant à cette science de l'homme, — pour être science, elle est obligée, en vertu de motifs que nous avons exposés plus haut, de s'occuper non de l'individu, mais des groupes sociaux, dos sociétés, et c'est ainsi qu'elle devient sociologie. La dillércnce essentidlo entre ces quatre sciences et la sociologie consiste en ce que celte dernière, ioio d'être de nature descriptive, emprunte les matériaux de ces sciences descriptives pour entreprendre des investigations scientifiques et arriver à ériger des lois scientifiques.