I . — Tbrbaui du droit, tbrraixi de la morau
Nous avons essayé d'élucider le processus par lequel le groupe social produit le type moral de l'individu. Nous ayons déjà indiqué que ce groupe n'engendre pas seulement les pensées et les opinions, les convictions et les sentiments de l'individu, mais qu'il crée et façonne ce que nous appelons la morale. La morale n'est pas autre chose que la coiwiction inculquée par le groupe social à ses meynbres de ce que le genre de vie quil leur impose est celui qui est convenable. — Cette conviction, profondément ancrée dans rindividu, sur tout ce qu'il fait ou ne fait pas, sur tout ce que les autres font ou ne font pas, est la seconde partie intégrante du développement de la morale. La première, c'est le genre de vie auquel on s'est accoutumé par l'éducation y — ce sont les actes qui, & force de se répéter, les tendances qui, à force de persister, sont devenus une seconde nature; ce sont certaines formes et certains principes que l'individu reçoit de son groupe et qui se rapportent à tous les domaines de la vie, à toutes les situations possibles et imaginables.
Considérons l'homme fermement enraciné dans le terrain nourricier de son groupe. Il ne sera embarrassé sur ce qu'il aura à faire, dans aucune situation de la vie qui ait été normalement accessible à son groupe, car il possède d'éducation une rëgle à laquelle il conformera ses actes, il possède une morale qui sera son étoile polaire.
Toutefois ceci ne dure qu'aussi longtemps que le groupe homogène, le petit aggrégat simple de Spencer, est le monde
m L'INDIVIDU £T LBS PB&NOM&NSS PSYCHIQUES SOCIAUX.
unique et entier de l'individu : ceci ne dure que dans la horde
primitive, dans la tribu à l'état de nature et de sauvagerie. C'est là que l'individu sait ce qui est bien, convenable et permis vis-à-vis des siens et vis-îi-vis des étrangers.
Mais, dès que la domination est fondée et organisée, dès que deux groupes sociaux ou un plus grand nombre se sont enchevêtrés, des idées morales différentes se rencontrent dans le cercle social élargi, comprenant maintenant plusieurs éléments sociaux. Â la nouvelle union la morale primitive' ne peut plus suffire ; il faut une nouvelle morale pour que Funion puisse subsister. Le rapport do domination entre les uns et les autres exige impérieusement et crée une nouvelle manière de régler et de diriger la vie, ce qui revient à dire : . une nouvelle morale. Les nouvelles institutions devenues nécessaires pour le maintien de la domination deviennent familières à l'esprit des membres de la nouvelle union et leur donnent de nouvelles idées sur ce qui est bien, convenable, permis et bon. La nouvelle forme de vie travaille à une nouvelle morale. Et de cette nouvelle morale, adéquate à la communauté sociale complexifiée^ surgit, au fur et à mesure que l'ordre politique de création récente se développe et se raffine, le droit : l'ensemble des règlements d'État... que Ton ne saurait transgresser sans encourir des amendes et des ch&ttments.
11 y a donc, entre le droit et la morale, une différence génétique : le droit dérive de la rencontre d'éléments sociaux différents, la morale résulte du rapport entre l'élément social simple et l'individu. — Le droit ne se produit jamais ailleurs que dans l'^mio;! sociale, quelque simple qu'elle soit; il exige, comme condition préalable, que la domination soit organisée. La morale se produit déjà dans V élément social primitif : dans la bande humaine originelle, dans la horde.