N S T R U M E N T S ET R E A E T I F S
on les trouvera mentionnés dans la partie spéciale à propos des méthodes pour lesquelles ils sont nécessaires.
§ 1. — Alcools, acides, bases, sels
1° Alcool. — L’alcool employé en histologie est Y alcool éthylique, alcool bon goût du commerce.
On le trouve dans les drogueries à l'état anhydre, alcool absolu , ou très peu hydraté, alcool fort , alcool à 90° environ.
a. Alcool absolu. — Le commerce fournit aux laboratoires de l’alcool absolu, mais ce liquide est très hygrométrique, de sorte qu'il s'hydrate dès qu'on le laisse à l’air quelques instants. Aussi convient-il de le conserver dans des flacons de petite capacité, munis de bouchons en liège.
Pour le garder parfaitement anhydre ou pour le déshydrater, s'il est arrivé à contenir un peu d’eau, on met dans le flacon qui le renferme quelques cristaux de sulfate de cuivre calcinés sur une plaque de tôle et devenus d’un blanc grisâtre.
Tant que les cristaux gardent leur teinte blanchâtre, on peut être sûr que l’alcool est anhydre. S’ils deviennent bleus, c’est qu’il s'est hydraté. On décante alors le liquide et on le verse sur une nouvelle quantité de cristaux calcinés; dès que ceux-ci restent incolores, c’est que la déshydratation est suffisante.
On reconnaît que l’alcool est absolu lorsqu’il se mélange parfaitement avec le xylol et l'essence de térébenthine. Si le mélange de ces corps louchit, c’est que l’alcool n’était pas absolu. La teinte blanchâtre du mélange est due en effet à de toutes petites gouttes d’eau contenues dans l’alcool et qui restent en suspension dans l’essence ou dans le xylol.
b. Alcool fort à 90-95°. — L’alcool fort du commerce marque généralement de 90 à 95°; on le désigne communément sous le nom d’alcool à 90°. Il doit être absolument incolore et ne laisser aucun dépôt au fond des flacons. On le trouve parfois coloré d’une légère teinte brune due à la matière colorante du bois des fûts dans lesquels il a été conservé. Il faut alors le rejeter parce que cette teinte se porte sur les pièces et s'y fixe énergiquement.
RÉACTIFS. MATIÈRES COLORANTES, ETC
c. Usages de l'alcool. — L’alcool est peut-être le réactif le plus utile eu histologie, et nombreux sont ses usages. Il est employé :
1° Comme fixateur (voy. IIe part. ch. n, p. 89);
2° Comme liquide conservateur pour conserver des pièces lixées soit à l’alcool lui-même, soit à l'aide d’autres réactifs (voy. p. 90);
3° Comme déshydratant, pour enlever l’eau des pièces, et permettre l’imbibition de celles-ci par des corps qui ne se mêlent pas à beau, tels que les essences (voy. II0 part. ch. v, p. 193, Montage) ;
4° Pour des lavages de pièces après certaines substances •fixatrices et colorantes à la fois, telles que l’acide picrique (voy. Fixation , p. 92; Liqueur de Fleinenherg , etc.);
5° Dilué au tiers, comme liquide dissociateur voy. p. 125).
On a souvent l’occasion de se servir d’alcool dilué et marquant 80°, 70°, 60°, etc., ainsi qu'on le verra à propos du montage des coupes ou de leur coloration.
Pour faire de l’alcool à un titre désiré, il suffit d’ajouter de l’eau distillée à de l’alcool à 90°. On prend une longue éprouvette à pied, on y verse de l’alcool à 90ù, puis on y ajoute graduellement de l’eau distillée, en ayant soin de chercher avec un alcoomètre centésimal, plongé dans le mélange, le titre de ce dernier aux divers moments de l’opération. Lorsqu’on est arrivé au degré voulu, on s’arrête.
Les résidus d’alcool absolu, à 90° et même à 70°, peuvent être utilisés. On pourrait les faire distiller à nouveau, mais cela paraît peu pratique, le produit de la distillation gardant souvent une odeur très désagréable. 11 vaut mieux les brûler dans une lampe à alcool dont on a toujours l’emploi, ou bien les garder pour desceller les préparations montées au baume ou lutées à la cire que l’on veut démonter pour utiliser à nouveau les lames et les lamelles qui les supportent. En les faisant tremper dans ces résidus d’alcool, le baume se précipite sous forme d’une matière blanchâtre finement granuleuse, la lame et la lamelle qu'il réunissait se séparent l'une de l’autre et, lavées avec du xylol qui enlève les der-
INSTRUMENTS ET RÉACTIFS
niers résidus de baume, elles peuvent être remises en service.
2° Glycérine. — La glycérine doit être pure, très dense, sirupeuse et non acide. Elle doit se mêler parfaitement avec l’eau et avec l’alcool.
On l’emploie pure, ou légèrement étendue d’eau pour monter certaines préparations. On peut alors, suivant les indications données dans la partie spéciale, l’additionner de quelques gouttes de picro-carmin, ou de quelques gouttes d’acide formique.
En dehors de cet usage, la glycérine entre encore dans différents mélanges dont il sera parlé plus loin.
