MÉTHODES EMBRYOLOGIQUES
Les méthodes embryologiques ne diffèrent pas des méthodes histologiques générales que nous avons étudiées précédemment. Il faut se rappeler, toutefois, que les tissus des embryons sont très délicats et ne doivent pas être fixés à l’aide de n'importe quel réactif. Ainsi, ils résistent très mal à" l’alcool dont l’action déshydratante énergique produit sur eux un ratatinement irrémédiable. Les fixateurs de choix pour les embryons sont : l'acide osmique et mieux le liquide de Flemming; le sublimé et surtout la liqueur de Kleinenberg qui donne particulièrement pour les premiers stades du développement des résultats superbes. On pourra aussi employer les fixateurs indiqués à propos de l'étude de la cellule, tels que la liqueur de Lindsay, le formol picrique.
Nous indiquerons dans ce chapitre . l°la manière de récolter des embryons et de les fixer: 2e les préparations que l'on doit en faire; 3° le moyen de reconstituer l'embryon en se servant des coupes en série faites dans ce dernier.
§ 1. — Récolte et fixation des embryons
Les embryons qui sont le plus fréquemment ulilisés pour les exercices pratiques d’embryologie sont ceux des batraciens, des oiseaux et des mammifères.
1° Embryons des batraciens. — Ces embryons serviront surtout à montrer la segmentation de l’œuf. Les larves plus âgées sont employées ppur l'étude de certains points d'histogenèse et pour celle de la karyokinèse. Les œufs de batraciens se trouvent, à partir des mois de mars ou d'avril, dans toutes les mares. Ceux des grenouilles sont réunis en de grosses masses gélatineuses arrondies; ceux des crapauds en cordons allongés ; ceux des rainettes et des tritons sont fixés isolément aux plantes aquatiques. On choisira de préférence ces derniers qui sont beaucoup moins pigmentés que les œufs de grenouille et surtout que ceux de crapaud.
Il faut bien savoir que les réactifs fixateurs traversent malaisément les enveloppes de l'œuf, et que ce dernier serait très déformé si l'on se contentait de le plonger, muni de ses enveloppes, dans le réactif. Voici comment il faut procéder : On porte un œuf entier dans la liqueur de Kleinenberg et on l’ouvre rapidement en s’aidant de pinces et de ciseaux fins. L'œuf sort de son enveloppe et passe dans le fixateur avec lequel il entre ainsi en contact immédiat . Lorsque l'ouverture faite dans la coque de l’œuf est petite, ce dernier se rompt souvent en la traversant et l'on perd ainsi un certain nombre d’embryons : aussi faut-il s’efforcer d'ouvrir largement l’enveloppe et s’aider d’aiguilles pour dégager le contenu de l’œuf. fl
Après un séjour de deux ou trois heures dans le liquide de Kleinenberg, les œufs sontlixés; on les lave dans l’alcool à 70°, puis on les conserve dans l’alcool à 90° jusqu’au moment ou l’on peut les débiter en coupes.
Les embryons avancés se dégagent bien plus aisément des enveloppes de l'œuf que les plus jeunes.
2° Embryons d’oiseaux. — Parmi les oiseaux, le poulel a pris une importance considérable dans les études embryologiques, à cause de la facilité que l'on a de se procurer ses embryons à bas prix et à presque toutes les époques de l'année.
a. Choix des œufs. — Il faut se procurer des œufs cochés , c'est-à-dire provenant d'une basse-cour où il y ait un coq, ces œufs seuls étant fécondés et aptes au développement. On peut prendre des œufs un ou plusieurs jours après la ponte; cela est sans importance, pourvu que ces œufs n'aient pas subi un commencement d'incubation et n’aient pas été abandonnés ensuite. Les œufs pondus depuis plus de quinze jours doivent être rejetés.
b. Incubation. — Les œufs choisis sont soumis à l'incubation suivant l'un quelconque des modes indiqués ci-dessous.
La meilleure couveuse est la poule : c'est elle qui permet le mieux de mener à bien l'incubation jusqu’à l’éclosion des poussins. 11 est faciledese procurer une poule couveuse, — quelques-uns de ces animaux apportent dans l'accomplissement de cet instinct une ténacité vraiment incroyable — on la met dans une pièce obscure, loin du bruit, on lui donne abondamment à manger et à boire et elle consent à couver bien au delà des vingt et un jours qui sutlisent à amener l'éclosion des œufs, si l’on renouvelle ces derniers. Ou peut faire couver par une poule 12 ou 15 œufs que l’on dispose dans une sorte do nid fait à l’aide de paille remplissant le fond d’une corbeille . A l'aide d’un crayon mou et très noir on inscrit sur ces œufs la date du jour où ils sont mis à couver ou tout autre signe permettant de les reconnaître. Deux fois par jour on enlève la poule de dessus les œufs pour la faire manger et, pendant ce temps, ou peut prendre certains œufs ayant subi l’incubation pendant un temps donné, et les remplacer par d’autres œufs, convenablement marqués. On peut ainsi faire couver en peu de jours un assez grand nombre d’œufs que l'on retirera après un temps d’incubation variable.