‹ Précis de technique histologique et embryologiqueChapitre 21 sur 133 · M E T H O DES GEN E R ARES · texte numérisé non relu

M E T H O DES GEN E R ARES

au lieu de celle d'un globe qu’elles avaient jusqu’alors, et finalement leur protoplasma ratatiné est réduit à une petite masse irrégulière autour du noyau (Ranvier).

Ainsi l’action de l’eau, suivant la nature du corps sur lequel elle a agi, l'a tantôt gonllé, tantôt ratatiné, mais en tout cas déformé.

Si au contraire on a fait l’observation dans un des sérums dont nous allons parler, ces déformations ne se produisent pas, ou se font seulement avec une certaine lenteur qui laisse suffîsamment de temps pour étudier l’objet choisi. Ainsi, dans une préparation de cartilage placée dans du sérum sanguin les cellules cartilagineuses remplissent exactement leurs capsules; au bout de vingt-quatre heures seulement elles se rétractent un peu et abandonnent le contact avec leurs capsules mais elles restent encore globuleuses (Ranvier).

3° Sérums. — Il y a un grand nombre de solutions plus ou moins complexes pouvant jouer le rôle de sérums; il suffit d’en citer quelques-unes qui servent de types, et que Ton peut classer ainsi : a) liquides ou sérums artiticiels; b) liquides ou sérums naturels.

a. Liquides artificiels . — Ce sont des solutions de différents sels dans l'eau avec ou sans albumine. Les plus employés sont :

1° La solution dite physiologique de sel marin, dont la formule est la suivante :

Eau distillée 1 000 grammes

Sel marin . . . . 7 gr. 5

Cette solution est très employée. C'est le sérum le plus commun; il sert aussi pour les colorations vitales (voy. ce mot).

2° Le sérum de Frey est composé de :

Eau distillée 135 grammes

Albumine de l’œuf 15 —

Chlorure de sodium 0 gr. 20

Mélangez et filtrez. On ajoute d'habitude cà ce sérum 3 grammes de teinture d'iode, puis on filtre sur de la flanelle, mais le

sérum ainsi iodé ne peut pas être considéré comme un liquide indifférent, et si l’on veut éviter toute action fixatrice, si faible qu'elle soit, sur les cellules, il vaut mieux s’en tenir au mélange des trois corps donné ci-dessus, b. Liquides ou sérums naturels. — Ce sont :

1° Le sérum sanguin. On l'obtient en faisant coaguler une certaine quantité de sang, on sépare ensuite le sérum et on l’emploie comme liquide additionnel.

2° Le liquide amniotique. On choisit d'habitude le liquide amniotique des animaux de boucherie qu'il est facile de se procurer dans les abattoirs. Les bouchers livrent l’utérus gravide, on incise la paroi utérine, puis on aperçoit l’œuf tout entier. On recueille le liquide amniotique et on le filtre. Ce liquide doit être absolument limpide et d’un jaune ci tria faible. On peut l’employer tel quel, à titre de liquide indifférent, mais il sert le plus souvent à préparer le sérum iodé dont il est parlé plus loin à propos des réactifs dissociateurs.

3° L’humeur aqueuse ou le liquide du corps vitré. D’un usage très courant parce qu’il est très facile de se les procurer; on a toujours sous la main dans les laboratoires une grenouille que l'on peut tuer pour prendre ses yeux.

Tous ces liquides ne se conservent pas au delà de quelques jours. Il faut donc les préparer extemporanément.

On peut les rendre imputrescibles en y ajoutant de l'iode, mais ce dernier leur communique des propriétés nouvelles, il les rend légèrement fixateurs et par conséquent donne à leur emploi une tout autre indication que celle dont il est question ici.

4" Mode d’emploi des sérums. — Les liquides indifférents s’emploient de la manière suivante : avec un rasoir sec, c'està-dire dont la lame n’est chargée d'aucun liquide, contrairement à la règle habituelle (voy. Coiijjcs), on fait des coupes fines dans le tissu ou l’organe choisi, et on les transporte directement dans une goutte du sérum, déposée sur une lame de verre. On recouvre d'une lamelle et on observe. Lorsqu'il s’agit d’organes trop mous à l’état vivant pour permettre la

METHODES GENERALES

confection de coupes suffisamment minces, tels que le foie, par exemple, on commence par faire à travers l’organe une section très nette dont on racle ensuite la surface avec un scalpel. On arrache ainsi une partie des éléments anatomiques qui, transportés dans une goutte de sérum, donnent souvent

lieu à des observations 1res intéressantes. On traite de même

par le raclage la surface de certaines muqueuses, par exemple la muqueuse buccale de la grenouille, pour observer les cellules à cils vibrai des; enfin on se sert encore des liquides indifférents pour diluer le sang dont les globules sont trop nombreux, dans une goutte examinée telle quelle, pour être observés fructueusement.