3° Acides. — Les principaux acides employés en histologie sont les suivants :
a. Acide sulfurique. — On choisit de l’acide sulfurique concentré. du poids spécifique de 1.83. On emploie cet acide pur dans la fabrication de la liqueur de Kleinenberg, liquide fixateiir; pour d’autres usages, on en fait des solutions à un titre déterminé.
h. Acide nitrique. — On se sert de l’acide nitrique concentré dont on fait ensuite des solutions titrées, suivant les usages auxquels on les destine. 11 est surtout employé comme décalcifiant.
c. Acide chlorhydrique. — On prendra de l’acide chlorhydrique concentré parfaitement incolore. 11 est employé en solutions aqueuses ou alcooliques très diluées, pour des lavages après certaines substances colorantes. 11 agit alors en décolorant légèrement et en précisant la fixation de la matière colorante sur les noyaux.
d. Acide cliromique. — Ce corps est cristallisé sous la forme de larges aiguilles rougeâtres. Il est très hygrométrique et à cause de cela il convient de le conserver dans des flacons bien bouchés. Ne pas oublier que les cristaux d’acide cliromique sont caustiques. On en fait des solutions dans l'eau distillée à divers titres.
REACTIFS. MATIERES COLORANTES, ETC
Il est bon d’en avoir une solution à 10 p. 100 toujours prête en vue delà préparation du liquide de Flemming (voy. ce mot, p. 98); l'on peut ensuite étendre à volonté cette solution pour différents usages.
L'acide chromique entre dans la constitution du liquide de Flemming, il est aussi employé comme durcissant à la dose de 1 p. 100 et comme dissociateur à la dose de 1 p. 1000.
e. Acide osmique. — L'acide osmique se trouve dans le commerce sous la forme de cristaux verdâtres renfermés dans des tubes de verre scellés à la lampe. Les fabricants le livrent en tubes de 1 gramme ou même de 0gr,50 centigrammes, ce qui est commode pour faire des solutions titrées.
Quel que soit son mode d’emploi ultérieur (solution ou vapeur), l’acide osmique doit être préalablement dissous dans l'eau distillée ; on emploie habituellement la solution à 1 p. 100. Pour faire cette solution on prend un tube de I gramme, on le lave soigneusement dans l'eau, on enlève l'étiquette qui le revêt, en ayant bien soin de faire disparaître toute la gomme qui a servi pour la coller, puis on le passe dans l'eau distillée et on l'essuie avec un linge très propre. Ceci fait, plaçant le tube sur une feuille de papier blanc, pour recueillir les cristaux si le tube venait à se rompre inopinément, on l'ouvre à Laide d’un trait de lime line. On jette les cristaux et le tube luimême dans un flacon de verre de couleur, très soigneusement lavé et renfermant 100 grammes d’eau distillée. L’acide se dissout complètement en quelques heures.
L’acide osmique se réduit facilement en noir si le flacon qui le contient renferme la moindre trace de poussières organiques. C’est pour cela qu’on recommande de laver très soigneusement le llacon destiné à la solution avec de l'acide chlorhydrique, de l'eau distillée puis de l’alcool, et enfin de le sécher avant d'y mettre la solution. Malgré ces précautions, comme il y a toujours réduction d'une petite quantité de l’acide sur les parois du llacon, il est bon de préparer la solution par petites quantités et au fur et à mesure des besoins, soit 100 grammes de solution à 1 p. 100. Pour ne pas être pris au dépourvu, il est bon de savoir que certaines sortes d’acide
INSTRUMENTS ET REACTIFS
osmique se dissolvent assez lentement dans l’eau, et qu'il faut au moins vingt-quatre à trente-six heures pour que la dissolution d’un grammedans 100 grammes d'eau distillée soit achevée.
f. Acide formique. — Il faut prendre l'acide formique pur, limpide et incolore. En solution aqueuse, il sert dans les imprégnations au chlorure d’or, soit à acidifier la pièce, soit après l'action du chlorure d'or comme milieu réducteur. Très dilué, il agit sur les matières colorantes comme l'acide chlorhydrique .
g. Acide acétique. — Il faut avoir un flacon d’acide acétique glacial , qui cristallise à une basse température. Cet acide entre pur dans la composition de la liqueur de Flemmiug, réactif fixateur. Dilué dans l’eau, il peut remplacer l'acide formique comme réducteur après le chlorure d’or.
h. Acide phè nique. — Doit être pur et cristallisé. Il est très hygrométrique et il faut le conserver dans des flacons bien bouchés. Entre autres usages, il est employé en mélange avec le xylol pour éclaircir les préparations incluses dans le collodion ou dans la celloïdine.
i. Acide picrique. — L’acide picrique est un corps cristallisé en lamelles minces, d'une belle couleur jaune vif, d'une saveur très amère.
Il se dissout aisément dans l’eau et dans l’alcool. O11 l’emploie en général en solution aqueuse saturée. Pour avoir cette solution toujours sous la main, il est bon de mettre un excès d’acide picrique dans le fond d’un llacon que l’on remplit à nouveau d’eau, chaque fois que l'on y puise une certaine quantité de la solution déjà faite. On peut faire la solution d’acide picrique dans l’eau ordinaire; cependant, lorsque cette solution devra être mélangée avec du nitrate d’argent (voy. p. 116), il faudra se servir pour la faire d’eau distillée.
L’acide picrique est employé comme fixateur et à ce titre entre dans divers mélanges (liquide de Kleinenberg, formol picrique, liquide picro-osmio-argentique).
Il sert aussi dans le durcissement des pièces par la gomme (voy. p. 132).
Enfin on l’a utilisé comme colorant (voy. p. 172).