DEUXIÈME PARTIE
MÉTHODES GÉNÉRALES
Ou entend par méthode en histologie une série de manipulations que l'on fait subir à un tissu ou à un organe, en vue d’étudier sa structure. Ainsi le procédé imaginé par Goloi pour l’étude du système nerveux, et qui,\dégagé de ses détails
— fort importants cependant pour la réussite des opérations
— comprend une fixation par le bichromate de potasse suivie de l’action d’une solution de nitrate d’argent, s’appelle la méthode de Golgi.
Il y a en histologie un nombre considérable de méthodes, mais toutes sont loin d'avoir la même valeur, et beaucoup ne sont que des modifications insignifiantes de procédés déjà bien connus: aussi la technique gagnerait-elle à être débarrassée de données inutiles qui l’encombrent. Cette critique faite sur la tendance malheureuse que l’on a de multiplier des procédés dont l’introduction dans la technique n’est pas suflisamment justifiée, je me hâte de dire que l’importance des méthodes est de premier ordre et qu’elles seules permettent de voir certains détails anatomiques.
Ainsi si l’on examine à l’état frais ou même après l’action des réactifs et des colorants habituels des noyaux et du protoplasma, des coupes d’épiderme de la pulpe du doigt, ou de l’épithélium antérieur de la cornée, on n’y verra aucune terminaison nerveuse, ni rien qui puisse faire penser à l’existence de ces dernières. Au contraire, après l’action de certains réactifs, tels que le chlorure d’or, le bleu de méthylène, etc., on distingue très aisément les fines ramifications des cylindraxes passant entre les cellules épithéliales. Un autre exemple
MÉTHODES GÉNÉRALES
emprunté à Ranvier fera Lien comprendre l’importance des méthodes. Lorsqu’on étudiait le tissu conjonctif presque exclusivement sur des coupes que l’on colorait par le carmin et que l'on traitait par l’acide acétique, on voyait des corpuscules étoilés, anastomosés les uns avec les autres. On discuta longtemps pour savoir si ces figures représentaient des cellules pleines, ou bien des espaces creux unis par des canaux étoilés, et ce ne fut qu’après avoir isolé les corpuscules en question par sa méthode des injections interstitielles que Ranvier put montrer leur véritable nature cellulaire, et faire connaître d'une manière précise leur forme et leur constitution.
Les diverses méthodes se contrôlent les unes par les autres et par l’examen direct des tissus frais. La valeur de celles qui résistent à ce contrôle est donc indiscutable, et les résultats qu’elles donnent peuvent être acceptés comme certains, mais il faut bien retenir que chaque méthode particulière imprime aux préparations un cachet et des caractères propres (toute préparation est fonction de la méthode qui a servi à la faire) et que pour connaître la véritable structure des parties il faut toujours comparer les résultats obtenus à l'aide de différentes méthodes et par l'examen direct, et faire ensuite une synthèse de ce que l'on a vu.
Les méthodes peuvent être groupées en catégories, suivant la phase des manipulations à laquelle elles se rapportent. Ainsi il y a des méthodes de fixation qui indiquent le moyen de fixer la structure des éléments et de la rendre inaltérable, des méthodes de coloration, etc. Nous étudierons ces méthodes en suivant l'ordre naturel dans lequel elles se présentent dans le cours des recherches, c’est-à-dire : 1° les méthodes d’observation directe; puis 2° la fixation; 3Ü les méthodes pour faire les coupes: 4° la coloration de ces dernières; 5° leur montage en préparations définitives. Nous ferons suivre ces cinq chapitres de deux autres, consacrés l'un aux injections, l’autre à la photographie microscopique.
Les élè ves devraient posséder parfaitement les principes des méthodes générales avant d’entrer au laboratoire. Ils suivraient alors avec beaucoup plus de fruit les exercicespratiques dans le
cours desquels on ne peut pas toujours expliquer, à propos d'une préparation, Ions les détails de la technique suivie pour la faire.