5' ' Boules sarcodiques. — Dans les cellules observées par les procédés sus indiqués, soit dans leur propre plasma, soit dans les sérums, on voit souvent se produire des excroissances en forme de boules claires, homogènes et lisses. Ce sont les boules sarcodiques de Ranvier. Ces boules paraissent formées par la partie la plus liquide du protoplasma cellulaire, qui se séparerait de ce dernier au moment de la mort des éléments. D’ailleurs les boules sarcodiques contiennent souvent des matières qui se trouvent en dissolution dans la cellule. Ainsi Ranvier y a décelé la présence de matière glycogène. Ces boules ne tardent pas à abandonner la cellule sur laquelle elles ont pris naissance et à disparaître dans le liquide de la préparation, laissant la surface de la cellule au niveau de laquelle elles se sont échappées, plus ou moins déchiquetée et déformée. Il est bon de connaître ce mode de détérioration des cellules par la production de boules sarcodiques.

6° Aspect des bulles d’air et des gouttes de graisse dans les préparations. — Il est bon de s’habituer à reconnaître les bulles d’air ou les gouttelettes graisseuses qui peuvent se rencontrer dans les préparations, et particulièrement lors de l’examen immédiat dont il est question. Ces objets présentent un caractère commun, c’est d’avoir un contour indiqué, non pas par une simple ligne, mais par un anneau

noir plus ou moins large suivant les cas. Pour étudier l’aspect sous lequel ils se présentent, on introduit dans l’eau, sous une lamelle, une bulle d’air assez petite pour rester sphérique. On voit alors «pie celle-ci présente un centre clair et un anneau périphérique noir dû à la réflexion totale des rayons lumineux sur les limites de la bulle. Au fur et à mesure qu’on abaisse l'objectif, le centre clair devient plus petit, et Panneau noir plus large. C’est le contraire si on élève l’objectif.

Si l’on examine dans les mêmes conditions une gouttelette de graisse ou d’huile, on voit que le cercle clair, d’ailleurs plus brillant, s’élargit à mesure qu'on abaisse l'objectif (Ranvier), tandis que Panneau noir se rétrécit.

Suivant Dujardin cela s’explique parce que la bulle d'air agit comme une lentille biconcave, comme un espace vide, et n’a son centre brillant que si l'on rapproche l’objectif, puisque le faisceau lumineux qui la traverse devient divergent et doit avoir son foyer au delà de la sphère. La goutte d’huile au contraire agit comme une lentille biconvexe, et doit avoir son foyer en deçà.

Il est un caractère général qui permet de juger de la réfringence d’un objet, c’est l’aspect plus ou moins brillant qu'il présente à l’observateur. Une série de gouttelettes de substances incolores transparentes et d’indices de réfraction différents étant examinées dans Peau, la plus réfringente paraîtra la plus brillante, et avec des substances très réfringentes comme la graisse, les gouttelettes ont un éclat particulier

très caractéristique.

Lorsqu’il y a dans une préparation une grande llaque d’air, il peut arriver que des gouttelettes d’eau soient produites par condensation de vapeurs, sur la face inférieure de la lamelle, dans l'étendue de cette llaque. Les phénomènes de diffraction qui se produisent autour d'elles engendrent des franges irisées. L'ensemble offre l’aspect d’un réseau coloré très fin, qui pourrait surprendre l’observateur non prévenu, et dont il est bon de connaître le mode de formation.

MÉTHODES GÉNÉRALES

7° Avantages de l’examen immédiat. — L’examen de petits organismes ou de cellules à l’état vivant est de la plus haute importance, parce qu’il permet seul d’observer certaines propriétés de ces corps, telles que leur mobilité, leur contractilité, leur mode de réagir contre les autres corps vivants ou inorganiques. C’est en observant des globules blancs vivants de l'aplysie que Iïæckel vit pour la première fois, en 1859, ces globules s’emparer de grains de carmin suspendus dans la préparation. On sait l’importance que cette observation a prise depuis qu’on a étudié la phagocytose.

