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Idéal de la morale d'Étai

Accomplir cette tâche est le but le plus élevé de VÉtaty celui que consciemment ou inconsciemment il s'efforce d'atteindre, et, quand bien même ce but ne devrait jamais être atteint, on ne peut pas imaginer de plus baute sanction, de plus profonde justification de l'État que cette destinatioa

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de coopérer à l'éducation de l'humanité pour amener celleci à une morale supérieure. Quant à Vidéal de celte morale, il a mieux à faire que de s'épuiser dans le serUtment national, qui n'est pas autre chose qu'un sentiment de horde porté à la n'*^ puissance; il doit embrasser au moins l'humanité capable de cimlisatùm. Mais comment arriver à ce résultat? Le chemin est déjà frayé gr&ce à la formation de systèmes d'États comme le système européen. Celui-ci, par exemple, commencera par l'humanité européenne... qu'il fondra en une unité sociale, quelque lâche que doive être celle-ci. De l'Europe, ce processus pourra gagner d'autres parties du monde.

L'humanité civilisée, pour ne pas disparaître dans Taveugie processus naturel, doit maintenir cet idéal, même sans espoir de Tatteindre prochainement.

En ce qui concerne la science sociale, c^est certainement la plus belle partie de sa tâche que de constater par quels chemins, — par quels âpres chemins, — haletante, dégouttante de sang, l'humanité cherche à s'orienter vers ce but... inapercevable encore, — encore dans les brouillards de l'avenirl

Morale et reconnaiesaiioe de la véritô.

i. — Ln i«DZ tiÉMxm db la morale.

Une chose ressort clairement de ce qui précède : c^est qne la morale n*est pas FcenTre de Vintelli gence humaine raisonnant,

qu'elle n'est pas une chose que rintelligonce et la volonté humaines aient créée à dessein et consciemment, mais qu'elle est, comme toutes les institutions humaines, un résultat de développement naturel : ce développement est favorisé par les sentiments ainsi que par les pensées naturelles et naturellement nécessaires dos hommes, il procède de la coopération de ces sentiments et de ces pensées avec les forces impulsives et agissantes de la vie, il est, en quelque sorte, la moyenne de Faction et de la réaction réciproques entre la nature et la vie humaines.

Il s'en suit que, dans ce résultat, nous pourrons distinguer deux sortes d'éléments : l'élément naturel et l'élément humain. Le premier est Télément éternel et invariable, revenant et se reproduisant toujours et partout, dans tous les temps et dans toutes les zones terrestres; le second est celui qui change éternellement, parcequ'il représente ce qui est individuel, le genre individuel de l'action réflexe humaine sur les circonstances et les forces fournies pur la nature.

De là vient que, dans la morale de tous les peuples et de tous les temps, nous trouvons toujours quelque chose d'analogue, de typique et en même temps quelque chose ' d'individuel, car c'est toujours et partout le même processus social... qui produit la morale, tandis que les diverses mo-

dalités de ce processus influent diversement sur la création résultant du dit processus.

L'homme est de nature placé dans un cercle de nécessités qull ne peut pas changer. Sa tendance est fatalement toujours de s'accommoder tant bien qae mal à ces nécessités, d'arranger sa vie aussi agréablement que possible. L'habitude Taide à passer par-dessus les choses les plus pénibles. Elle rémousse. Il s'accoutume aux ardillons du manteau de supplice qui l'enveloppe cl il ne les sent plus. Il considère les soulTrances qu'ils lui causent comme dérivant d'une nécessité supérieure, et, sachant que les protestations contre ces sou (Iran ces n aboutiraient à rien, il renonce à une lutte inutile, il cherche instinctivement les moyens d'adoucir un peu les rigueurs de sa destinée.

En cédant à cette tendance naturelle ou, pour mieux dire, en étant entraîné par elle et en faisant tout ce qui résulte spontanément de sa propre constitution et de sa situation, mais en le faisant avec ré/îexioriy ce qui est encore dans sa nature, il croit agir librement. 11 croit voir une preuve de sa liberté dans le coloris individuel de ses actes ; il ne s'aperçoit pas de ceci : c'est que la réflexion, tout en différant de forme individuellement, est pour tout le monde pareille quant au noyau.

Si, dans cette tendance, — qui s'exprime par ses actes nécessaires bien qu'accompagnés de réflexion, — il vient à trouver une manière de procéder qu'il expérimente et si, après une longue pratique, il reconnaît que c'est la plus adéquate, la phis appropriée au but, celle enfin qui correspond le mieux à sa situation donnée, il estime que cette manière de procéder est la bonne, la seule bonne et... morale. Le contraire lui paratt immoral.

L'homme arrive ainsi à un cercle d'idées morales qui correspond exactement au cercle plus ou moins grand ou petit de ses besoins et de ses observations, au degré plus ou moins bas ou élevé atteint par sa culture, aux circonstances de sa vie, plus ou moins simples ou compliquées, — qui s'applique à tout cela, qui croit avec tout cela, s'élargit et se développe en même trâips.

MORALE BT RECONNAISSANCB DB LA VÉBITÉ. 299

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