CHAPITRE PREMIER
EXAMEN IMMÉDIAT
Par examen immédiat on entend l’observation microscopique des éléments anatomiques, faite directement sans l'application d’aucun réactif. Pour cette étude il importe de prendre des éléments vivants, ou tout au moins dans un état aussi voisin que possible de celui qu'ils présentaient pendant la vie. On examine ainsi, soit des animaux assez petits pour être soumis à l’examen microscopique et assez transparents pour laisser voir leur structure intime, soit des cellules prises à un être vivant, ou qui vient d'être sacrifié, et que l’on s’efforce de maintenir quelque temps vivantes en dehors de lui.
Comme l’on peut observer ainsi à peu près tous les éléments histologiques dont nous aurons à parler plus loin, il pourrait paraître naturel de reporter ce que nous allons dire ici à la troisième partie de cette technique, à propos de l’examen immédiat de chacun des tissus ou des organes qui y sont étudiés, mais il vaut mieux maintenir cet exposé au début de la technique, parce qu'il rappelle la marche historique de celle-ci et parce qu’il fait comprendre la nécessité et la raison d’être des manipulations exposées plus loin.
Il y a deux cas principaux dans l’examen immédiat, suivant qu'il s’agit d’animaux entiers que l’on observe dans leur intégrité organique et sans y toucher pour ainsi dire, ou bien de cellules ou de tissus pris sur un animal vivant.
Dans le premier cas, comme toute observation microscopique doit se faire dans un liquide, il est tout naturel de prendre des animaux aquatiques transparents et de petite taille, et de les mettre sur une lame de verre dans une goutte
MÉTHODES G É N É R A L E S
d'eau, que l’on recouvre d’une lamelle. On peut du reste avec des animaux d’un certain volume, examiner de cette manière une partie seulement de leur corps, non détachée de l’organisme, comme on le fait pour la queue des têtards de batraciens. Que l’observation soit totale ou partielle, l’ètre vivant est toujours examiné dans des conditions peu différentes de celles de sa vie habituelle : on peut sans inconvénient prolonger l’étude dont il est l’objet et on recueille ainsi des données précieuses.
Mais dans le second cas il n’en est plus de même. Les cellules qui composent un organisme vivent dans un plasma de densité et de composition chimique déterminées; si on les plonge dans un autre milieu, dans l’eau par exemple, les proportions entre les échanges osmotiques qui ont lieu entre la cellule et le liquide dans lequel elle est placée sont changées, la cellule se gonfle ou se ratatine, elle subit des déformations très variées qui modifient totalement son aspect et sa structure. Il faut donc observer les cellules dans leur propre plasma, comme le recommande Ranvier, ou bien dans un liquide qui se rapproche beaucoup de ce dernier, et c’est ce qu’on réalise en les plaçant dans des sérums naturels ou artificiels, ou bien dans des liquides dits indifférents parce qu’ils ne produisent pas d’action nocive sur les cellules. De plus, pour étudier convenablement certaines cellules appartenant à des animaux à température constante, il est bon d'employer une platine chauffante qui les maintient dans leurs conditions de chaleur habituelles.
lü Examen d'animaux vivants. — Un grand nombre d'animaux aquatiques, tant marins que d’eau douce, peuvent faire l’objet de fructueuses observations microscopiques immédiates. Nous ne parlerons que des animaux d'eau douce qui sont plus aisément à la portée de tout le monde.
Les animaux microscopiques que l’on peut examiner le plus couramment sont des infusoires ou des amibes. O11 se les procure de la façon suivante : dans un cristallisoir ou dans un flacon à large ouverture remplis d’eau on dépose une
pincée de foin sec. An bout de deux ou trois jours des infusoires apparaissent en grand nombre ; on s’en rend compte en puisant de l’eau avec une pipette et en l’examinant au microscope sur une lame de verre. On trouve aussi des amibes très reconnaissables à leur forme, à l'absence de cils et par suite à leur immobilité relative vis-à-vis des infusoires qui parcourent en tous sens le champ de la préparation. Au lieu de recourir à l’infusion de foin on peut se procurer d'une manière assurée des infusoires ou des amibes en recueillant des algues ou d’autres plantes dans les mares. On retire de l’eau soit ces algues filamenteuses qui forment un feutrage plus ou moins dense dans les eaux dormantes, soit d’autres plantes submergées, soit même quelques feuilles de végétaux non aquatiques tombées au fond de la mare et en décomposition. On met quelques brins d’algues sur une lame de verre avec une goutte d’eau ou bien on racle les feuilles dans ce liquide avec un scalpel. On recouvre d’une lamelle et on observe. La mise au point est facilitée par la présence des fragments d’algues ou de feuilles et on ne tarde pas à voir
circuler dans le champ du microscope une série d’êtres divers, infusoires ciliés, rotateurs et amibes.
Dans les mêmes mares on recueille de petits crustacés (daphnies, cyclopes), des vers (chœtogaster , nais), des larves d’insectes (éphémères, etc.) qui sont assez petits et assez transparents pour fournir de bons sujets d’observation. Nous recommandons d’étudier le frai des mollusques (lymnées) ou les petites lymnées à peine écloses.
Mais ce qu’il faut rechercher surtout, ce sont les larves de batraciens (têtards de batraciens anoures, larves branchifères du triton). Ces larves sont le plus souvent trop grosses pour pouvoir être recouvertes d’une lamelle. On les couche dans une goutte d’eau sur une lame de verre où on les maintient en place par deux ou trois bandelettes de papier buvard imbibé d’eau posées en travers de leur corps, et on laisse libre la lame caudale qui est la partie la plus favorable à l'observation. On peut l’examiner, sans la recouvrir d’une lamelle, en se servant d’un objectif faible à long foyer, mais pour l'étudier avec un