Lorsqu’on recherche certaines substances dans les éléments anatomiques à l’aide de réactions micro-chimiques, il faut toujours employer pour faire ces réactions l’examen immédiat, car l’action des agents fixateurs, colorants, etc., que l'on emploie pour faire les préparations dans les autres méthodes, intlue considérablement sur la composition des corps cellulaires. Ainsi le xylol dissout les graisses et il serait inutile de rechercher ces dernières dans des cellules ayant subi l’action de ce réactif.

L’examen direct permet de se rendre compte de la forme réelle des éléments anatomiques, alors qu’elle n’est pas toujours conservée par les réactifs fixateurs, ou qu’elle est modiliée par les manipulations consécutives à la fixation. Ainsi nombre de lixateurs couramment employés ne conservent pas la forme globuleuse des cellules cartilagineuses et laissent leur protoplasma se rétracter autour du noyau. Si l’on ne connaissait pas la forme naturelle de ces cellules, on pourrait regarder cette déformation comme l’image delà cellule à l'état normal, alors qu'il n’en est rien. De même certaines cellules de l’épiderme des larves de batraciens portent de longs cils vibratiles très délicats. Ces cils disparaissent après l’action de lixateurs considérés comme excellents, et certains auteurs, ayant omis d’observer vivants les animaux dont ils décrivaient la structure, n’ont pas vu cette ciliation, et ont fourni ainsi des données moins complètes que celles de leurs devanciers qui avaient observé sans réactifs.

Beaucoup de manipulations courantes rétractent les tissus,

EXAMEN IMMÉDIAT 85

changent les rapports des éléments et donnent à l’ensemble de la préparation un aspect dissocié.

Il importe donc absolument d’examiner les objets que l’on étudie dans leur intégrité naturelle, c’est-à-dire à l’état de vie. D’ailleurs c’est un moyen excellent de se rendre compte par soi-même de l’action des fixateurs. Lorsqu’on a vu dans la queue d’un têtard vivant de batracien anoure les cellules étoilées du lissu muqueux, les vaisseaux et les differents globules qu’ils renferment, on se rend compte aisément des déformations qu’y apportent les réactifs et on choisit ceux qui en déterminent le moins possible.

8" Inconvénients de cette méthode. — Un des premiers inconvénients de cette méthode, c’est que, par suite même de leur transparence, les corps vivanls (animaux ou cellules) sont peu nettement visibles, et difficiles à bien analyser. Aussi pour tirer de cet examen tous les fruits qu'il peut donner, il faut dé jà être très habitué à l’observation microscopique et avoir des connaissances histologiques étendues. C'est pourquoi certains auteurs conseillent de s’y livrer seulement après que l'on a déjà étudié les préparations colorées des éléments correspondants. Cette remarque est très juste, mais quel que soit le moment où on la place, c’est-à-dire au début ou à la fin des recherches, on ne doit jamais oublier l’observation immédiate sur le vif.

Un inconvénient plus grave de cette méthode, c’est qu’elle ne permet pas de se rendre compte de la structure intime de la cellule. Ainsi dans nombre de cas le noyau est invisible dans la cellule vivante; d’autres fois, il est très apparent, mais même alors, il ne laisse pas voir sa constitution intime, et se montre simplement comme un globule clair renfermant un ou plusieurs corpuscules brillants, les nucléoles. De même la structure réticulée du protoplasma, et bien des phases de la caryocinèse ne se laissent pas apercevoir dans la cellule vivante, parce que les substances qui jouent un rôle dans ces phénomènes, douées d’une grande transparence et d’un pouvoir réfringent sensiblement égal, ne se distinguent pas les unes des autres.

METHODES GE N E R A L E S

Enfin un dernier inconvénient de l’observation immédiate, c’est qu’elle ne permet pas de faire des préparations permanentes. Qu’on les observe dans l’eau ou dans un sérum, les cellules ne tardent pas à mourir et à se détruire, et l’on n’a plus aucun témoin des faits constatés. On peut à la rigueur transformer une préparation extemporanée comme celle dont on fait usage pour l'observation directe en préparation durable en faisant arriver sous la lamelle les réactifs fixateurs, puis colorants, puis eniin le milieu conservateur, mais c’est une opération longue et délicate, qui ne réussit pas toujours ; aussi, pour faire des préparations destinées à être conservées et à servir constamment de témoins et de pièces de contrôle des recherches effectuées, se sert-on d’emblée des méthodes dont il est question aux chapitres suivants.

Cil API THE II

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